Le Tour de France entre dans sa semaine qui compte. Ce jeudi 23 juillet, l’étape 18 entre Voiron et Orcières-Merlette ouvre trois jours de haute montagne d’affilée. Tadej Pogačar arrive en jaune mais avec une équipe qui tousse, la bagarre du maillot vert vient d’être relancée par Jasper Philipsen, et c’est là, dans les cols, que le classement général va se jouer. Point d’étape avant la bascule.
Philipsen enfin, et le vert relancé
Mercredi, entre Chambéry et Voiron, Jasper Philipsen a décroché sa première victoire de ce Tour. Le sprinteur belge s’est extrait d’une échappée d’une quarantaine de coureurs et a réglé le sprint devant Mauro Schmid et Olav Kooij. Le détail qui compte : c’est encore Mathieu van der Poel qui a posé le dernier relais, un lancement parfait dans une journée pourtant faite pour tout le monde sauf pour un homme rapide. Pogačar et les favoris ont fini tranquilles, près de neuf minutes plus tard, sans que rien ne bouge au général.
Philipsen courait après ce succès depuis le début du Tour. Plusieurs sprints massifs lui étaient passés sous le nez, réglés par d’autres, et la frustration montait. Il a fini par changer de méthode : aller chercher la victoire de loin, dans le mouvement, plutôt que d’attendre l’emballage final d’un peloton groupé. Pari gagnant, et un signal envoyé pour la suite.
Cette victoire change surtout une chose : le classement par points respire à nouveau. Mads Pedersen mène toujours avec 417 points, mais Philipsen revient à 31 longueurs (386), Biniam Girmay complète le podium à 361. Pedersen porte le vert depuis la quatrième étape et le défendra jusqu’à Paris. Le hic pour lui : les Alpes offrent peu d’occasions aux sprinteurs, et Philipsen vient de prouver qu’il sait aller chercher des points dans une échappée. La dernière semaine peut suffire à tout renverser.
Pogačar en jaune, mais UAE tousse
En tête, Pogačar tient bon. Derrière, l’ordre s’est figé avant la montagne : Remco Evenepoel pointe à 5 minutes, Isaac Del Toro à 5 min 58, puis le Français Paul Seixas surprend son monde à la quatrième place (6 min 23), devant Florian Lipowitz et Juan Ayuso. Trois Français dans le top 10, c’est rare et ça mérite d’être noté : Seixas donc, Lenny Martinez (8e à 10 min 28) et Jordan Jegat, plus loin mais toujours présent.
Le vrai sujet du jour n’est pas le maillot jaune, c’est ce qu’il y a autour. Adam Yates, l’un des lieutenants clés de Pogačar chez UAE, est diminué par la maladie au pire moment, juste avant trois étapes de montagne. Un train alpin amputé d’un de ses meilleurs éléments, c’est une porte entrouverte pour Evenepoel et Del Toro, et une invitation pour les grimpeurs qui n’ont plus rien à perdre. Pogačar reste le patron, mais un patron un peu plus seul que d’habitude.
Voiron à Orcières-Merlette : la montagne s’invite
L’étape du jour donne le ton des trois à venir. 185,2 kilomètres, 3 900 mètres de dénivelé positif, cinq cols répertoriés. Ça grimpe tôt, dès avant le 40e kilomètre, avec la Côte d’Engins (catégorie 1, 11,4 km à 5,4 %), puis la Côte de Monteynard et la Côte des Terrasses avant l’arrivée. Le final se juge dans la station d’Orcières-Merlette, à 1 825 mètres d’altitude, au bout de 7,1 kilomètres à 6,7 % de moyenne.
C’est la première des trois étapes alpines, et donc le premier vrai test grandeur nature pour les écarts du général. Sur ce genre de pente, les seconds gagnés ou perdus valent cher, et les vélos de route allégés à l’extrême des grimpeurs vont enfin parler à leur tour, après une semaine dominée par les sprinteurs. Si les Français Seixas et Martinez veulent transformer leur belle place en quelque chose de plus solide, c’est maintenant que ça se joue.
En marge : les contrôles nocturnes font débat
Le Tour n’échappe pas à sa polémique. Ces derniers jours, plusieurs coureurs et équipes ont dénoncé des contrôles antidopage menés tard le soir, jugés intrusifs à quelques heures d’étapes décisives. L’UCI a répondu mercredi en réaffirmant son soutien à ces vérifications nocturnes. Le débat n’est pas neuf, il touche à l’équilibre entre efficacité des contrôles et récupération des athlètes, et il devrait accompagner la course jusqu’à Paris. Rien de tranché pour l’instant, mais un bruit de fond qui en dit long sur la tension de cette dernière semaine.
Trois étapes alpines, un maillot jaune fragilisé et un maillot vert relancé : d’ici samedi soir, le podium du Tour aura sans doute pris sa forme quasi définitive. La montagne a le dernier mot, elle commence à parler ce jeudi.