Photo : eGuide Travel, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
Le mois d’août est censé être le trou noir du ski. Il ne l’est pas cette année. Les quatre plus gros exploitants de stations des États-Unis viennent d’être assignés pour entente sur les prix, et le forfait visé est celui qui ouvre Chamonix et Megève aux skieurs américains. En parallèle, El Niño se confirme pour l’hiver qui vient, et la ligue de Shaun White s’apprête à interdire aux meilleurs mondiaux de tourner plus de deux fois en l’air.
Les géants américains du ski assignés pour entente sur les prix
Une plainte de 84 pages a été déposée le mercredi 5 août devant le tribunal fédéral du district du Colorado, sous le numéro 1:26-cv-03555. Elle vise Vail Resorts, Alterra Mountain Company, Boyne Resorts et Powdr Corp., c’est-à-dire les quatre entreprises qui contrôlent l’essentiel des grandes stations américaines, mais aussi deux acteurs plus discrets : le cabinet d’études RRC Associates et la National Ski Areas Association, l’association professionnelle du secteur.
Le mécanisme décrit par la plainte n’est pas celui du cartel de film noir. Les quatre groupes auraient transmis à l’association et au cabinet d’études des données confidentielles de chiffre d’affaires et de tarification, lesquelles leur seraient revenues sous forme agrégée, chacun sachant alors exactement où placer ses prix sans jamais avoir à s’entendre directement. Le résultat, toujours selon la plainte : environ 40 % de hausse sur les forfaits saison et 55 % sur les forfaits journée depuis 2020. L’Ikon Pass est passé de 949 à 1 399 dollars, l’Epic Pass de 783 à 1 089. Le tout tombe sous le coup du Sherman Act, la loi antitrust américaine. Vail rejette les accusations et soutient que l’Epic Pass a au contraire fait baisser le coût d’une saison de ski.
On pourrait ranger l’affaire au rayon des querelles américaines. Ce serait une erreur. L’Ikon Pass, celui d’Alterra, donne accès à la vallée de Chamonix Mont-Blanc et, depuis l’hiver 25/26, à Megève, deuxième station française du catalogue : sept jours avec le pass complet, cinq avec le Base. Zermatt, Saint-Moritz, le Dolomiti Superski et Kitzbühel y figurent aussi. Autrement dit, le modèle économique attaqué devant un tribunal du Colorado est déjà installé dans les Alpes, et il vend nos stations à une clientèle qui achète son forfait avant même de savoir où elle skiera.
El Niño se confirme, et ce qu’il ne dit pas des Alpes
Le point mensuel de la NOAA publié le 9 juillet est net : El Niño est installé et il se renforce. L’agence américaine donne 97 % de chances qu’il tienne jusqu’au début du printemps 2027, et 81 % qu’il soit très fort d’octobre à décembre. L’indice Niño-3.4, qui mesure l’anomalie de température de surface du Pacifique équatorial, était déjà à +1,2 °C.
Pour l’Amérique du Nord, les prévisions saisonnières penchent vers un déficit de précipitations sur le Nord-Ouest et le centre-nord, et un excédent sur la moitié sud. Traduction pour qui projette un voyage : la Californie et le Colorado partent avec de meilleures cartes que l’Oregon ou l’État de Washington.
Pour les Alpes, en revanche, il faut résister à la tentation d’en tirer quoi que ce soit. Ces prévisions portent sur l’Amérique du Nord, où le signal El Niño est fort et documenté. Sur l’arc alpin, il ne permet pas de dire s’il neigera en décembre, et surtout pas de choisir sa semaine de février. Un hiver alpin se joue sur des configurations de blocage qui se décident à quinze jours, pas sur une anomalie du Pacifique.
Le Snow League interdit de tourner plus de deux fois
La ligue fondée par Shaun White tient son premier World Challenge à Cardrona, en Nouvelle-Zélande, du 18 au 20 septembre, et elle arrive avec une règle qui va faire discuter. En demi-finale, les rotations seront plafonnées à 720 degrés par saut. Deux tours, pas un de plus. Les finales, elles, rouvrent la porte à la progression complète.
La cible a un nom dans le milieu : le « spin to win », cette dérive où le classement récompense mécaniquement celui qui visse le plus, au détriment de l’amplitude et du style. Brider la rotation le temps d’un tour force les riders à marquer autrement. C’est une prise de position sur ce qu’on veut voir dans un half-pipe, et elle n’est pas anodine venant du plus titré de la discipline.
Le format suit la même logique : seize athlètes répartis en quatre équipes régionales, Amérique du Nord, Europe, Asie-Pacifique et Challengers, chacune alignant un snowboardeur et une snowboardeuse, un skieur et une skieuse. Kelly Sildaru, Queralt Castellet, Jonas Hasler, Brooke D’Hondt et Jake Pates sont annoncés, avec quatre Néo-Zélandais à domicile. Le vendredi est consacré à l’entraînement libre puis à un Mini-Pipe Challenge avec Shaun White, la compétition se tenant le samedi matin. Une compétition qui récompense le style plutôt que le nombre de tours change aussi ce qu’on met aux pieds, et de ce côté-là on a passé en revue les skis freestyle et backcountry de la saison.