Photo : le parcours de Sierre-Zinal, au-dessus de 2 400 mètres, entre les kilomètres 20 et 24. Anthospace, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Mathieu Blanchard ne courra pas cet été. Son talon ne guérit pas, l’UTMB est dans trois semaines, et il a préféré annoncer forfait plutôt que prendre un dossard pour faire illusion. Samedi, pendant ce temps, le trail a deux rendez-vous le même jour : Sierre-Zinal en Valais et le Trail des Hauts-Forts à Morzine, où Baptiste Chassagne vient se tester. Et une agence de voyages a décidé d’arrêter de vendre le Tour du Mont-Blanc.
Blanchard renonce à l’UTMB, et à tout son été
Il n’a pas prononcé le nom de la course, mais la phrase ne laisse aucune place au doute. « Je ne prendrai donc pas le départ d’une course cet été, et ça me rend vraiment triste », a écrit Mathieu Blanchard sur ses réseaux sociaux. L’UTMB est programmé le vendredi 28 août : son absence de Chamonix est donc actée.
L’histoire dure depuis le printemps. Une douleur apparaît au talon, accompagnée d’un œdème d’abord jugé bénin, avec deux semaines de repos à la clé. Sauf que chaque reprise a suivi le même scénario : la charge remonte doucement, l’espoir revient, la douleur aussi. Impossible, dans ces conditions, de construire une préparation pour 174 kilomètres et 9 900 mètres de dénivelé positif. Il n’a plus pris de dossard depuis avril, et aucun diagnostic précis n’a été rendu public.
Blanchard reconnaît qu’il aurait pu s’aligner malgré tout et donner l’impression que tout allait bien. Il évoque aussi, sans en faire une cause médicale, une année chargée en dehors du sport : changement d’équipementier, projets de développement de produits, période personnelle difficile, sommeil perturbé. Et il dit vouloir inverser une logique qu’il a longtemps suivie, où son bien-être découlait de ses résultats plutôt que l’inverse. Le retour viendra, mais sans date.
Samedi, la 53e Sierre-Zinal sans Kilian Jornet
La course des cinq 4 000 se dispute samedi 8 août : les femmes s’élancent à 10 h 30, les hommes à 11 heures. Trente et un kilomètres entre Sierre et Zinal, dans le Valais, avec le Weisshorn, le Zinalrothorn, l’Obergabelhorn, le Cervin et la Dent Blanche en toile de fond, d’où le surnom. L’épreuve compte à la fois pour la Coupe du monde de course en montagne et pour les Golden Trail World Series.
Kilian Jornet, qui détient le record du parcours depuis 2024, est forfait, touché au genou. Rémi Bonnet manque lui aussi à l’appel. Le champ masculin reste kényan : Philemon Kiriago défend son titre, il a gagné deux fois ici et n’a jamais fait pire que deuxième en trois participations, avec 37 secondes d’avance sur Patrick Kipngeno l’an dernier et une seule seconde de retard sur Jornet en 2024. Kipngeno, deuxième en 2023 et 2025, revient de blessure mais a gagné la Broken Arrow Ascent cette saison. Michael Selelo Saoli complétait le podium 100 % kényan de 2025.
Le vainqueur touchera 2 000 francs suisses, au moins 3 000 avec les bonifications, et 4 000 de plus en cas de record du parcours. Autant dire que celui de Jornet vaut cher, en son absence.
Chassagne se teste à Morzine, trois semaines avant l’UTMB
Même jour, autre vallée. Le Trail des Hauts-Forts fête sa dix-neuvième édition samedi à Morzine, et Baptiste Chassagne s’aligne sur le Trail du Fornet, 36 kilomètres et 2 820 mètres de dénivelé positif. Il connaît : il l’a gagné en août 2024, en 4 h 03 min 01 s, avec plus de huit minutes d’avance sur Thomas Balabaud.
Sauf qu’entre-temps, il a changé de statut. Deuxième de l’UTMB en 2024, il a remporté la Diagonale des Fous en octobre 2025 dès sa première participation, en bouclant les 178 kilomètres du Grand Raid de La Réunion en 23 h 31 min 54 s, près d’une heure devant Yannick Noël. Cette saison, il s’est classé quatrième du 90 kilomètres du Mont-Blanc fin juin.
Un 36 kilomètres trois semaines avant l’UTMB, c’est un test de forme plutôt qu’un objectif : quatre heures d’effort intense sans la fatigue d’un ultra. Le plateau ne lui facilitera rien, avec le Polonais Kamil Leśniak, deux fois dans le top 15 de l’UTMB, Thibaut Jean, deuxième des championnats du monde Spartan Ultra disputés à Morzine début juillet, et Jocelyn Guillot, vainqueur du Trail Nivolet-Revard. Sa manière de monter, et sa capacité à finir fort, en diront plus que le résultat lui-même.
Une agence de voyages arrête de vendre le Tour du Mont-Blanc
Dernier sujet, et il en dit long sur l’état des sentiers. Mercredi 5 août, l’agence Trails in France a annoncé qu’elle ne proposerait plus de séjour sur le Tour du Mont-Blanc. Pas l’UTMB, l’itinéraire : les quelque 170 kilomètres qui font le tour du massif par la France, l’Italie et la Suisse. Elle accompagne son dernier groupe du 6 au 9 août, un séjour de quatre jours affiché complet.
Trois raisons sont avancées : la saturation croissante des sentiers, la hausse des prix et la dégradation des prestations autour du parcours. L’agence explique qu’elle ne se sent plus fière de vendre ce séjour au tarif auquel elle doit désormais le proposer, et que l’expérience ne correspond plus au prix demandé.
Le plus intéressant est ailleurs. Trails in France reconnaît que les agences de voyages participent elles-mêmes à la fréquentation qu’elles dénoncent, en envoyant chaque année des groupes sur les grands itinéraires. Renoncer au Tour du Mont-Blanc, c’est abandonner un produit qui remplit tout seul. Peu d’entreprises tirent cette conclusion-là de leur propre constat.