Photo : Hugo LUC, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
On a longtemps cru l’échappée intouchable. Au pied de l’Alpe d’Huez, un trio emmené par Lenny Martinez comptait plus de trois minutes d’avance et rêvait de la plus belle des victoires. Et puis Tadej Pogačar a décidé que non. Le maillot jaune a comblé tout son retard dans les 21 lacets et s’est imposé au sommet, ce vendredi, au terme de la 19e étape entre Gap et l’Alpe d’Huez. Devant lui, personne. Derrière, un Français en état de grâce.
Pogačar efface trois minutes et gagne au sommet
Le scénario tenait du numéro d’illusionniste. Quand Pogačar attaque au pied de la montée finale, à une douzaine de kilomètres du but, les hommes de tête ont près de trois minutes et demie d’avance. Un gouffre, sur le papier. Sauf que le Slovène ne lâche plus. Il lâche d’abord ses rivaux du général, Remco Evenepoel et les autres, puis part seul à la poursuite des échappés. Kilomètre après kilomètre, l’écart fond. La jonction se fait à moins de deux kilomètres du sommet, et là, il ne reste plus qu’à conclure.
Dans les 700 derniers mètres, il place une dernière accélération que ni Lenny Martinez ni Richard Carapaz ne peuvent suivre. Victoire en solitaire tout en haut de la mythique montée, devant les deux hommes qui avaient pourtant tout donné à l’avant. Le plus fou, c’est le contexte : UAE traverse le Tour avec une partie de ses coureurs malades, Pogačar a de nouveau roulé en cuissard noir, et il vient quand même de remonter trois minutes et demie sur une ascension hors catégorie. À ce niveau, on cherche encore le point faible.
Lenny Martinez, le grand gagnant tricolore
Il faut quand même saluer la performance du jour côté français. Septième du général ce matin à 12 minutes et 50 secondes de Pogačar, Lenny Martinez a réussi à se glisser dans la grosse échappée de 42 coureurs, puis à la faire exploser dans le final aux côtés de Carapaz et de Sepp Kuss. Un temps pointé virtuellement cinquième au général sur la route, le grimpeur de la Bahrain Victorious termine deuxième de l’étape, battu par le seul Pogačar. Une journée qui le propulse vers le haut du classement et fait de lui l’une des belles surprises de cette dernière semaine.
Le clin d’œil, c’est qu’il redoutait surtout le décor. « J’ai plus peur du monde que des jambes », confiait-il avant le départ, inquiet de la foule compacte et alcoolisée massée dans les lacets plutôt que de sa condition. Ses jambes lui ont donné raison. Troisième au sommet, Richard Carapaz confirme de son côté sa grande forme du moment : l’Équatorien, vainqueur la veille à Orcières-Merlette (on y revenait dans notre édition d’hier), a encore multiplié les attaques toute la journée.
Del Toro et Pedersen font parler les maillots
Derrière le duel pour la gagne, la bagarre des maillots a fait rage. Pour le podium et le maillot blanc, Isaac Del Toro a lâché Paul Seixas dans les derniers hectomètres. Le Mexicain, troisième du général, creuse l’écart sur le Français au terme d’une étape où les deux hommes ne se tenaient qu’en une poignée de secondes. Rien n’est joué, mais l’avantage a changé de main aujourd’hui.
Au vert, Mads Pedersen a fait le travail. Glissé dans l’échappée, le Danois a raflé les points du sprint intermédiaire et porté son avance à 55 unités sur Jasper Philipsen. Sauf accident, le maillot vert rentrera à Paris sur ses épaules. Le maillot à pois, lui, reste le plus indécis : Valentin Paret-Peintre s’en est emparé virtuellement en tête de course avant de craquer dans le col d’Ornon, pendant que Carapaz et Pogačar engrangeaient de gros points au sommet. Trois hommes se tiennent, et tout se rejouera ce week-end.
Et maintenant ? L’Alpe d’Huez, une deuxième fois
Le plus dur reste peut-être à venir. Samedi, l’étape 20 remet le cap sur l’Alpe d’Huez, mais par l’autre versant, après avoir empilé la Croix de Fer, le Télégraphe, le Galibier et le col de Sarenne. Deux arrivées consécutives au sommet de la même montagne, du jamais-vu dans l’histoire du Tour. Avec un peloton à bout de souffle après trois semaines de course et une première ascension déjà dans les jambes, la fatigue de la veille va peser lourd. Sur ces pentes qui ne pardonnent rien, un vélo léger et des roues taillées pour la montagne valent de l’or.
Si quelqu’un veut encore renverser ce Tour, c’est ce samedi ou jamais, avant l’arrivée à Paris dimanche. Mais après ce qu’on a vu ce vendredi, la question n’est plus vraiment de savoir qui peut battre Pogačar. Elle est de savoir jusqu’où il compte aller.