Le mont Blanc ferme ses refuges, et trente-deux alpinistes paient leur hélicoptère

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Illustration : Christian, CC BY-SA 2.0 fr via Wikimedia Commons

La semaine en montagne se joue sur des fermetures et des comptages. Le maire de Saint-Gervais a fermé les deux refuges de la voie normale du mont Blanc, et trente-deux alpinistes restés là-haut ont fini par redescendre en hélicoptère privé, facture à leur charge. Au Karakoram, un huitième corps a été retrouvé après l’avalanche du Broad Peak. Et pendant ce temps, un grimpeur français a réglé deux blocs de 8C en une semaine.

Le mont Blanc referme sa voie normale, et trente-deux alpinistes paient leur hélicoptère

La mairie de Saint-Gervais a fermé par arrêté les refuges de Tête Rousse et du Goûter, locaux d’hiver compris. Le motif tient en une phrase : la sécheresse et les épisodes de canicule de cet été ont provoqué d’importantes chutes de pierres sur la principale voie d’accès au sommet, avec un éboulement dans le couloir du Goûter. Ce couloir est le point le plus dangereux de l’itinéraire classique, et on y compte environ quatre-vingts morts au fil des dernières décennies. Plusieurs dizaines d’alpinistes déjà en route ont dû faire demi-tour. La même décision avait été prise en août 2022, pour les mêmes raisons.

Le massif du Mont-Blanc vu depuis la vallée de Chamonix
Le massif du Mont-Blanc depuis la vallée de Chamonix. Photo : DimiTalen, CC0 via Wikimedia Commons.

C’est la suite qui a fait du bruit. Trente-deux alpinistes ont passé la nuit du 11 au 12 août au refuge du Goûter, à 3 800 mètres, alors que l’arrêté était déjà pris. Le mercredi matin, ils ont demandé à être héliportés. Le peloton de gendarmerie de haute montagne a examiné la demande et estimé que la situation ne justifiait pas le recours aux moyens publics de secours : les conditions dans le couloir s’étaient calmées, la descente à pied était possible. Chamonix Mont-Blanc Hélicoptères, société privée, a fini par les évacuer à leurs frais. Certains sont redescendus par leurs propres moyens.

Jean-Marc Peillex a rendu l’affaire publique dès l’après-midi, et il ne s’en cache pas : il veut que ce cas serve de jurisprudence morale. Sa ligne consiste à séparer nettement deux choses qu’on a pris l’habitude de confondre, le secours à une personne en danger, qui est une mission publique et gratuite, et le transport de confort demandé par des gens qui ont ignoré un avertissement et ne courent aucun risque immédiat. Il plaide pour que la seconde catégorie soit facturée. On peut trouver le maire de Saint-Gervais coutumier des coups d’éclat, la question qu’il pose n’en est pas moins sérieuse, et elle finira sur le bureau de quelqu’un.

Broad Peak : le corps de Sohail Sakhi retrouvé, deux manquent encore

Une équipe de bénévoles de la région a retrouvé jeudi le corps du Pakistanais Sohail Sakhi, porté disparu depuis le 30 juillet. D’autres secouristes les ont rejoints pour redescendre la dépouille jusqu’au camp de base. L’Alpine Club of Pakistan indique qu’un héliportage vers une base aérienne régionale est prévu si la météo le permet.

Le Broad Peak, 8 051 mètres, dans le Karakoram
Le Broad Peak, 8 051 mètres, au Karakoram. Photo : Flothias, domaine public via Wikimedia Commons.

Huit des dix corps sont désormais récupérés. Deux restent introuvables. Nous suivons cette histoire depuis le 3 août, et le décompte avance lentement, à la main, par des volontaires du Gilgit-Baltistan qui montent chercher les leurs. L’avalanche du 30 juillet, partie vers 6 600 mètres sur la voie normale, a tué dix personnes dont Nirmal Purja. C’est l’un des accidents de montagne les plus meurtriers qu’ait connus le Pakistan ces dernières années.

Yannis Gautier plie deux 8C en une semaine au Gothard

Du plus léger, et du très solide. Le Français Yannis Gautier a enchaîné deux blocs cotés 8C sur le col du Gothard, en Suisse : « Adularia » et « Child of Hell ». Deux 8C dans le même séjour, c’est une semaine que beaucoup signeraient pour une saison entière.

La raison du voyage vaut d’être notée. « Une semaine au Gothard pour échapper à la chaleur m’a semblé le meilleur choix possible pour ces vacances », écrit-il. La même canicule qui ferme la haute montagne côté français aura donc poussé un grimpeur vers l’altitude, et lui aura offert des conditions. C’est le genre de niveau qui se joue sur des détails de réception et de posage, et on a comparé les crash pads qui vont avec.

Eric Gilbertson boucle les trente-cinq points culminants des Amériques

Le 27 juillet, au sommet du Huascarán Sur au Pérou, l’Américain Eric Gilbertson est devenu le premier à avoir gravi le point culminant de chacun des trente-cinq pays du continent américain, vingt-trois en Amérique du Nord et douze en Amérique du Sud.

Le parc national de Huascarán, dans la cordillère Blanche au Pérou
Le parc national de Huascarán, dans la cordillère Blanche. Photo : CorraleH, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Le projet avait commencé le 26 mai 2010 sur le Denali. Seize ans plus tard, il boucle. Ce genre de collection dit quelque chose de particulier sur l’alpinisme : la difficulté y est souvent moins technique qu’administrative. Certains de ces sommets sont des marches d’approche interminables dans des pays où l’accès se négocie, et quelques-uns se gravissent en une journée. Gilbertson en est à plus de cent cinquante points culminants nationaux, sur près de deux cents pays reconnus par les Nations unies.