Photo : Yann, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons (falaise de Céüse)
L’été bat son plein et la grimpe ne connaît pas la trêve. En quelques jours, un Français a coché l’un des blocs les plus effrayants de la planète, un gamin chilien de 13 ans a encore repoussé les limites de son âge, une voie mythique de Céüse a soufflé ses 25 bougies, et un record que l’on croyait solide est tombé sur les pentes du Cervin. Tour d’horizon d’une actualité verticale qui ne faiblit pas.
Antoine Girard coche un highball qui donne le vertige
Antoine Girard tenait sa revanche. Le grimpeur français vient de réaliser « Livin’ Large », un highball coté 8C+ perché à Rocklands, en Afrique du Sud. Un highball, c’est un bloc que sa hauteur transforme en pari : ici, près de neuf mètres au-dessus des crash pads, sans corde. Ouvert par le Finlandais Nalle Hukkataival en 2009, le bloc n’avait connu qu’une poignée de répétitions en plus de quinze ans, signées Jimmy Webb, Shawn Raboutou et Ryuichi Murai. Autant dire un club très fermé.
Girard connaissait le rendez-vous. En 2022, il avait déjà grimpé « The Finnish Line », un 8C du même secteur, en se promettant de revenir pour le gros morceau. Il lui aura fallu cinq séances, une marche d’approche de cinquante minutes et une fenêtre météo minuscule sur une paroi plein sud. Le plus impressionnant tient dans le final : lors d’un essai, il a chuté de près de huit mètres depuis le sommet. « Bravo mec ! Cette chute fait tellement peur ! », a commenté Adam Ondra en découvrant les images. Trente minutes plus tard, Girard repartait à l’assaut et bouclait l’affaire. C’est son tout premier 8C+, et pas le plus tranquille pour débuter. Sur ce genre de bloc, la moindre imprécision se paie, et de bons chaussons de bloc qui accrochent sur des réglettes fuyantes ne sont pas un luxe.
Leo Cea, 13 ans, joue déjà dans la cour des grands
Changement de décor, même obsession de la difficulté. À 13 ans, le Chilien Leo Cea vient d’ajouter « Shangri-La » à son carnet, une voie cotée 8c+ (5.14c dans le système américain) au Frankenjura, en Allemagne. Le chiffre n’aurait rien d’exceptionnel chez un grimpeur confirmé. À son âge, il donne le vertige. Cea a déjà grimpé sept voies de 9a, dont ses deux premières à seulement 11 ans, et il enchaîne les 8c et 8c+ à un rythme qui laisse peu de monde indifférent.
Le plus intéressant, c’est sa façon de contourner un obstacle que ses aînés ne connaissent pas. Sur « Shangri-La », la difficulté se concentrait dans la sortie. « Je ne pouvais pas atteindre les meilleures prises que les grimpeurs plus grands utilisent », explique-t-il. Trop petit pour la méthode classique, il a dû inventer la sienne, sur des prises minuscules, à la force des doigts. Un rappel utile que l’escalade se joue autant dans la lecture et dans la tête que dans l’envergure, là où la magnésie et la finesse comptent parfois plus qu’un centimètre de bras. Ce printemps, il a d’ailleurs enchaîné les croix dans le secteur, dont un autre 8c+, « I Bleed Black », réalisé aux côtés d’Alexander Megos.
« Biographie » fête ses 25 ans
Pendant que les jeunes écrivent l’avenir, l’escalade célèbre son histoire. Il y a vingt-cinq ans, le 18 juillet 2001, un Américain de 20 ans nommé Chris Sharma bouclait à Céüse, dans les Hautes-Alpes, la première ascension de « Biographie ». La ligne, un mur de calcaire bleu d’une trentaine de mètres équipé en 1989 par Jean-Christophe Lafaille, lui aura demandé près de quatre ans de travail et une centaine d’essais, entamés à 16 ans. Sharma la rebaptise « Realization », et l’ascension, filmée pour « Dosage Volume 1 », fait le tour du monde : c’est l’un des premiers 9a+ de l’histoire, et surtout une image qui marque toute une génération.
Un quart de siècle plus tard, la voie n’a rien perdu de son aura. Elle a été répétée par un who’s who de la discipline, de Patxi Usobiaga à Adam Ondra en passant par Alexander Megos, Jonathan Siegrist ou Seb Bouin, et Margo Hayes y signait en 2017 la première ascension féminine. Sharma, lui, en parle encore comme de « la voie la plus parfaite qu’il ait jamais grimpée ». Vingt-cinq ans après, difficile de lui donner tort : peu de lignes auront autant fait rêver.
Et en altitude, un record féminin tombe au Cervin
Dernier acte, du côté des sommets. Le 22 juillet, l’Australienne Milly Young a pulvérisé le record féminin de vitesse au Cervin, en 5 heures 17 minutes et 43 secondes. Son itinéraire : l’aller-retour depuis Breuil-Cervinia par l’arête du Lion, la voie normale italienne, réputée plus sauvage et plus technique que l’arête du Hörnli côté suisse. Elle efface de plus de trente-trois minutes la marque établie par la Suédoise Emelie Forsberg en 2013, une référence qui avait tenu treize ans.
Chez les hommes, le mur reste le même : le record de Kilian Jornet, vieux lui aussi de treize ans, n’a toujours pas été battu. Deux jours avant l’exploit de Young, l’Italien Nadir Maguet s’y était frotté sans parvenir à faire tomber le chrono du Catalan. De Rocklands à Céüse, du Frankenjura au Cervin, la même semaine aura rappelé une évidence : la montagne, verticale ou pentue, n’a pas fini de faire tomber les certitudes.