Julien Veysseyre termine l’UTMB 2026 en 44 h 16

Trail & Running · Actu

Photo : Florine Tournier, communiqué de presse (Espen Presse)

Julien Veysseyre est rentré à Chamonix le dimanche 30 août en début d’après-midi, 44 h 16 après le départ.
Une première mondiale. Aucun coureur amputé sous le genou n’aurait terminé l’UTMB avant lui.
Pourtant, il a bien failli abandonner car il avait décidé d’arrêter au 50ème km. Story.

Julien Veysseyre finit l’UTMB en 44 h 16

Julien Veysseyre embrasse sa lame de course sur la ligne d'arrivée de l'UTMB, à Chamonix
Julien Veysseyre embrasse sa lame de course sur la ligne d’arrivée, à Chamonix. Photo : Florine Tournier, communiqué de presse.

Il boucle les 174 kilomètres du tour du Mont-Blanc en 44 h 16 min 04 s. La barrière horaire tombait à 45 h 30 : une heure et quart de marge au bout de deux nuits dehors, ce qui vous donne le ton de sa course. Il termine 1 475e des 1 681 classés. Ben Dhiman avait gagné vingt-six heures plus tôt, sur la même boucle.

Julien Veysseyre a perdu la jambe droite sous le genou à 18 ans, dans un accident du travail, et court sur une lame. Cette année, Courtney Dauwalter et Vincent Bouillard ont renoncé en route. Lui a fini.

« À 98 % sûr d’abandonner » au 60e kilomètre

Julien Veysseyre et son équipe sur la ligne d'arrivée de l'UTMB 2026, à Chamonix
Julien Veysseyre et son équipe sur la ligne d’arrivée, à Chamonix. Photo : Florine Tournier, communiqué de presse.

Rien n’allait dès les premières heures. Il part avec Thibaut Baronian, son premier guide, et lui glisse en route : « C’est bizarre, j’ai pas de sensations et j’ai les jambes lourdes. »

Au deuxième relais, avec Alice Denuc, la douleur se réveille sur le releveur de sa jambe valide, le muscle qui remonte la pointe du pied à chaque foulée. Sur un sentier des Alpes, ce muscle travaille des dizaines de milliers de fois. « C’était très douloureux et très tôt dans la course, autour du 60e kilomètre. Dans la prothèse, j’étais gêné. » Il lui restait plus de cent kilomètres.

Alice Denuc appelle le staff pour demander quoi faire. Lui avait déjà tranché : « Dans ma tête, j’étais à 98 % sûr d’abandonner, je ne repartais pas. »

Une emboîture de rechange l’a remis en route

Julien Veysseyre à l'entraînement avec sa lame de course, en forêt, en montagne et sur route
Julien Veysseyre à l’entraînement, avant l’UTMB. Photos d’archive : Florine Tournier et Pierre Gouineau, communiqué de presse.

L’équipe attaque d’abord la douleur aux crèmes anti-inflammatoires. Ça tient, sans plus : « Elle ne m’a pas empêché de courir en serrant les dents. » Puis elle change l’emboîture, la coque rigide qui reçoit le moignon et encaisse tout l’appui. Il en avait emporté plusieurs modèles, et l’un d’eux n’appuyait pas sur la zone qui le brûlait. C’est cette pièce-là qui l’a relancé.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est le bruit sur les sentiers : « Je ne m’attendais pas à autant de ferveur à l’arrivée. Je l’ai vu sur les chemins, les gens m’ont beaucoup encouragé et criaient mon prénom. »

Sur les dernières heures, il décrit un état que connaissent tous ceux qui ont dépassé les trente-six heures de course : « Le corps est détruit, tu n’arrives plus à mettre un pied devant l’autre, tu as mal partout et pourtant tu es capable d’en refaire encore et encore. »

La deuxième nuit change tout

La lame de course et la chaussure de Julien Veysseyre brandies sous l'arche d'arrivée de l'UTMB
La lame et la chaussure, brandies sous l’arche d’arrivée. Photo : Florine Tournier, communiqué de presse.

Il connaissait déjà la vallée. En août 2025, il avait terminé la CCC, 101 kilomètres depuis Courmayeur, en 21 h 55. Une nuit dehors. L’UTMB en ajoute une seconde, et c’est ce saut-là qui l’a cueilli : « L’année dernière, j’étais engagé sur la CCC, je n’ai pas connu ce scénario du tout. Je le connaissais du dire des gens, mais il faut le vivre pour voir ça. »

Entre les deux, il a couru le 51 kilomètres du Grand Raid Ventoux fin avril en 7 h 04, puis le 42 du Marathon du Mont-Blanc fin juin en 6 h 36. Son équipe présente cette série comme des essais de matériel et de réglages avec la prothèse. Fin mars, il a quitté son poste dans les ressources humaines d’une entreprise clermontoise pour se préparer à plein temps et lancer une activité de conférencier.

Si vous préparez votre premier 100 miles, retenez l’histoire de l’emboîture. Sur 44 heures, ce qui vous arrête n’est presque jamais ce que vous aviez préparé : toute sa saison tournait autour de la prothèse, et c’est l’autre jambe qui a lâché.

Sur ce que ça lui a coûté, il ne prend pas de gants : « C’est le prix du sacrifice, du travail acharné pendant deux ou trois ans, un projet qui aboutit favorablement. J’ai eu de la chance. »