Photo : Megadave, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
Depuis samedi, on ne peut plus chausser sur un seul glacier des Alpes. Le Stelvio, dernier domaine d’été encore ouvert, a suspendu son activité, après Zermatt et Saas-Fee. Côté français, Tignes et Les 2 Alpes avaient déjà bouclé en juillet. Le plus haut domaine d’été de Norvège, lui, ferme jusqu’en septembre. Et dans dix semaines, la Coupe du monde ouvre sa saison sur un glacier.
Le Stelvio, dernier debout, a rendu les armes
L’avis a été publié la veille pour le lendemain, en italien, sur le site du domaine : « Suspension temporaire de l’activité de ski sur le glacier du Stelvio ». À partir du samedi 15 août, on ne skie plus là-haut. Trois raisons sont données, et elles se tiennent la main : des vagues de chaleur persistantes en altitude, l’absence de regel nocturne du manteau neigeux, des orages répétés qui ont abîmé la surface du glacier.
Le détail qui dit tout : les remontées continuent de tourner. Seule l’activité de ski est suspendue. On monte encore au Livrio, on regarde le paysage, on redescend. La neige, elle, n’est plus skiable.
La saison devait courir du 30 mai au 1er novembre, dates affichées par la société des remontées. Le Stelvio est le domaine d’été le plus régulier des Alpes, celui où les équipes nationales viennent poser leurs piquets quand tout le reste a fondu. Il vient de perdre deux mois et demi d’un coup. Son mode d’emploi en dit long sur la course au froid : de juin à fin juillet, les installations peuvent ouvrir dès 5 heures du matin, sur réservation et en supplément, et les deux téléskis du haut ne tournent que de 7 h 30 à midi. L’après-midi ne figure même pas au tableau des horaires. Cet été, le créneau d’avant l’aube n’a pas suffi non plus.
Saas-Fee et Zermatt avaient lâché avant lui
Le Stelvio est tombé le dernier, pas le premier. Zermatt avait arrêté son ski d’été sur le Théodule au début du mois, ce dont nous parlions le 7 août : l’équipe de France de vitesse y avait perdu son stage. Saas-Fee a suivi.
Ce mardi matin, le tableau des installations de Saas-Fee affichait treize remontées ouvertes sur dix-huit. Les cinq à l’arrêt sont exactement celles qui mènent au glacier : Felskinn et les trois tronçons de l’Allalin. Autrement dit, la station tourne pour les randonneurs et les vététistes, et la partie haute est éteinte. C’est la photographie la plus fidèle de l’été 2026 en montagne : on continue de monter, on ne skie plus.
En France, le ski d’été tient désormais en quatre semaines
Les deux domaines français avaient fermé bien avant. À Tignes, le glacier de la Grande Motte a tourné du 20 juin au 15 juillet, et le calendrier officiel précise « sous réserve de conditions favorables ». Quatre semaines, pas une de plus.
Aux 2 Alpes, la mue est plus parlante encore. La station a skié 218 jours, du 29 novembre 2025 au 5 juillet 2026, mais la saison est découpée en tranches : l’hiver jusqu’au 3 mai, le ski d’altitude jusqu’au 31 mai, puis un domaine partiel du 1er juin au 5 juillet destiné « principalement aux athlètes de haut niveau en compétition, aux professionnels et au ski d’enseignement ». Le ski d’été grand public, celui des familles qui montaient chausser en tongs à la station de départ, n’existe plus vraiment aux 2 Alpes. Il reste un outil d’entraînement, ouvert cinq semaines.
La Norvège n’est pas un refuge
Reste le plan B habituel des équipes : monter vers le nord. Le Galdhøpiggen Sommerskisenter, plus haut domaine d’été de Norvège, installé sur le glacier de Juvass, affiche pourtant sur sa page d’accueil un message sans ambiguïté : fermé, réouverture en septembre.
Ce n’est pas une nouveauté climatique, c’est devenu le modèle : le centre ouvre en mai, referme quand la glace vive apparaît au cœur de l’été, puis rouvre à l’automne quand les températures redescendent. Sa saison d’exploitation court sur le papier jusqu’en novembre. Dans les faits, elle est coupée en deux par un trou de plusieurs semaines, en plein mois d’août, c’est-à-dire au moment précis où les équipes nationales voudraient enchaîner les portes.
Dans dix semaines, la Coupe du monde ouvre sur un glacier
La suite du calendrier a quelque chose d’ironique. La Coupe du monde de ski alpin reprend les 24 et 25 octobre à Sölden, en Autriche, avec le géant des femmes le samedi et celui des hommes le dimanche. La piste est tracée sur le glacier de Rettenbach, à plus de 3 000 mètres. C’est le rendez-vous d’ouverture depuis 2000.
Regardez la photo ci-dessus, prise l’été dernier : la piste de course est cette langue blanche isolée au milieu du gris. Elle ne tient pas par magie, elle tient par le stockage de neige, les bâches et les canons, et il faut la reconstituer chaque automne. Le glacier d’à côté, lui, continue de reculer. On saura le 24 octobre si dix semaines ont suffi.