Le dôme sommital du mont Blanc et l’arête des Bosses. Photo d’archive. Photo : Revolution_Ferg, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
Le mont Blanc culmine à 4 807,47 mètres, ont annoncé le 14 octobre les géomètres-experts de Haute-Savoie. C’est 1,88 mètre de plus qu’en 2023, l’année du plus bas niveau jamais relevé. Mais leurs relevés de l’an dernier le donnaient plus haut : le sommet a perdu environ 1,3 mètre en un an. Ce qui varie, c’est la calotte de neige et de glace, et le rocher qu’elle recouvre a été modélisé à 4 789,40 mètres.
Le mont Blanc mesuré à 4 807,47 mètres le 17 septembre
L’expédition a quitté le refuge du Goûter le 17 septembre à 3 h 15, dans un vent de 40 km/h. Trente-deux personnes, dont huit géomètres-experts, des guides et des scientifiques, ont atteint le sommet à 7 h 20, au moment où le vent tombait. Pendant plus de deux heures, cinq équipes ont travaillé en parallèle. Des récepteurs GNSS, corrigés en temps réel par le réseau TERIA, ont cherché le point culminant ; un drone a pris plus de 1 300 images pour modéliser la calotte en trois dimensions ; un géoradar, emporté pour la première fois, a sondé la glace et le rocher.
L’IGN a ajouté sa propre première : un gravimètre posé au sommet, qui a mesuré la pesanteur à 9,7944689 m/s². « Une première au sommet du mont Blanc, utile pour affiner le calcul de l’altitude dans les années à venir mais aussi pour l’étude de la couche de glace », résume Brice Virly, ingénieur de l’IGN. Les cordées ont monté près de 30 kilos d’instruments, contre une dizaine d’habitude. Elles s’étaient préparées par une journée d’entraînement aux crampons sur la Mer de Glace, puis deux jours d’acclimatation au Bishorn, en Suisse.
Plus haut qu’en 2023, plus bas qu’il y a un an
Les géomètres-experts de Haute-Savoie mesurent le sommet tous les deux ans depuis 2001. En 2023, ils l’avaient trouvé à 4 805,59 mètres, le plus bas niveau de la série. Le record haut remonte à 2007, à près de 4 811 mètres. La mesure de 2026 remonte de 1,88 mètre et se rapproche de l’altitude calculée par les cousins Joseph et Henri Vallot à la fin du XIXe siècle.
La profession a aussi relevé le sommet en 2024 et en 2025. D’après ses données, citées par l’agence AP, il était plus haut l’an dernier et a perdu environ 1,3 mètre en un an. L’altitude se dit pourtant souvent 4 810 mètres, chiffre gravé jusque sur la plume des stylos Montblanc. « On a des variations de plusieurs mètres d’une année à l’autre. Donc arrondir à la dizaine, c’est pas mal », sourit Jean des Garets, président de la chambre des géomètres-experts de Haute-Savoie.
Sous la neige, un rocher à 4 789,40 mètres
Ce que les géomètres mesurent, c’est la calotte de neige et de glace posée sur le rocher. Elle est soumise, écrivent les scientifiques dans le dossier de presse de la campagne, à « des phénomènes extrêmement variables : accumulation de neige, précipitations, vent, transport et redistribution de la neige, températures, ensoleillement et conditions météorologiques des mois précédant la mesure ». Ils relèvent une année 2026 « particulièrement sèche » et un isotherme 0 °C passé au-dessus de 5 000 mètres pendant les épisodes de chaleur, sans que cela suffise à expliquer les écarts d’une année sur l’autre. Cet été, la sécheresse et les canicules avaient fait tomber assez de pierres dans le couloir du Goûter pour que la mairie de Saint-Gervais ferme le refuge du 11 au 26 août.
Le géoradar a permis de modéliser le sommet rocheux sous la glace, à 4 789,40 mètres. D’autres scientifiques l’avaient mesuré à 4 792 mètres en 2004. « On n’a pas encore pris le temps d’analyser et de comprendre pourquoi on a cet écart », reconnaît Jean des Garets. Avant l’expédition, Olivier Jamet, de l’IGN, posait la limite de l’exercice : « Quand la hauteur du mont Blanc varie, on ne peut pas savoir avec certitude si le sol, la roche, a bougé ou si la glace a fondu ».
Le glaciologue Luc Moreau, invité à la présentation, juge que le sommet « reste encore froid, il n’est pas encore trop modifié par le climat ». Les géomètres refusent de tirer une tendance d’un seul relevé. « Chaque mesure ponctuelle n’a pas d’importance en soi », insiste Jean des Garets.