Photo : Marlen Reusser sur le contre-la-montre de Pau, au Tour de France Femmes 2023. Hugo LUC, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Le premier vrai rendez-vous de ce Tour a rendu son verdict, et il a tout remis à plat. Marlen Reusser a gagné le chrono de Dijon et pris le maillot jaune. Pauline Ferrand-Prévot, elle, a perdu son Tour en vingt et un kilomètres. Il reste une bonne nouvelle française, et elle n’est pas mince : Cédrine Kerbaol est troisième du général.
Reusser boucle son « projet moutarde » et prend le jaune
Vingt et un kilomètres entre Gevrey-Chambertin et Dijon, et aucune surprise en haut de la feuille. Marlen Reusser, la championne du monde, a couvert le parcours en 27’30 », soit près de 46 km/h de moyenne. Derrière elle, Lieke Nooijen (Visma-Lease a Bike) échoue à 4 secondes, Demi Vollering (FDJ United-SUEZ) à 18, Zoe Bäckstedt à 20 et Mischa Bredewold à 45.
La Suissesse de Movistar ne cachait pas que la journée était cochée depuis longtemps. « Je suis super contente, cela faisait longtemps que nous avions cette idée. C’est le premier Tour de France que je me suis vraiment fixé comme objectif de la saison. Je suis ici en tant que leader », a-t-elle expliqué au micro de l’organisation. « Nous avons appelé ce contre-la-montre « projet moutarde », en référence à Dijon. Ce n’est pas évident de réussir un tel pari. Je suis très heureuse que cela se soit produit. »
Le pari a coûté cher à celle qui menait la veille. Sigrid Haugset, partie seule à 88 kilomètres de Poligny pour prendre le maillot jaune, avait 2’02 » d’avance au départ de la journée. Elle en ressort quatrième, à 56 secondes. Au général, Reusser mène désormais avec 14 secondes sur Vollering et 54 sur Kerbaol.
Ferrand-Prévot perd son Tour en vingt et un kilomètres
Trente-quatrième à 2’13 ». Le chiffre est brutal, et il l’est encore plus rapporté à la seule concurrente qui comptait vraiment pour elle : Pauline Ferrand-Prévot a laissé 1’55 » à Demi Vollering sur un exercice de moins d’une demi-heure. Elle pointe désormais quatorzième du général, à 2’13 » du maillot jaune.
« L’équipe m’a montré quelques points, mais j’ai fait de mon mieux. Je ne peux plus rien y faire », a réagi la tenante du titre devant plusieurs médias dont Wielerflits. « Je n’avais aucune idée du retard accumulé. Ce soir, nous verrons précisément l’importance des écarts et nous établirons un plan. »
Elle s’est aussi expliquée sur son matériel et sur sa position, sujet sensible chez elle : « Nous avons tout pris en compte concernant mon artère fémorale. Les tests en soufflerie ont également montré que c’était la position la plus rapide. Elle peut paraître un peu droite, mais c’est la plus performante. » Reste le moral, et il tient : « C’est aussi bien de ne plus être la favorite. Maintenant, je dois chasser, et j’adore ça. »
Kerbaol troisième, la bonne nouvelle française
Pendant que la championne sortante coulait, une autre Française remontait. Cédrine Kerbaol a signé le septième temps, à 54 secondes de Reusser, et se retrouve troisième du classement général au même écart. Pour une coureuse d’EF Education-Oatly qu’on n’attendait pas forcément à ce niveau sur le chrono, c’est la meilleure journée du Tour côté tricolore. Célia Le Mouël, dix-septième à 1’20 », a également tiré son épingle du jeu.
Derrière, les cadres ont limité les dégâts sans briller : Elisa Longo Borghini termine dixième à 1’03 », Paula Blasi Cairol onzième à 1’04 », Katarzyna Niewiadoma et Anna van der Breggen treizième et quatorzième à 1’09 ». La vraie chute, c’est Kim Le Court-Pienaar, trente-neuvième à 2’23 », qui glisse au quinzième rang du général après avoir été deuxième la veille.
Les maillots secondaires, eux, n’ont pas bougé. Lorena Wiebes reste en vert avec 111 points malgré une vingt-septième place à 1’45 », Puck Pieterse garde les pois avec 18 points, et Paula Blasi Cairol conserve le blanc, devant Antonia Niedermaier à 31 secondes. Célia Géry est cinquième de ce classement des jeunes.
Mercredi, le mont Brouilly en juge de paix
Le Tour quitte la Bourgogne pour le Beaujolais, et le programme est autrement plus rude : 2 850 mètres de dénivelé positif, deux versants du col de Gerbet, puis une succession de montées qui traversent les appellations, du saint-amour au villié-morgon.
« Le final, abordé par Chiroubles et une difficulté en deux paliers progressifs (1,3 km à 7,1 % puis 1,2 km à 9,7 %), érigera le Mont Brouilly et ses 3 km à 7,7 % en juge de paix à 10 km de l’arrivée », détaille Marion Rousse dans sa présentation de l’étape. Départ fictif à 13 h 45, arrivée prévue vers 17 h 41.
Quatorze secondes séparent Reusser de Vollering. Sur un tel terrain, autant dire rien du tout. Le maillot jaune peut très bien changer d’épaules dès mercredi soir.