Tour de France : Carapaz s’offre Orcières, l’enfer de la double Alpe d’Huez commence

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Photo : Hoebele, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

Deuxième jour dans les Alpes, deuxième victoire pour l’échappée. Jeudi, Richard Carapaz s’est offert un numéro d’ancien à Orcières-Merlette pendant que les cadors du général se regardaient dans le blanc des yeux. Le Tour n’a pas encore tranché, et pour cause : le vrai juge de paix arrive maintenant, avec deux arrivées de suite à l’Alpe d’Huez, du jamais-vu dans l’histoire de la course.

Carapaz, la manière forte à Orcières-Merlette

L’Équatorien a distillé son effort toute la journée dans la bonne échappée, avant de placer l’attaque décisive à trois kilomètres du sommet. Personne n’a pu suivre. Il s’impose devant Mauro Schmid et Matteo Jorgenson, au bout d’une montée finale qui ne pardonne pas. Au passage, il reprend 4 minutes et 35 secondes au groupe du maillot jaune et grimpe de la douzième à la dixième place du classement général. Ce n’est pas n’importe qui : l’Équatorien, vainqueur du Giro 2019 et champion olympique sur route à Tokyo, rappelle qu’il sait lire une course mieux que la plupart. Ce genre de victoire construite sur l’intelligence de course plus que sur la seule puissance, on n’en voit plus tant que ça.

C’est la deuxième étape d’affilée que l’échappée va au bout, après le succès de Jasper Philipsen la veille. Le message est clair : tant que ces coureurs ne menacent pas le podium, les favoris les laissent filer et gardent leurs cartouches. Une course dans la course, où les baroudeurs se régalent pendant que les leaders temporisent avant l’explication qui compte vraiment.

Au général, Pogačar contrôle mais UAE s’effrite

En haut du classement, rien n’a bougé ou presque. Tadej Pogačar conserve le maillot jaune avec 4 minutes et 32 secondes d’avance sur Remco Evenepoel. Isaac Del Toro complète le podium provisoire à 6 min 51, juste devant le Français Paul Seixas, quatrième à 7 min 11, soit une petite vingtaine de secondes derrière l’Espagnol. Autrement dit, tout reste jouable pour la place de dauphin et le podium.

Le sujet qui monte, c’est l’état de l’équipe de Pogačar. UAE a été frappée par la maladie et les pépins ces derniers jours, et le train qui a écrasé le Tour pendant deux semaines s’amincit dangereusement à l’approche des étapes les plus dures. Autre signe que le maillot jaune n’a plus la main sur tout : Mads Pedersen a encore consolidé son maillot vert, et Pogačar pourrait même perdre le maillot à pois, grignoté par les points de montagne raflés dans les échappées. Le patron reste le patron, mais un patron qui devra désormais compter davantage sur ses jambes que sur son équipe.

Deux fois l’Alpe d’Huez : le Tour se joue là

Place au morceau de bravoure. Ce vendredi, l’étape 19 relie Gap à l’Alpe d’Huez sur seulement 127,9 kilomètres, la plus courte étape en ligne de ce Tour. Courte mais brutale : 3 500 mètres de dénivelé, avec le Col Bayard puis le Col du Noyer (7,2 km à 8,5 %) en apéritif, avant les 21 lacets mythiques de la montée finale, 13,8 kilomètres à 8,1 % de moyenne jusqu’à 1 850 mètres. Le genre de format nerveux qui interdit de temporiser. Sur ces pentes, des roues légères taillées pour grimper valent de l’or.

Et ce n’est que l’entrée. Samedi, l’étape 20 sera l’étape reine, un monstre de 170,9 kilomètres et 5 450 mètres de dénivelé qui empile le Col de la Croix de Fer, le Col du Télégraphe, le Col du Galibier et le Col de Sarenne avant de remettre le cap sur l’Alpe d’Huez. Deux arrivées consécutives au sommet de la même montagne : ça ne s’était jamais produit sur le Tour. Dans les fameux lacets noirs de monde, la moindre accélération se paie cash, et deux jours de suite, la fatigue de la veille pèsera lourd dans les organismes. Deux journées pour attaquer Pogačar, ou pour constater qu’il est décidément trop fort.

Si quelqu’un veut renverser la table, c’est maintenant. Evenepoel a le contre-la-montre dans les jambes mais doit reprendre du temps en montagne, Del Toro et Seixas jouent gros pour le podium, et les grimpeurs sans ambition de général vont continuer à se disputer les étapes. Rendez-vous ce soir au sommet de l’Alpe d’Huez : on saura vite si ce Tour a encore un suspense, ou s’il est déjà plié.