Photo : le Cervin et Breuil-Cervinia, au pied du versant italien. Hagai Agmon-Snir, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Un pan de la face sud du Cervin s’est détaché mercredi, côté italien, et les guides de Breuil-Cervinia ont suspendu leurs courses dans la foulée. À Chamonix, la voûte de glace de l’Aiguille du Midi a rouvert après deux jours de travaux, son entrée surélevée de près d’un mètre. Même cause dans les deux cas : un été qui ne laisse plus geler la haute montagne. Et le même mercredi, dans un tout autre registre, Lara Gut-Behrami a annoncé sa retraite.
Un pan de la face sud du Cervin s’effondre
C’est arrivé mercredi, sur le versant italien, vers 3 900 mètres. Un éboulement de grande ampleur a emporté une masse rocheuse de la face sud du Cervin, dans un nuage de poussière qui a recouvert tout le versant. Personne n’a été touché, selon la Centrale unique de secours de la Vallée d’Aoste : la zone est peu fréquentée par les alpinistes, qui lui préfèrent l’arête du Lion. Le Corps forestier valdôtain a suivi l’évolution du terrain.
La voie normale italienne, justement, est intacte. Ça n’a pas suffi à rassurer la société des guides de Breuil-Cervinia, qui a suspendu les ascensions de la Gran Becca avec ses clients jusqu’à ce que les conditions s’améliorent. La cabane Carrel reste ouverte aux alpinistes, mais sans personnel sur place. Sur le versant suisse, l’arête du Hörnli est fortement déconseillée depuis la mi-juillet.
Le Cervin est donc déconseillé des deux côtés de la frontière, en plein mois d’août.
À Chamonix, la voûte de glace a rouvert, surélevée d’un mètre
La grotte de glace de l’Aiguille du Midi, à 3 842 mètres, est de nouveau accessible. Elle avait fermé mardi 4 août pour une opération de sécurisation, la voûte étant trop fragilisée par la sécheresse et la canicule, et le chantier avait été prolongé le lendemain par un arrêté de la mairie.
Le maire de Chamonix François-Xavier Laffin a confirmé la réouverture de l’accès à l’arête. Les travaux, menés par la Compagnie du Mont-Blanc, ont consisté à agrandir l’ouverture : l’accès menant à l’arête a été surélevé de près d’un mètre, précise son PDG Mathieu Dechavanne. La grotte n’a donc pas disparu, contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là.
Rouvrir l’accès ne remet pas pour autant l’arête dans l’état où les alpinistes l’ont connue. La Chamoniarde prévenait cet été qu’elle est en glace et n’est plus adaptée aux débutants. Être à l’aise en crampons d’alpinisme y est devenu le minimum.
Du Mont-Blanc au Cervin, les guides renoncent
Ces deux journées ne sortent pas de nulle part. Depuis la mi-juillet, les guides de Courmayeur ne proposent plus l’ascension du mont Blanc par la voie normale italienne. « Les conditions se sont rapidement détériorées avec la chaleur du mois de juin et ne permettent plus d’emmener des clients : le glacier est très crevassé et il est difficile de trouver le bon itinéraire », expliquait alors à l’AFP Alex Campedelli, président de la Société des guides de Courmayeur. Aucune interdiction administrative n’a été prise, et d’autres itinéraires restent praticables côté italien.
Côté français, les courses continuent. Mais Ricardo Mora, vice-président de la Compagnie des guides de Saint-Gervais-les-Bains, n’exclut rien : « on voit que la température, à un moment donné, va nous imposer peut-être de prendre la même décision qu’il y a quelques années », glissait-il à l’AFP. Il pense à 2022, quand Chamonix et Saint-Gervais avaient suspendu la voie normale du mont Blanc à la mi-juillet, à cause des chutes de pierres.
Le mécanisme est connu et il se répète. « Cette canicule se prolonge et on a un réchauffement important du sol, la fonte de la neige et de la glace et le dégel du permafrost », résume Pierre Mathey, secrétaire général de l’Association suisse des guides de montagne, ce qui « provoque des écroulements ou des éboulements plus importants ». Sa recommandation tient en une phrase : « Sur les itinéraires du Mont-Blanc et du Cervin, il faut simplement avoir l’humilité de renoncer temporairement. » Fin juin, le service suisse de surveillance des glaciers annonçait une très forte perte de glace à craindre cette année dans les Alpes.
Lara Gut-Behrami raccroche à 35 ans
Mercredi, dans un message d’adieu diffusé par la RSI, Lara Gut-Behrami a annoncé qu’elle arrêtait avec effet immédiat. La Tessinoise de 35 ans s’était gravement blessée à un genou à l’entraînement en novembre dernier, ce qui avait mis fin à une saison qui devait être celle des Jeux de Milan-Cortina et d’une sortie en beauté. Elle ne reviendra pas.
Elle laisse deux gros globes de cristal, en 2016 et en 2024. Six globes de super-G, en 2014, 2016, 2021, 2023, 2024 et 2025, plus celui de géant en 2024. Trois médailles olympiques, dont l’or du super-G en 2022, et neuf médailles mondiales, dont les deux titres de 2021 en super-G et en géant. En Coupe du monde, elle compte 48 victoires, dont 24 en super-G, 13 en descente et 10 en géant, pour 101 podiums. Un de moins que Vreni Schneider.
La raison qu’elle donne vaut le palmarès. « Malgré près de 20 ans de sport de haut niveau, malgré les chutes et les blessures, je ne souffre d’aucune douleur récurrente et je ne veux pas en souffrir », écrit-elle. Puis : « Le ski est quelque chose de magique et de naturel pour moi ; essayer de forcer mon corps et mon esprit à endurer et à gérer la douleur reviendrait à ternir l’image que j’ai en moi de ce que j’ai fait avec tant de passion. » Elle part entière plutôt que de revenir diminuée. Sa dernière phrase est celle d’une skieuse, pas d’une championne : « J’ai tellement hâte d’aller skier, et je suis heureuse comme ça. »