Photo : Demi Vollering en jaune sur le Tour de France Femmes 2023, l’année de son premier sacre. Hugo LUC, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Demi Vollering a lâché Kasia Niewiadoma à seize kilomètres de l’arrivée, dans la dernière ascension du col d’Èze, et elle est descendue seule sur la Promenade des Anglais. Deuxième victoire d’étape en deux jours, et surtout un deuxième Tour de France Femmes, deux ans après les quatre secondes qui lui avaient coûté celui de 2024. Derrière, Marlen Reusser a perdu son podium dans une chute, et Cédrine Kerbaol termine sixième, première Française.
Vollering attaque à 16 km et s’en va gagner le Tour
Quatre-vingt-dix-neuf kilomètres autour de Nice, et le col d’Èze quatre fois : trois par le versant classique, 7,7 kilomètres à 5,9 %, puis une dernière montée plus raide, 6 kilomètres à 7,6 %. Il n’en fallait pas plus pour trancher les huit secondes qui séparaient la maillot jaune de sa poursuivante.
Loes Adegeest, élue plus combative la veille, est partie dès le drapeau abaissé par Marion Rousse. Marianne Vos a été la première décrochée. Dans la première montée, Lorena Wiebes s’est accrochée pour aller chercher 17 points au sprint intermédiaire et sécuriser son maillot vert. Dans la deuxième, Zoe Bäckstedt a fait exploser le groupe. Dans la troisième, Isabella Holmgren est partie seule et a compté jusqu’à trente secondes, pendant que Juliette Berthet tenait le tempo pour sa leader.
Tout s’est joué dans la quatrième. Holmgren reprise, Niewiadoma a attaqué, et Vollering l’a suivie comme son ombre. Puis la Néerlandaise a lancé la sienne à seize kilomètres du but, et la Polonaise n’a pas suivi. Vollering a basculé seule, a plongé sur Nice et s’est imposée en 2 h 44′43″. Paula Blasi Cairol et Niewiadoma ont franchi la ligne 1′04″ plus tard, Antonia Niedermaier à 1′06″, Elisa Longo Borghini à 1′14″.
Au général, Vollering l’emporte en 30 h 54′51″, avec 1′18″ sur Niewiadoma et 4′29″ sur Longo Borghini. Wiebes garde le vert avec 181 points, Puck Pieterse les pois avec 55.
Reusser perd son podium dans la descente
La journée a été cruelle pour Marlen Reusser. Troisième du général au départ, la Suissesse a été lâchée dès la deuxième ascension, sous l’accélération de Bäckstedt, et s’est retrouvée à plus de cinquante secondes. Elle a pris des risques dans la descente pour revenir, et elle est tombée.
Elle est repartie, en pleurs et le genou en sang, accompagnée de quatre coéquipières, à un tempo qui ne laissait plus d’illusion. Elle termine le Tour hors du podium, alors qu’elle avait porté le maillot jaune du chrono de Dijon jusqu’au Ventoux. Longo Borghini hérite de la troisième place.
Deux ans après quatre secondes, la revanche
Il faut remonter à 2024 pour mesurer ce que représente cette victoire. Cette année-là, Niewiadoma avait gagné le Tour avec quatre secondes d’avance sur Vollering, le plus petit écart de l’histoire des Tours, hommes et femmes confondus. Vollering avait déjà gagné l’épreuve en 2023.
En 2025, les deux avaient terminé derrière Pauline Ferrand-Prévot, qui les avait battues de 3′42″. La Française, tenante du titre, n’a pas pris le départ de la huitième étape cette année, souffrante. Vollering, à 29 ans, ajoute donc un deuxième sacre à son palmarès, et cette édition se sera jouée entre les deux mêmes femmes qu’il y a deux ans, dans l’autre sens.
« Ce n’est pas à elle de donner des leçons »
Le Tour ne s’est pas terminé dans la sérénité. Samedi à Nice, Niewiadoma avait accusé Célia Géry, équipière de Vollering, de l’avoir délibérément poussée contre les barrières. Au micro d’Eurosport avant le départ de la dernière étape, la Néerlandaise a répondu.
« J’ai énormément de respect pour Kasia », a-t-elle commencé, avant de reprocher à la Polonaise le moment choisi : « J’ai été un peu déçue quand j’ai vu son interview hier, juste après la ligne d’arrivée, parce qu’elle s’en est vraiment prise à ma coéquipière, et je trouve que ce n’est pas très fair-play de faire ça, alors qu’on est encore sous le coup de l’émotion. » Puis elle a ressorti 2024, quand elle était tombée dans le final de la cinquième étape et que Canyon//SRAM avait fait rouler ses coureuses dans la foulée : « Je n’ai pas oublié ce qu’elle a fait quand j’étais à terre, il y a deux ans. Donc, si elle parle de fair-play, je pense que ce n’est pas vraiment à elle de donner des leçons là-dessus. »
Elle a surtout défendu son équipière de 20 ans. « Célia est encore si jeune, et elle se prend énormément de critiques en ce moment. À mes yeux, ce n’est vraiment pas juste. Elle donne tout ce qu’elle a. Nous devons la protéger. »
Kerbaol sixième, Berthet meilleure équipière
Cédrine Kerbaol termine sixième du Tour, première Française. Dimanche encore, elle a attaqué dans la troisième ascension du col d’Èze avant de finir dixième de l’étape, à 1′57″. Sur neuf jours, elle aura été deuxième à Tournon, septième au Ventoux, et jamais loin quand ça montait.
L’autre satisfaction française porte un dossard d’équipière. Juliette Berthet, de la FDJ United-Suez, a été élue meilleure coéquipière de ce Tour, et on l’a vue tenir le tempo du groupe maillot jaune dans le troisième passage du col d’Èze, quelques dizaines de minutes avant que sa leader ne s’envole. C’est le genre de travail qui ne figure sur aucun classement, sauf sur celui-là.