Photo : Hoebele, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Mardi en Andorre, Tadej Pogačar a attaqué à cinquante kilomètres de l’arrivée et n’a plus revu personne. Deux minutes trente-neuf d’avance sur la ligne, trois minutes vingt et une au général, et une Vuelta qui commence à ressembler à une course pour la deuxième place. Primož Roglič y remonte deuxième en perdant près de trois minutes, Oscar Onley récupère le maillot blanc au sortir d’une nuit blanche, et la course entre enfin en Espagne aujourd’hui.
Cinquante kilomètres tout seul
Cent quatre kilomètres et huit cents mètres, la plus courte étape en ligne de ce début de Vuelta, et quatre cols dedans. La route montait dès le kilomètre 1,8 vers le Port d’Envalira, 2 409 mètres, point culminant de l’édition, vingt-trois kilomètres de montée à 5,1 %. Lorenzo Fortunato y est passé en tête et y a gagné son maillot à pois.
La décision est tombée dans la deuxième ascension, la Collada de Beixalís : 6,5 kilomètres à 8,5 %. Jay Vine, son coéquipier, s’écarte, Pogačar passe, et personne ne suit. Une pente à 8,5 % sur six kilomètres et demi, c’est le terrain qui sépare les grimpeurs du reste du peloton, et celui où le choix des roues pèse le plus lourd dans un vélo. Il compte 1 minute 40 au sommet, passe ensuite en tête au col d’Ordino, au sprint intermédiaire d’Ordino, puis à l’Alto de La Comella. À 4,8 kilomètres de la ligne, il n’avait plus qu’à descendre.
Deux heures quarante minutes et trente-cinq secondes pour l’étape, 2 minutes 39 d’avance sur Jarno Widar et Felix Gall. C’est sa trente-septième victoire d’étape sur un grand tour, et l’organisation en fait le plus long raid solitaire victorieux de sa carrière sur un grand tour, devant les 43 kilomètres du Tour 2026 vers Gavarnie-Gèdre et les 39 kilomètres de la Vuelta 2019 vers la Plataforma de Gredos.
« Je n’étais pas obligé, mais le rythme était déjà très élevé dans la première ascension, et dans la seconde, on roulait vite dès le pied. Quand Jay m’a laissé passer, je savais que je ne voulais pas me retrouver isolé face aux autres coureurs du classement général, car ils auraient joué contre moi. J’ai donc tenté une attaque et j’ai continué jusqu’à l’arrivée », a-t-il expliqué après l’étape. Détail qui compte pour lui : sa toute première victoire sur un grand tour, il l’avait décrochée ici même, en Andorre, sur la Vuelta 2019.
Roglič deuxième, et déjà à trois minutes
Au général, Pogačar mène en 7 heures 38 minutes 59 secondes. Roglič est deuxième à 3 minutes 21, Enric Mas troisième à 3 minutes 32, Sepp Kuss quatrième à 3 minutes 44, Oscar Onley cinquième à 3 minutes 45, Richard Carapaz sixième à 3 minutes 50, Felix Gall septième à 3 minutes 57.
Le classement ment un peu. Roglič a gagné sept places dans la journée en perdant 2 minutes 55 : il était neuvième à 26 secondes la veille au soir, il est deuxième à 3 minutes 21. Le général n’avait plus bougé depuis dimanche, l’étape 3 ayant été annulée sous la grêle. Neuf coureurs se tiennent en cinquante secondes derrière le maillot rouge, ce qui promet des Pyrénées espagnoles animées pour le podium et rien du tout pour la victoire finale, sauf accident.
Wout van Aert a payé le prix fort de sa matinée. Deuxième du général à 9 secondes au départ, il est parti dans l’échappée de vingt et un hommes lancée dans l’Envalira, s’est fait avaler avec elle à soixante-dix kilomètres de la ligne et se retrouve quatre-vingt-quinzième à vingt-cinq minutes. Pogačar, lui, est désormais en tête du général, des points, de la montagne et du classement par équipes, ce qui redistribue les maillots : Ethan Hayter porte le vert, Fortunato les pois, Onley le blanc. Le Britannique, qui avait passé la nuit malade, l’a résumé sobrement : « Avant l’étape, je m’attendais presque à perdre complètement le classement général, alors c’était bien d’être dans la lutte au sein du groupe derrière Tadej. Je suis soulagé. »
Berthet meilleur Français, Bisiaux paie l’addition
Clément Berthet a signé le meilleur résultat tricolore du jour, seizième à 6 minutes 29, ce qui le place seizième au général à 7 minutes 32. Guillaume Martin Guyonnet suit, vingt-troisième de l’étape et vingt et unième au classement.
Léo Bisiaux, lui, laisse des plumes. Le coureur de Decathlon CMA CGM était quatrième du général au départ, il finit vingt-sixième à 8 minutes 16 et tombe dix-huitième. Il garde de quoi sourire : cinquième au sprint intermédiaire d’Ordino, quatrième du classement par points avec 25 unités, sixième du maillot blanc. Christophe Laporte est huitième aux points. Et la meilleure équipe française de cette Vuelta n’est pas celle qu’on croit : Decathlon CMA CGM est deuxième du classement par équipes à 6 minutes 20, quand Groupama-FDJ United pointe huitième à plus de trente minutes.
Aujourd’hui, la Vuelta entre enfin en Espagne
Cinquième étape, cinquième jour, quatrième pays. Après Monaco, la France et l’Andorre, la course espagnole arrive en Espagne : 173,3 kilomètres entre Falset, sur la Costa Daurada, et Roquetes, dans les Terres de l’Ebre. Départ fictif à 13 h 34, arrivée annoncée autour de 17 h 20.
Une seule difficulté répertoriée, le Puerto de Paüls, troisième catégorie, 3,5 kilomètres à 7,1 %, sommet à 24,9 kilomètres de la ligne. Assez pour lancer un baroudeur, pas assez pour inquiéter le maillot rouge. Demain, en revanche, l’étape entre Alcossebre et Castelló aligne quatre difficultés sur 177,5 kilomètres, dont El Bartolo en première catégorie, 9,4 kilomètres à 7,1 % à vingt kilomètres de l’arrivée. Résultat de cette cinquième étape : Matthew Brennan a gagné une deuxième fois, au sprint à Roquetes.