Photo : MOSSOT, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
Nous écrivions le 2 septembre que la route du Pré de Madame Carle était coupée et que le Parc national des Écrins ne donnait aucune date de réouverture. On sait maintenant pourquoi il n’en donnait pas. Réuni à Vallouise-Pelvoux sous la présidence du préfet des Hautes-Alpes, l’état-major du massif a posé une phrase qui vaut programme : « Nous ne reviendrons pas à la situation antérieure. »
« Nous ne reviendrons pas à la situation antérieure »
La phrase est d’Arnaud Murgia, président du conseil d’administration du Parc national des Écrins. Elle a été prononcée sur le terrain, devant les représentants de l’État, des collectivités, des services de secours et du parc, accueillis par la maire de Vallouise-Pelvoux, Gaëlle Moreau. La crue des 27 et 28 août a emporté la route au-delà d’Ailefroide sur plusieurs portions, avec des décaissements atteignant par endroits une vingtaine de mètres.
« Nous vivons ces événements ici depuis trop longtemps », dit-il. « J’insiste sur la nécessité d’apporter un cap et ainsi qu’un espoir soit donné aux élus, aux acteurs économiques, aux professionnels de la montagne et à la population pour anticiper la saison estivale 2027. » Ce qu’il demande n’est pas une route remise en état, c’est « une doctrine nouvelle d’accueil touristique ».
Le site le plus fréquenté du parc
Les chiffres disent ce qui se joue. En 2025, près de 92 000 visiteurs ont emprunté le sentier du glacier Blanc et environ 29 000 véhicules sont montés jusqu’au parking pendant la saison d’été. C’est le site le plus fréquenté du parc national, et le parc le décrit comme « le cœur battant du massif des Écrins » pour l’alpinisme.
Le 14 août déjà, une coulée de boue avait coupé la même route entre Ailefroide et le Pré. Elle avait rouvert le soir même. Quinze jours plus tard, le parc parlait d’effondrements sur plusieurs dizaines de mètres et ne donnait plus aucune date. C’est cet écart entre deux épisodes, à deux semaines d’intervalle, qui a changé la nature du problème.
Au bout de cette route se tiennent un refuge privé et, plus haut, deux refuges de la FFCAM, le Glacier Blanc et les Écrins, qui commandent l’accès à la Barre. Le point d’information du Pré de Madame Carle, lui, a déjà fermé pour la fin de saison, tandis que la maison du Parc de Vallouise prolongeait son ouverture estivale jusqu’au 11 septembre.
Une dépose en aval, puis la marche
L’hypothèse mise sur la table est une desserte située plus en aval du site actuel, avec une dépose des visiteurs en navette, puis un cheminement piéton jusqu’au Pré. Le lieu de la dépose reste à définir et l’étude doit se faire collégialement, avec les collectivités et les services de l’État.
Murgia résume l’arbitrage en une ligne : « Refaire des sentiers, c’est coûteux, mais cela l’est moins qu’une route. » Pour les alpinistes, ça veut dire du portage en plus avant même de commencer à monter, et un sac à dos d’alpinisme qu’on garde bien plus longtemps sur les épaules. La réflexion doit être engagée cet hiver, avec un premier schéma directeur visé pour décembre 2026, sous coordination de la préfecture des Hautes-Alpes.
Les sentiers d’abord, la route ensuite
Dans l’immédiat, ce sont les pieds qui priment. Les agents du parc devaient intervenir à partir d’aujourd’hui, 7 septembre, pour remettre en état le réseau de sentiers et le franchissement du torrent du Glacier Noir, afin que les gardiens retrouvent leurs accès à la haute montagne dans les meilleurs délais.
Deux choses ne sont pas dites. Aucune date n’est avancée pour un quelconque rétablissement routier, et le communiqué du parc ne parle pas d’argent : il annonce une méthode, une coordination préfectorale et un calendrier d’étude, pas un financement. La Vallouise n’est d’ailleurs pas seule concernée. Le fond de la vallée de Freissinières, vers Dormillouse, a lui aussi été coupé par trois coulées, et la route d’Entre les Aygues s’arrête désormais à la chapelle de Beassac.
Reste que ce chantier dépasse la Vallouise. Murgia cite dans la même phrase le Pré de Madame Carle et La Bérarde, de l’autre côté du massif, pour parler d’une « nouvelle donne climatique » et d’une transformation des conditions d’accès à la montagne. C’est dans cette vallée-là, sur une route encore coupée, que les Piolets d’Or organiseront leur cérémonie en octobre.