Rupture de poulie en escalade

Vous l’avez déjà entendu ce « ! PoP ! » qui arrive fatalement lors d’un mouvement en escalade ? Et bien, c’est cette fameuse poulie qui vous parle et vous dit STOP ! 

Tout d’abord, l’équipe de Grimpeez, à malheureusement ou non, pu expérimenter la rupture de poulie ! Et oui, ça n’arrive pas qu’aux autres, et quand ça nous arrive, ça remet les pendules à l’heure ! 

Mais, qu’est-ce que la « poulie » ? 

Quels sont les symptômes d’une rupture de poulie ? 

Comment diagnostiquer une poulie au doigt ?

Comment soigner une rupture de poulie ? 

Que faut-il faire quand on a une rupture de poulie ?

Autant de questions que vous vous posez et nous allons tenter d’y répondre ! 

Anatomie

Après moult rdv à l’Institut de la Main et discussions avec des spécialistes de la main, j’ai décidé de mettre mes connaissances acquises en matière d’anatomie de la main au profit des grimpeurs qui souhaiteraient mieux connaitre cette partie (minuscule mais si importante de leur corps), surtout avec une pratique de l’escalade régulière. 

Tout d’abord, tous les doigts de la main comportent des fléchisseurs. Mais le pouce n’en a qu’un seul alors que pour les doigts longs, il y a deux fléchisseurs par doigt, le fléchisseur commun superficiel (FCS) et le fléchisseur commun profond (FCP). Ces fléchisseurs sont en réalité des tendons fléchisseurs, situés du côté palmaire de la main, ils servent à plier les doigts.

Poulie saine (Source)

Ces tendons coulissent dans des gaines fermées et renforcées à certains endroits sous le nom de poulies.

Les tendons fléchisseurs superficiels et profonds des doigts coulissent à l’intérieur du canal digital, constitué de six poulies allant de A0 à A5. 

Pour résumer, les poulies sont les gaines de tissus qui sont utilisées pour maintenir le tendon et l’os de votre doigt. 

Les facteurs de risques (en lien avec l’escalade)

Le plus souvent chez les grimpeurs, on rencontre tout particulièrement une lésion au niveau de la poulie A2 (située à la première phalange, côté intérieur de la main). Cela a été mon cas, la gaine des tendons fléchisseurs à subit une lésion spécifique dû à une immense pression avec la position d’arquée main fermée lors d’un mouvement en escalade de bloc. 

Rupture de la poulie (Source)

En escalade, on a répertorié que la position « arquée » est la plus traumatisante, car cette position génère des contraintes majeures d’arrachement des poulies, notamment au niveau de A2 et A3, au cours d’une mise en charge brutale d’un changement de prise.

Hormis la position de la main et des doigts lors du traumatisme, d’autres facteurs favorisent ces lésions : le manque d’hydratation, un échauffement insuffisant, une fatigue physique générale, etc.

Symptômes d’une rupture de poulie

Lors de la lésion, les premiers symptômes qui apparaissent sont tout d’abord un bruit de claquement, principalement lors d’une traction, alors que les doigts sont en position arquée. En même temps, une douleur brutale et violente apparait, avec parfois l’impossibilité de continuer l’ascension. Puis la douleur s’amplifie au repos

Il s’agit le plus souvent du 3e et 4e doigt, pour des raisons liées à la technique d’escalade. 

Parfois les signes cliniques montrent une légère « bosse » c’est le tendon en mode « arc ».  En effet, celui-ci n’étant plus maintenu, il « flotte » dans le doigt, et prend la forme d’un arc. Autrement dit, le tendon s’éloigne de l’os pour se déposer contre la peau, on parle d’effet « de corde d’arc ». 

Dans tous les cas, lorsque cela vous arrive, il faut arrêter de grimper, s’hydrater, et consulter un médecin spécialisé dans un Institut de la main ou dans un hôpital rapidement. 

Diagnostic

Il existe deux principaux tableaux : 

  • La rupture de poulie est partielle : dans ce cas, la poulie ne s’est pas rompue totalement, il n’y a pas de gonflement du doigt. 
  • La rupture de poulie est complète ou totale : la poulie s’est rompue totalement, accompagné d’un gonflement du doigt ou non. 

Des examens complémentaires sont parfois réalisés si besoin. Dans mon cas, j’ai eu une rupture totale de la poulie A2 à l’annulaire main droite. Mais à l’examen clinique, les tendons fléchisseurs ne prenaient pas la forme de l’arc, il n’y avait pas de bosse, ni de gonflement. Cependant, afin de confirmer le diagnostic, une échographie d’urgence à été réalisé. 

Guérison / Traitement lors d’une rupture de poulie

Il y a en général deux traitements possibles : 

  • Le traitement conservateur : indiqué en cas de rupture partielle ou totale de la poulie et s’il n’y a pas d’effet d’arc. Il s’agit de la mise en place d’une orthèse appelée plus couramment « bague » circulaire et large, en plastique, rigide, thermoformée pour au moins 6 semaines. Accompagné d’un arrêt de l’escalade pendant au moins 3 mois. 
  • Le traitement chirurgical : indiqué en cas de rupture totale avec corde d’arc visible à l’examen clinique, et si vous êtes un grimpeur de haut niveau. Ceci étant dit, chaque situation est analysée, et la chirurgie reste le dernier recours dû fait des conséquences postopératoires qui reste lourdent. Le choix du traitement reste à la décision du médecin selon votre état clinique et votre situation personnelle. 

Dans tous les cas, lorsque vous serez guérit, il reste important de bien s’échauffer et de strapper son doigt avant de grimper, malgré tout, la poulie restera fragile plusieurs mois.

ATTENTION 

Ces informations ne sont que des indications stéréotypées. Toutefois, selon votre cas clinique il se peut que les traitements varient et soient plus adaptées à votre blessure ! Il est donc fortement conseillé de consulter un médecin spécialisé qui aura toutes les compétences nécessaires au suivi de votre blessure.

Par exemple, dans mon cas, à l’examen clinique je n’avais pas de corde d’arc, on pensait donc à une rupture partielle de poulie. Cependant, à l’échographie, on a remarqué que j’avais une rupture totale. Donc le traitement a été adapté à ma situation, j’ai porté une bague pendant 3 mois et interdit de grimper.  

Maintenant, suite à mes 3 mois d’arrêt d’escalade et le port de la bague, je suis totalement guérit. Ma poulie est redevenue fine et fonctionnelle comme l’a montré l’examen de contrôle réalisé par échographie. C’était long, mais une longue pause apporte finalement plus de bénéfices que l’on pense ! Soyez patient..

Crédit photo : Yannick Long

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