Photo : Florian Pépellin, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Six jours d’affilée sur le GR5, c’est ce que Romain Olivier vient de faire pour relier Thonon-les-Bains à Nice, et il a mis moins de temps que quiconque avant lui. De l’autre côté de l’Atlantique, Vincent Bouillard a expliqué ce qui a changé dans son entraînement avant le record qu’il a signé sur la Western States. Et samedi, Sierre-Zinal se courra sans Kilian Jornet ni Rémi Bonnet.
Romain Olivier avale les 630 km du GR5 en 5 jours et 18 heures
Il est parti de Thonon-les-Bains le mardi 28 juillet à 6 heures du matin. Il a rejoint Nice dans la nuit de dimanche à lundi, après 5 jours, 18 heures et 43 minutes de course. Entre les deux : environ 630 kilomètres de GR5, la Grande Traversée des Alpes, et de l’ordre de 34 000 mètres de dénivelé positif selon les tracés retenus. À mi-parcours, vendredi à midi, il avait déjà 312 kilomètres et 77 heures dans les jambes.
Une nuance mérite d’être posée tout de suite, parce qu’elle compte dans le petit monde des FKT. Olivier avait annoncé une tentative en autonomie, c’est-à-dire en gérant seul son matériel et ses ravitaillements. Sa performance est finalement enregistrée en catégorie « assistance », celle où une équipe peut suivre le coureur. Le record en autonomie de Sébastien Raichon, 6 jours 6 heures et 27 minutes établi en août 2021, reste donc formellement debout, même si Olivier a mis près de douze heures de moins sur le terrain. Sur la référence en assistance, en revanche, il gagne largement : la marque précédente tournait autour de 160 heures, soit vingt et une heures de plus que lui.
Le personnage n’est pas un inconnu. Quinze jours avant de se lancer, il remportait l’Ultra Tour du Grand Raid du Guillestrois-Queyras, 170 kilomètres et 11 000 mètres de dénivelé, en un peu plus de 23 heures. Son indice ITRA de 879 le place parmi les tout meilleurs Français sur longue distance. Six jours à enchaîner les cols avec des bâtons de trail et quelques heures de sommeil, ça reste un exercice à part : la difficulté n’est plus l’allure, c’est de tenir la machine debout jour après jour.
Ce n’est pas le seul chrono qui a bougé sur le GR5 cet été. Le 26 juillet, Nouchka Simic a établi la meilleure marque féminine en assistance avec 7 jours, 17 heures et 47 minutes, effaçant les 7 jours 20 heures et 23 minutes d’Iliana Popik, qui tenaient depuis 2024.
Vincent Bouillard : ce qui a changé après quinze ans en solo
Retour sur juin, mais avec du neuf. Vincent Bouillard a gagné la Western States 2026 en 13 heures 46 minutes et 15 secondes, soit vingt-trois minutes de mieux que le record de Jim Walmsley, qui tenait depuis 2019. Il est le premier Français à s’imposer sur la course californienne, et le quatrième homme à réussir le doublé UTMB et Western States, après Kilian Jornet, Walmsley et Tom Evans.
Ce qu’on ignorait, et qu’il a raconté à Outside, c’est la manière dont il s’y est pris. Après plus de quinze ans à s’entraîner seul, l’ingénieur de 32 ans a confié sa préparation à l’entraîneur américain Mario Fraioli. Les volumes donnent le vertige : jusqu’à 228 kilomètres et 24 heures 30 sur une seule semaine, avec une moyenne de 19 heures 30 hebdomadaires sur un bloc de douze semaines.
Le chiffre brut est spectaculaire, mais ce n’est pas vraiment l’histoire. L’intérêt du témoignage, c’est que chaque partie de sa semaine avait une fonction précise, là où beaucoup de coureurs empilent des heures sans structure. Bouillard avait gagné l’UTMB 2024 en s’entraînant à l’instinct, ce qui avait beaucoup fait parler à l’époque. Deux ans plus tard, il bat un record qu’on croyait hors d’atteinte avec un plan écrit par quelqu’un d’autre. Les deux approches ont marché, mais pas au même niveau.
À suivre : Sierre-Zinal samedi, sans Jornet ni Bonnet
La cinquième étape de la Golden Trail World Series se court samedi 8 août, avec la 53e édition de Sierre-Zinal. Toujours le même tracé : 31 kilomètres et environ 2 200 mètres de dénivelé positif entre Sierre et Zinal, dans le Valais, sur ce que les organisateurs appellent la course des cinq 4 000.
La course masculine perd ses deux têtes d’affiche. Kilian Jornet a annoncé son forfait, toujours en convalescence : l’IRM passée après Zegama avait révélé une déchirure du ménisque latéral, un œdème, une lésion cartilagineuse de la rotule et un œdème osseux. Il avait quand même pris le départ de la Western States avant d’abandonner à Dusty Corners. Rémi Bonnet, qui portait les espoirs suisses, déclare lui aussi forfait, à cause d’un mollet.
Restent deux favoris évidents. Philemon Kiriago, vainqueur en 2023 puis en 2025, et Elhousine Elazzaoui, qui a remporté le classement général de la Golden Trail World Series 2025 devant Patrick Kipngeno et Kiriago lui-même. Sur 31 kilomètres à cette intensité, tout se joue sur la montée initiale et la capacité à relancer sur le faux plat du haut, un terrain où les chaussures de trail légères prennent tout leur sens.