Van der Poel affole Montmartre, Pogačar entre dans le club des cinq

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Photo : filip bossuyt from Kortrijk, Belgium, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Trois semaines de course, et il aura fallu attendre les tout derniers hectomètres pour avoir la plus belle image. Dimanche, à Paris, Mathieu van der Poel a gagné une étape des Champs-Élysées comme on n’en avait jamais vraiment vu, dans un final où le maillot jaune lui-même a mis le feu à Montmartre. Derrière, Tadej Pogačar a bouclé son cinquième Tour de France et rejoint un club qui ne comptait que quatre membres. Et la France, elle, repart avec deux coureurs dans les cinq premiers.

Van der Poel gagne au bout d’un final complètement fou

Sur le papier, 88,7 kilomètres autour de Paris, c’est une formalité. Sauf que la Butte Montmartre est passée par là, trois fois, et que personne n’avait envie de rentrer tranquillement. Dès la première ascension, Mads Pedersen fait exploser le peloton. Un petit groupe se forme avec Pogačar, van der Poel et Jasper Stuyven. Remco Evenepoel, piégé, doit attendre un regroupement quelques kilomètres plus loin pour revenir.

Mathieu van der Poel en maillot de champion du monde sur le Tour de France
Mathieu van der Poel, ici sur le Tour de France 2024. Photo : Sapin88, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Deuxième passage, Pogačar met un tempo que seul van der Poel arrive à tenir. Pedersen et Evenepoel recollent dans la descente, et voilà un quatuor de luxe devant, poursuivi par un peloton emmené par Olav Kooij et les Decathlon CMA CGM. Tout se regroupe avant la troisième et dernière montée, celle qui décide de tout. Van der Poel y place une accélération énorme. Pogačar prend sa roue, personne d’autre ne peut.

La suite tient à quelques centaines de mètres. À 500 mètres de la ligne, les sprinteurs reviennent sur Pogačar. Van der Poel, lui, était parti plus tôt et tient juste assez pour lever les bras devant son propre coéquipier Jasper Philipsen, avec Pedersen troisième. Une heure 58 minutes et 49 secondes de course, et un final qui a rendu le dernier jour de ce Tour tout sauf protocolaire. Détail qui explique l’audace générale : les temps du classement général étaient pris avant Montmartre, donc les leaders pouvaient se lâcher sans rien risquer.

Pogačar, cinquième Tour et une place chez les monstres

Le vrai vainqueur du jour n’a pas gagné l’étape. Tadej Pogačar boucle ce Tour 2026 en 73 h 56 min 26 s, avec 6 minutes et 26 secondes d’avance sur Remco Evenepoel et 9 minutes 42 sur Isaac Del Toro, troisième et vainqueur du maillot blanc pour son premier Tour. C’est son cinquième succès sur la Grande Boucle. Ils ne sont plus que cinq à avoir fait ça : Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Miguel Indurain et lui.

Tadej Pogacar et Remco Evenepoel roulent cote a cote sur le Tour de France
Tadej Pogacar et Remco Evenepoel, ici sur le Tour de France 2025. Photo : Renhour48, CC0 via Wikimedia Commons.

Cinq victoires d’étape au passage, dont celle de l’Alpe d’Huez vendredi, où il avait remonté plus de trois minutes sur les échappés et signé le record de l’ascension. Ce qui frappe, c’est qu’il a encore attaqué dimanche à Montmartre alors qu’il n’avait plus rien à gagner. Il n’a pas eu la victoire, et c’est peut-être la seule chose que ce Tour lui aura refusée.

Carapaz repart avec le pois, le panache et deux étapes

Si un coureur a marqué ces trois semaines autant que le maillot jaune, c’est bien Richard Carapaz. L’Équatorien avait déjà gagné jeudi à Orcières-Merlette. Samedi, sur l’étape reine entre Le Bourg-d’Oisans et l’Alpe d’Huez, il a remis ça au terme d’une journée démente : Croix de Fer, Télégraphe, Galibier, col de Sarenne, environ 5 450 mètres de dénivelé positif avalés avant l’arrivée au sommet.

Richard Carapaz en action sous les couleurs d'EF Education-EasyPost
Richard Carapaz, ici sur le Tour de France. Photo : Hugo LUC, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Cette victoire-là s’est jouée sur un scénario cruel. Sepp Kuss passe seul en tête au sommet du Sarenne, avec 18 secondes d’avance, et file vers la plus belle victoire de sa carrière. Puis il chute deux fois dans la descente, une première à la sortie d’un tunnel sombre, une seconde où il manque de passer par-dessus un muret. Carapaz revient, le dépasse, et s’impose finalement avec 26 secondes sur Evenepoel. À l’arrivée à Paris, l’Équatorien repart avec le maillot à pois (156 points) et le prix de la combativité de ce Tour, en plus de sa huitième place au général. Pour ceux qui veulent aller voir ces pentes de près cet été, sachez que la montée reste ouverte toute l’année, et qu’un bon vélo de route y change beaucoup de choses.

Deux Français dans le top 5, dont un gamin de 19 ans

Le vrai motif de satisfaction tricolore est là. Paul Seixas termine quatrième du Tour de France à 11 minutes et 56 secondes, à 19 ans et 9 mois. C’est le plus jeune coureur engagé sur la Grande Boucle depuis 1937. Né à Lyon en septembre 2006, il avait déjà gagné la Flèche Wallonne et le Tour du Pays basque cette saison, et il vient de tenir trois semaines au contact des meilleurs grimpeurs du monde. À un âge où la plupart découvrent le peloton professionnel.

Paul Seixas franchit la ligne d'arrivee, bras leve
Paul Seixas, ici lors du Championnat d’Europe 2025. Photo : Remije1, CC BY 4.0 via Wikimedia Commons.

Juste derrière lui, Lenny Martinez finit cinquième à 13 minutes et 2 secondes, après une dernière semaine où il a été de tous les bons coups, notamment dans l’échappée de l’Alpe d’Huez. Jordan Jegat complète le tableau avec une dixième place. Trois Français dans les dix premiers, deux dans les cinq, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu de quoi se réjouir comme ça au soir d’un Tour.

Le reste du palmarès revient à Mads Pedersen, maillot vert avec 559 points au terme d’un Tour où il a couru absolument partout, et à la Lidl-Trek, meilleure équipe. Rendez-vous l’an prochain pour savoir si quelqu’un peut enfin embêter Pogačar sur trois semaines. Pour l’instant, la réponse tient en un chiffre : 6 minutes et 26 secondes sur le deuxième.