Le refuge du Goûter rouvre après quinze jours de fermeture

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Photo : Coronium, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Les refuges du Goûter et de Tête Rousse rouvrent ce mercredi, quinze jours après une fermeture pour chutes de pierres et un bras de fer qui a fait du bruit : le maire de Saint-Gervais a refusé l’hélicoptère public à trente-deux alpinistes qui le réclamaient gratuitement. Pendant ce temps, Zélia Avezou a enchaîné un 8B+ à Magic Wood, Fay Manners a ouvert trente-trois longueurs dans la face nord de l’Eiger, et le championnat d’Europe débarque à Laval ce week-end.

Le Goûter rouvre, et la mairie n’a rien lâché

Un arrêté municipal du 24 août rouvre au public, à compter de ce mercredi 26 août, le refuge du Goûter, celui de Tête Rousse et les refuges d’hiver. Ils étaient fermés depuis le 11 août par un arrêté qui invoquait « les fortes chaleurs, l’absence de précipitations et la fonte des neiges » à l’origine de « chutes de pierres importantes notamment dans le couloir du Goûter ».

L'aiguille du Goûter et son refuge sur l'arête
L’aiguille du Goûter, sur la voie normale du mont Blanc. Le couloir qui donne son nom au refuge se trouve sur son flanc. Photo : Francofranco56, domaine public via Wikimedia Commons.

Entre les deux arrêtés, il y a eu le 12 août. Ce matin-là, trente-deux alpinistes qui avaient dormi au refuge du Goûter, à 3 835 mètres, ont réclamé d’être héliportés gratuitement par la sécurité civile ou la gendarmerie. Le gardien a donné l’alerte, le maire a consulté le commandant du PGHM, et la réponse a été non. « Ce matin les conditions de traversée du couloir du Goûter étant redevenues à des conditions calmes, rien ne leur interdisait de s’engager dans la descente », a écrit Jean-Marc Peillex dans son communiqué. Une compagnie privée les a évacués à leurs frais, quelques-uns sont redescendus à pied.

Une nuance mérite d’être posée, parce qu’elle change le sens de l’affaire : ces alpinistes n’ont violé aucune interdiction. L’arrêté du 11 août les autorisait explicitement à passer la nuit sur place, article 1 à l’appui. Ce qu’ils ont ignoré, ce sont des recommandations, celles des compagnies des guides et de l’Office de haute montagne. Le maire, lui, assume de vouloir créer un précédent : « Cette fermeté doit ouvrir une nouvelle ère et faire jurisprudence pour permettre de réformer les règles du secours français pour le réserver exclusivement aux vrais besoins de secours. »

Le communiqué de réouverture, cosigné avec le préfet de Haute-Savoie, n’a rien d’un feu vert. « Cette décision de réouverture des refuges ne signifie [pas] une garantie de l’absence de chutes de pierres », prévient-il, avant d’ajouter que « la montagne a accumulé pendant les cinq périodes de canicules une quantité de chaleur inédite qui peut entraîner à tout moment de telles chutes ou effondrements » et que « différer son projet d’ascension à une période de l’année plus fraîche serait le plus raisonnable ». Dans un couloir qui purge, un casque ne remplace pas une bonne décision, mais il reste la dernière ligne de défense quand la décision a été mauvaise.

Zélia Avezou signe New Base Line, 8B+, à Magic Wood

La Française de 22 ans a enchaîné le 21 août New Base Line, bloc coté 8B+ dans le secteur Oben, à Magic Wood, dans le val Ferrera suisse. La ligne a été ouverte par Bernd Zangerl en 2002 et compte une douzaine d’ascensions référencées. Sur le même séjour, Avezou a enchaîné cinq blocs en 8A+ ou plus dur, dont Jack’s Broken Heart et Bizarre Ride en 8A+ et Foxy Lady en 8A.

Zélia Avezou en compétition de bloc sur un mur artificiel
Zélia Avezou en compétition à Villars en 2024. Photo : Cipcippy, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Le plus drôle est sa manière de raconter le séjour : « C’était censé être des vacances tranquilles pour me rafraîchir avant les prochaines compétitions, et j’ai fini par grimper beaucoup », explique-t-elle. Elle donne le détail qui pique pour Bizarre Ride et Foxy Lady : cinq essais maximum chacun. Sa saison de compétition ne ressemble d’ailleurs pas à des vacances non plus : première à la coupe du monde de bloc de Keqiao, sa première victoire à ce niveau, deuxième du championnat d’Europe de bloc à Barcelone, troisième en difficulté à Prague. On la connaissait surtout pour sa quatorzième place au combiné des Jeux de Paris 2024 ; elle a passé un cap depuis. Sur un bloc de ce calibre, la précision des chaussons de bloc décide de la moitié des mouvements.

Trente-trois longueurs dans la face nord de l’Eiger

Fay Manners a ouvert avec le Suisse Roger Schäli une nouvelle ligne dans la face nord de l’Eiger. Son site officiel donne le chiffre qui compte : trente-trois longueurs d’escalade soutenue, technique et engagée. Cette ouverture porte à vingt-trois le nombre de premières à son actif, auxquelles s’ajoutent sept premières descentes à ski.

La face nord de l'Eiger enneigée sous un ciel bleu
La face nord de l’Eiger, 1 800 mètres de paroi. Photo : Kurt Ritschard, CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons.

Le détail que la cordée retient est ailleurs. Le 12 août, une éclipse solaire totale a traversé l’Arctique, le Groenland, l’Islande et le nord de l’Espagne, et la Suisse en a vu une version partielle. Les deux alpinistes étaient dans la paroi ce jour-là et l’ont regardée depuis leur bivouac. « C’était un moment irréel. Suspendus sur l’une des parois les plus célèbres des Alpes, complètement immergés dans la montagne, à regarder une éclipse depuis notre minuscule maison dans la face », raconte Fay Manners.

Portrait de Fay Manners en montagne
Fay Manners, vingt-trois premières à son actif. Photo : Fay Manners, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Pour situer le terrain : la face nord de l’Eiger dresse 1 800 mètres de paroi sous un sommet à 3 970 mètres, et elle n’a été gravie pour la première fois qu’en 1938, par Anderl Heckmair, Ludwig Vörg, Heinrich Harrer et Fritz Kasparek. Ni Manners ni Schäli n’ont encore publié le détail complet de leur ligne, cotation comprise, sur leurs propres canaux.

Le championnat d’Europe arrive à Laval ce week-end

Du 28 au 30 août, l’Espace Mayenne à Laval accueille le championnat d’Europe senior de difficulté et de vitesse, couplé à une étape de coupe du monde de para-escalade. Plus de trois cents athlètes, plus de trente pays, un mur de seize mètres de haut sur quarante-quatre mètres de large, et une salle de mille neuf cents places.

Grimpeurs sur un mur de vitesse en compétition internationale
Le mur de vitesse lors d’une étape de coupe du monde à Chamonix. Photo : Richard Allaway, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons.

Le format mérite d’être noté : athlètes valides et para sur le même événement, la même semaine, dans la même salle. La para-escalade sera au programme des Jeux paralympiques de Los Angeles 2028. La finale de vitesse se court samedi de 19 heures à 20 heures, celle de difficulté dimanche de 15 heures à 16 heures. Le billet plein tarif est à 18 euros, le tarif réduit à 15, le pass trois jours à 40 en prévente.

L’équipe de France y arrive lancée. Le week-end dernier, sur la dernière étape de coupe d’Europe de difficulté à Ostermundigen, en Suisse, Jordi Poles et Akyan Etchar ont signé un doublé chez les hommes. « L’équipe de France repart avec de très belles performances, marquées par un remarquable doublé masculin signé Jordi Poles et Akyan Etchar », a résumé la fédération. Poles était déjà troisième à l’étape précédente, à Zilina, où Jérôme Morel avait pris l’argent. Chez les femmes, Macha Brebion et Kaina Viviand ont terminé sixième et huitième.