Le Grand Ballon arrête ses remontées mécaniques

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Le Grand Ballon, au lever du jour, avec les Alpes à l’horizon. Photo d’archive. Photo : Jörg Braukmann, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

Un jour et demi de ski en 2025, aucun en 2024. Le comité syndical qui gère le Grand Ballon a voté l’arrêt de ses remontées mécaniques, par onze voix et une abstention. Le procès-verbal, mis en ligne le 18 septembre, chiffre ce que coûtait un domaine sans neige de culture : 29 720 euros de travaux obligatoires, une dameuse en fin de vie et un pisteur-secouriste parti à la retraite à 70 ans.

Onze voix pour, une abstention

Le Grand Ballon et son radar, point culminant des Vosges
Le Grand Ballon et son radar, point culminant des Vosges. Photo d’archive. Photo : 0x010C, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Le 2 septembre, à la Maison du Markstein, le comité syndical du Syndicat mixte Markstein Grand-Ballon a mis à son ordre du jour les « perspectives de poursuite ou de cessation de l’exploitation des remontées mécaniques du Grand-Ballon ». Il « approuve l’arrêt de l’exploitation des remontées mécaniques sur le site du Grand-Ballon », avec onze voix pour et l’abstention de Luc Marck, délégué de la communauté de communes de la région de Guebwiller.

Le syndicat réunit la Collectivité européenne d’Alsace et deux communautés de communes, celles de la vallée de Saint-Amarin et de la région de Guebwiller, et gère aussi le Markstein. Dans la même séance, et au même score, il a voté la restitution des deux postes de secours, celui du Markstein et celui du Grand Ballon, à la Collectivité européenne d’Alsace, qui en est propriétaire et les met à disposition pour une redevance symbolique d’un euro.

Un jour et demi de ski en 2025

Le sommet du Grand Ballon sous la neige
Le sommet du Grand Ballon en hiver. Photo d’archive. Photo : Serge Nueffer at French Wikipedia, Public domain via Wikimedia Commons.

Le tableau des six dernières saisons tient en une ligne : un jour d’exploitation en 2020, dix en 2021, quatorze en 2022, vingt-six en 2023, aucun en 2024, un et demi en 2025. Le chiffre d’affaires suit le même chemin, de 956 euros à 30 799, puis zéro et 8 881. Sur six ans, le site a tourné « en moyenne 8,75 jours par saison, pour un chiffre d’affaires moyen de 12 524 € par saison », écrit le syndicat.

Même la bonne saison ne suffit pas : avec vingt-six jours d’exploitation en 2023, les recettes n’ont pas compensé la hausse des charges, notamment de personnel. Le Grand Ballon n’a pas d’enneigeurs, et « son exploitation reste donc entièrement tributaire de l’enneigement naturel ». Le calcul n’intègre ni les charges indirectes ni les frais de structure, qui dégraderaient encore le résultat.

29 720 euros de travaux, et un pisteur parti à 70 ans

Un téléski dans les Vosges
Un téléski dans les Vosges. Photo d’illustration. Photo : HagridLiving, CC0 via Wikimedia Commons.

Trois téléskis tournent au Grand Ballon : la Combe, la Ferme et Ballon 2. Les maintenir aux exigences du Service technique des remontées mécaniques suppose de changer des câbles, des élingues de tension et des haubans, et de bâtir une nouvelle cabane pour Ballon II, à 10 000 euros. Le total atteint « environ 29 720 € HT » au minimum, sans compter la remise en état du frein du téléski de la Combe, en panne, dont le coût reste à déterminer. La dameuse, elle, arrive en fin de vie.

À partir de 2030, les téléskis tomberont sous une nouvelle échéance réglementaire, l’inspection dite I30, dont le syndicat écrit ne pas pouvoir évaluer les conséquences financières. Et le pisteur-secouriste affecté au site « a définitivement fait valoir ses droits à la retraite à l’âge de 70 ans » : le remplacer ne pourra pas se faire au détriment des effectifs du Markstein. Les 30 000 euros d’armoire électrique installée en 2019 sur Ballon 2, eux, n’auront presque aucune valeur de réemploi.

Des raquettes à la place, et le Markstein qui continue

Le Markstein, station vosgienne qui garde son ski alpin
Le Markstein, où le ski alpin est maintenu. Photo d’archive. Photo : Raimond Spekking, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

La présidente Annick Lutenbacher avance un projet de circuits de balade et de raquettes autour du sommet, plus faciles à tracer « sans conflit d’usage ni contrainte de sécurité » une fois les pistes fermées. Elle veut aussi ouvrir une discussion avec la Ville de Soultz, propriétaire des terrains, qui encadre aujourd’hui la pratique du ski de randonnée sur le massif.

Le ski alpin ne quitte pas les Vosges pour autant : il « restera proposé au Markstein », rappelle Monique Martin, qui préside le syndicat mixte de la vallée de Munster et a dû arrêter les remontées du Gaschney et du Tanet. Lucien Caret, délégué de la vallée de Saint-Amarin, estime que les skieurs de la vallée de Thann se tourneront vers le Markstein.

En Autriche, l’Unterberg s’arrête le même mois

Un téléski de moyenne montagne en forêt
Un téléski de moyenne montagne. Photo d’illustration. Photo : Jérémy DUQUESNE, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

« Le dernier flocon est tombé », titre le domaine de l’Unterberg, en Basse-Autriche, sur son site. Ses gérants, Erich et Klaus Panzenböck, qui avaient repris les installations en 2014, annoncent l’arrêt durable des remontées : les hivers doux qui s’enchaînent et le changement climatique les y obligent. La commune de Muggendorf a relayé l’annonce le 22 septembre.

Ils remercient leur équipe, « qui s’est battue jusqu’au bout pour chaque flocon, pour chaque jour de ski ». La montagne restera ouverte aux randonneurs, aux skieurs de randonnée et aux raquettistes, précise la commune, et un projet est à l’étude pour la suite.