Vuelta : Bastien Tronchon gagne sans lever les bras

Vélo · Actu
🎧 Écouter l’article

Photo : auteur inconnu, CC0 via Wikimedia Commons

Le scénario tenait depuis cinquante kilomètres : Visma-Lease a Bike roulait pour Matthew Brennan, Cofidis pour Bryan Coquard, et Elche de la Sierra promettait un sprint massif. Sous la flamme rouge, deux hommes sont partis et le peloton a hésité. Bastien Tronchon est remonté de derrière, a avalé les deux fuyards et a franchi la ligne en premier sans savoir qu’il gagnait.

Il n’a pas levé les bras

Bastien Tronchon en course
Bastien Tronchon sur le Tour de France 2025, sous les couleurs de Decathlon AG2R. Photo d’archive. Photo : Tournasol7, CC BY 4.0 via Wikimedia Commons.

Yevgeniy Fedorov et Xabier Azparren ont attaqué au dernier kilomètre, profitant d’un peloton mal organisé, et ils étaient sur le point de tenir. Tronchon les a repris avec un bon vélo d’avance, tête dans le guidon jusqu’au bout. Magnus Cort et Thibau Nys ont fini deuxième et troisième, dans le même temps de 4 h 07 min 41 s.

« Je ne sais pas comment j’ai fait ça ! J’ai lancé mon sprint sans savoir s’il y avait encore des coureurs devant moi. Je n’ai pas levé les bras », raconte le Français après l’arrivée. C’est sa première victoire sur un grand tour, à 24 ans, et la deuxième de la France sur cette Vuelta après celle de Bryan Coquard à Xeraco, trois jours plus tôt.

La Vuelta n’était pas revenue dans la province d’Albacete depuis six ans, quand Jasper Philipsen avait gagné dans la capitale. Elle en repart avec un vainqueur que personne n’avait mis sur sa liste.

Les sprinteurs ont perdu leur journée

Wout van Aert en maillot vert
Wout van Aert, ici en vert sur le Tour de France 2022. Photo d’archive. Photo : VereeckenCH, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Van Aert avait annoncé la couleur au départ d’Alcaraz : emmener Brennan vers un troisième succès. Sept hommes sont pourtant partis devant, dont Enzo Paleni, coéquipier de Tronchon, et ils ont compté jusqu’à 2 min 55 s. Le peloton les a ramenés à 1 min 35 s à l’entrée des cinquante derniers kilomètres, puis les a repris un par un.

Devant, la journée s’est jouée sur trois côtes sans difficulté réelle. Enzo Paleni est passé en tête au Puerto del Peralejo au 47ᵉ kilomètre, Fabian Weiss au Puerto de Ayna au 86ᵉ, avant de prendre aussi le sprint intermédiaire de Hellín. Fredrik Dversnes, seul de l’échappée à avoir déjà gagné une étape de grand tour, a tenu jusqu’aux sept derniers kilomètres.

Le Puerto de Socovos, 9,8 kilomètres à 3,5 % dont le sommet tombait à 21 kilomètres de l’arrivée, a servi de rampe de lancement. Valentin Paret-Peintre est parti, Edward Dunbar a relayé le jour de ses 30 ans, Kevin Vermaerke a tenté sa chance pour UAE. Le peloton s’est regroupé à 18 kilomètres du but, et c’est ce regroupement mal tenu qui a coûté le sprint aux équipes qui avaient roulé toute la journée. Van Aert a fini quatrième et garde le maillot vert avec 143 points contre 76 à Alessandro Romele. Le peloton a couvert les 184,7 kilomètres à près de 45 kilomètres-heure de moyenne, et il a quand même laissé filer deux hommes au dernier kilomètre.

Une victoire qu’il n’attendait pas de lui-même

Elche de la Sierra
Elche de la Sierra, province d’Albacete, arrivée de la dixième étape. Photo : Lionni, domaine public via Wikimedia Commons.

Tronchon arrivait en Espagne sans certitude. « La préparation cette année n’a pas été optimale ; je ne me sentais pas bien la semaine dernière », dit-il. « J’ai choisi d’y croire et qu’on verrait bien. J’ai pris le départ en sachant que le travail était fait, et ensuite il s’agissait de courir comme j’aime. »

Dans le final, il a prévenu Guillaume Martin-Guyonnet : « À fond jusqu’à la mort. » Le dernier titre à son palmarès datait du Tro Bro Léon 2025, une course de terre bretonne qui n’a rien à voir avec une arrivée de grand tour dans la sierra d’Albacete.

Le général n’a pas bougé d’une seconde

Cartagena
Cartagena, départ de la onzième étape mercredi. Photo : Juan Sáez, CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons.

Enric Mas garde la Roja avec exactement les mêmes écarts qu’avant le repos : Roglič à 1 min 18 s, Gall à 1 min 39 s, Onley à 2 min 20 s, Carapaz à 3 min 26 s. Le seul moment où le leader a dû se découvrir, c’est quand Sepp Kuss est parti dans le final et l’a obligé à répondre lui-même.

Aucun maillot n’a changé d’épaules : Buitrago garde les pois, Onley le blanc de meilleur jeune.

La tentative de Vermaerke, elle, dit où en est UAE Team Emirates : l’équipe court désormais les étapes une par une, depuis que Tadej Pogačar a été opéré de la clavicule. Ils étaient 168 au départ de cette deuxième semaine. Mercredi, le peloton part de Cartagena pour 153,8 kilomètres jusqu’à Lorca, sur le papier la journée la plus plate de la semaine.