Billon et Oddo ouvrent 1 200 mètres en Civetta après neuf ans d’attente

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Photo : la face nord-ouest de la Civetta, dans les Dolomites. Eliusoutdoor, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

Neuf ans entre l’idée et la première longueur : Léo Billon et Enzo Oddo ont ouvert 1 200 mètres du sol sur la plus grande paroi des Dolomites. Au Broad Peak, pendant ce temps, Mingma G a décidé d’entrer seul dans une zone d’avalanches pour redescendre trois corps. On parle aussi d’une finale de Coupe du monde de bloc dans un stade de baseball, et d’une ouverture patagone racontée à la première personne.

Billon et Oddo ouvrent la Diretta Francese en Civetta

Installés dans les Dolomites depuis le début de l’été, Léo Billon et Enzo Oddo ont ouvert du 3 au 5 juillet une nouvelle voie de 1 200 mètres sur la face nord-ouest de la Civetta. Ils l’ont appelée Diretta Francese. La paroi, que les Italiens surnomment la Parete delle Pareti, la paroi des parois, concentre depuis un siècle une bonne partie de l’histoire de l’escalade dolomitique.

La manière compte autant que la ligne. Ouverture du sol, trois jours de grimpe, deux bivouacs dans la paroi, et neuf points seulement sur les 1 200 mètres : tout le reste passe sur coinceurs. Les difficultés montent jusqu’au 5.13 américain, soit l’équivalent d’un 7c+ à 8a. Les deux hommes visaient le libre à vue sur chaque longueur ; ils y sont parvenus partout sauf sur les deux plus dures, enchaînées ensuite après travail.

L’histoire commence en hiver 2017. Billon, venu répéter la Solleder-Lettenbauer avec Max Bonniot et Benjamin Védrines, repère un pan de rocher vierge dans les 300 derniers mètres, sous le givre. Le trio le surnomme alors le « mur de Ceüse ». Il aura fallu neuf ans au premier pour transformer ce repérage en projet réel. Le clin d’œil est double, puisque Oddo s’était fait un nom à Ceüse à quinze ans. Les deux connaissent la paroi : en 2021, ils avaient répété Colonne d’Ercole à vue et dans la journée.

Au Broad Peak, Mingma G retourne dans la zone d’avalanches

Six jours après l’avalanche qui a tué dix alpinistes, les opérations continuent et elles s’enlisent. Sur les dix victimes, huit ont été localisées, mais quatre seulement ont été redescendues de la montagne. Les corps de Nirmal Purja, de son guide Nima Sherpa et du Chinois Wang Zhong n’ont pas pu être descendus sous 5 000 mètres : ils y sont toujours. Une nouvelle avalanche avait contraint les secouristes à suspendre le travail.

Le Broad Peak au Karakoram vu depuis le glacier de Concordia
Le Broad Peak, 8 051 mètres, vu depuis Concordia au Karakoram. Six corps sont toujours sur la montagne. Photo : Sallahuddin shah, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Les hélicoptères sont cloués au sol par la météo et l’option de l’héliportage à l’élingue s’éloigne. Mingma G a donc décidé d’y aller à pied, en assumant le risque de traverser une zone exposée aux avalanches. « Je vais essayer de grimper la section dangereuse du Broad Peak pour récupérer trois corps », a-t-il déclaré au Tourism Times. Il ajoute que toutes les autres équipes ont quitté la montagne et que la sienne est désormais seule sur place, avec le Pakistanais Sirbaz Khan.

Il y a de l’amitié là-dedans. Mingma G et Purja avaient réussi ensemble la première hivernale du K2, en janvier 2021, et ne s’étaient plus quittés sur les expéditions commerciales. Killi Pemba Sherpa, l’un de ses guides principaux et membre lui aussi de cette équipe du K2, a été redescendu hier.

Trois autres corps restent sur la montagne. Celui de Nawang Thindhu Sherpa gît vers 6 000 mètres, dans une zone jugée inatteignable. Ceux du guide pakistanais Sohail Sakhi et de sa cliente américaine Mallory Geis n’ont pas été localisés, même si la mort de cette dernière a été confirmée par les recherches. Notre article sur l’avalanche et ses dix victimes est mis à jour au fil des opérations.

La finale de Coupe du monde de bloc se jouera sur un terrain de baseball

Changement complet de registre. Du 16 au 18 octobre, la dernière étape de Coupe du monde de bloc de la saison se tiendra à Smith’s Ballpark, à Salt Lake City, avec un mur monté à même la pelouse du champ intérieur et la chaîne du Wasatch en fond. Le stade était l’antre des Salt Lake Bees jusqu’à leur déménagement en 2025 ; c’est la première compétition qu’USA Climbing y organise.

Le stade de baseball Smith's Ballpark à Salt Lake City vu de l'extérieur
Smith’s Ballpark, à Salt Lake City. L’ancien stade des Salt Lake Bees accueillera la finale de Coupe du monde de bloc en octobre. Photo : An Errant Knight, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

« Ce lieu représente bien plus qu’un simple nouveau décor, c’est une façon de relier sport, histoire et communauté », explique John Muse, directeur du département des sports d’USA Climbing. Le circuit a pris l’habitude de sortir des salles : fin juillet, les Championnats d’Europe de bloc se sont disputés sur le Circuit de Barcelona-Catalunya, à deux pas de la ligne droite des stands. Les billets sont partis en vente le 3 août, à partir de 15 dollars.

Reste la compétition, et elle a un patron. Depuis l’ouverture de la saison à Keqiao début mai, Sorato Anraku a gagné les cinq étapes de bloc : Keqiao, Berne, Alcobendas, Prague, Innsbruck. Une sixième le placerait aux côtés de Janja Garnbret parmi les rares grimpeurs à avoir aligné six Coupes du monde de bloc d’affilée. Chez les femmes, c’est l’inverse : quatre gagnantes différentes en cinq étapes, dont la Française Zélia Avezou à Keqiao, avant qu’Annie Sanders ne double la mise à Prague puis Innsbruck. Le classement général de la saison s’y jouera aussi, sur une pelouse de baseball et en chaussons de bloc.

Echoes in the Dark, une ouverture patagone racontée de l’intérieur

Dernière pièce, plus ancienne mais qui vaut la lecture. En mars, Kosuke Kawachi, Toru Nakajima et Yudai Suzuki ont ouvert Echoes in the Dark, 800 mètres sur le Cerro Cota, dans le massif des Torres del Paine. Montagnes Magazine publie le récit qu’en fait Suzuki.

Les tours de granit du massif du Paine vues depuis la Laguna Azul
Les tours du Paine, en Patagonie chilienne. Le Cerro Cota se trouve dans ce massif. Photo : LBM1948, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Le texte parle moins d’exploit que d’eau froide. Une fissure qui ruisselle et trempe la veste et les gants, un dernier friend qui ne sert plus que de protection psychologique, une cheminée qui se resserre dans l’ombre avec de la glace au fond et les broches restées en bas. « Il n’y a pas un seul mouvement clé mais de longs enchaînements », écrit Suzuki, avec la certitude qu’une chute serait catastrophique.

Il décrit une cordée de trois profils qui ne grimpent pas pareil, et en fait sa force : Nakajima ouvre avec l’imagination d’un bloqueur, Suzuki apporte le jugement de l’alpiniste, Kawachi est le moteur discret. Au sommet, pas d’explosion de joie, juste du silence face à la calotte glaciaire de Patagonie du Sud. Ce qu’il retiendra, écrit-il, ce n’est pas le sommet, mais le silence après les décisions difficiles.