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L’histoire de l’escalade – La Varappe avant l’Escalade

Mes articles dédiés à l’escalade sont tirés de mon étude de recherche de master, durant 2 années, sur la pratique de l’escalade et l’environnement. A l’issue de cette ethnographie des grimpeurs, j’ai considéré que les analyses, les réflexions et tous les discours recensés des chercheurs, des sportifs, des grimpeurs eux-mêmes seraient (peut-être) une source d’inspiration pour l’avenir de cette pratique et de ses pratiquants.

Quoi qu’il en soit, transmettre cette riche expérience de conversations et d’écriture à pour but de mettre en lumière la relation entre l’homme et la nature, puisqu’ils cohabitent ensemble. Mais surtout, il semble important de se souvenir que nous dépendons de la nature, tandis qu’elle, elle vit d’elle-même


Il était une fois…

Il y a maintenant quelques siècles, à l’aura du 19ème siècle dans les années 1860 l’on note les premières explorations dans la gorge de la Varappe.

A l’origine du terme « varappe » qui a longtemps servi à dénommer les grimpeurs, on retrouve l’histoire d’un groupe de jeunes genevois partis à la découverte de la gorge de la Varappe dans les années 1860 à la frontière franco-suisse, dans le Salève, une montagne des Préalpes. Ce groupe, premiers grimpeurs du Salève, se sont naturellement baptisés « La Varappe » pour ainsi devenir des « varappeurs », c’est-à-dire des spécialistes du rocher (Chambre, 2018). Ces passionnés du rocher sont les premiers grimpeurs du Salève.

L’histoire de l’escalade est liée à celle de la pratique sportive en montagne et plus précisément à l’alpinisme.

A l’origine, l’escalade est pratiquée comme moyen d’entrainement par les alpinistes lors de leurs ascensions en montagne. Au XIXème siècle, après avoir nourri des finalités militaires, exploratoires et scientifiques, l’escalade devient un sport à part entière en Allemagne et en Angleterre, accompagnée de la création des premiers clubs alpins. Au XXème siècle, l’escalade évolue et le niveau des grimpeurs progresse rapidement : d’autres clubs alpins se créent en France, en Italie, et aux Etats-Unis ; les premiers matériaux de grimpe (chausson, baudrier) se développent ; les premières voies (dans le 5ème degré de cotation) s’ouvrent.

Au fil des années, la technique d’escalade évolue et de nouvelles dimensions apparaissent. En France, l’escalade rocheuse débute sur les blocs de Fontainebleau avant de se développer partout dans le pays. Au départ, l’escalade se réalise grâce à des moyens artificiels, c’est-à-dire par des ancrages (appelés pitons) placés dans les parois naturelles puis, sur lesquels sont posés (au fur et à mesure que le grimpeur progresse) de l’équipement (comme des sangles, des cordelettes, des étriers…) pour s’équilibrer et se hisser vers le haut du sommet. Par ce mécanisme, le grimpeur n’utilise donc pas ou peu les prises du rocher.

Ce type d’escalade se nomme escalade artificielle et ceux qui la pratique sont appelés les artificiers.

Dans les années 1930 « l’esthétisme enrichit l’escalade » grâce au grimpeur italien Emilio Comici. (voir photo ci-contre)

Plus tard, dans les années 1940, le grimpeur français Pierre Allain « pose quelques-unes des bases d’un nouveau jeu : le bloc » et les prémices de l’escalade libre en France. Ces grimpeurs et quelques autres poussent les limites des pratiques de l’escalade. Par conséquent, dans les années 1960, le phénomène de l’escalade prend « une véritable identité » : aux Etats-Unis, l’escalade libre se développe notamment en Californie « où le Yosémite va devenir la Mecque de l’escalade »[1]

En France, la pratique de l’escalade libre se distingue au début des années 1970. 

« L’escalade libre ou ‘‘le libre’’ est une méthode d’ascension qui consiste pour l’ascensionniste à surmonter les difficultés offertes par le rocher à l’aide de ses seules forces, c’est-à-dire en réservant l’usage des pitons, des mousquetons et de la corde à la seule protection de sa progression » (Aubel, 2005 : 8).  

Ce type d’escalade regroupe deux pratiques (escalade sportive et escalade traditionnelle) où le grimpeur se sert des prises du rocher et d’un matériel moindre qu’en escalade artificielle. C’est-à-dire qu’il n’utilise que ses chaussons d’escalade, de la magnésie et le matériel d’assurage pour la sécurité (en cas de chute) et l’ascension (il utilise des cordes et des dégaines mis sur des points d’ancrages fixés sur le rocher préalablement équipé). Seule variante pour l’escalade traditionnelle, le grimpeur utilise des points d’ancrages (appelés coinceurs) qu’il place au fur et à mesure de la progression puis qu’il récupère généralement. Les grimpeurs qui pratiquent le libre, appelés les libéristes, utilisent les prises du rocher et placent un minimum de moyens artificiels. 

L’escalade est ainsi moins encombrée, la manière d’atteindre le sommet devient plus importante que le fait de l’atteindre en lui-même et il y a une prise de conscience de l’impact sur l’environnement par les dégâts occasionnés par les pitonnages et les dépitonnages.

Issue de l’alpinisme dont elle s’est émancipée dans les années 1900, l’escalade est historiquement un sport dit « de nature ».  

Premières voies dans le sixième degré
« En 1930, le 6e degré (6a) est encore considéré comme la limite des possibilités humaines dans le domaine de l’escalade. »
Source : 1900 – 1949 : les pionniers de l’alpinisme et les débuts européens

N’hésitez pas à nous dire ce que vous avez pensés de l’article en commentaires ci-dessous 🙂 La suite de l’histoire de votre sport favoris arrive bientôt, restez connectés !

Bibliographie (non exhaustive) :

Aubel Olivier, 2005, L’escalade libre en France. Sociologie d’une prophétie sportive, Paris, Éditions L’Harmattan.

Baudrillard Jean, 1990, La transparence du mal, Essai sur les phénomènes extrêmes, Paris, Éditions Galilée.

Bodet Stéphanie, 2017, A la Verticale de soi, Paris, Éditions Gallimard.

Chambre David, Le 9e degré, toute l’histoire de l’escalade, 2018, Les Houches, Éditions du Mont- Blanc.

Duret Pascal, 2019, Sociologie du sport, Que-sais-je, Paris, Presses Universitaires de France.

Delignières Didier, 2017, Psychologie du sport, Que-sais-je, Paris, Presses Universitaires de France.

De Léséleuc Éric, 2004, Les “voleurs” de falaise, Pessac, Éditions Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine.

Hoibian Olivier et Defrance Jacques, 2002, Deux siècles d’alpinismes européens. Origines et mutations des activités de grimpe, Paris, Éditions L’Harmattan.

Loret Alain, 1996, Génération glisse. Dans l’eau, l’air, la neige…La révolution du sport des “années fun”, Paris, Éditions Autrement.

Pociello Christian, 1999, Sports et sciences sociales. Histoire, sociologie et prospective, Paris, Éditions Vigot.

Angélique de Grimpeez.

[1]Les citations de ce paragraphe sont toutes issues du même article : « Historique de l’escalade », [https://www.ffme.fr/escalade/page/historique.html].

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