Louna Ladevant libère Ego Land, 8c/+ dans les Dolomites

Escalade · Actu

Photo : Arthur Delicque, communiqué de presse

Personne ne citait Ego Land il y a dix-huit mois. Depuis juin, Adam Ondra, Enzo Oddo puis Louna Ladevant y sont passés chacun à leur tour, sur un pilier de la Marmolada. Le 13 août, Ladevant en a signé la cinquième répétition avec son frère Tristan : onze heures dans les chaussons, sortie à la frontale, et une seconde moitié qu’il a découverte en la grimpant, faute de créneau météo pour aller la reconnaître.

Louna Ladevant libère Ego Land le 13 août

Louna et Tristan Ladevant au relais de nuit, frontales allumées, cordes et dégaines au baudrier
Louna et Tristan Ladevant, la sortie de la voie à la frontale. Photo : Arthur Delicque, communiqué de presse.

Onze heures dans la paroi. C’est ce qu’il leur faut, ce 13 août, pour sortir les dix longueurs et les 410 mètres d’Ego Land, au-dessus de 2 800 mètres dans le massif de la Marmolada di Ombretta. Ils terminent de nuit, à la frontale.

Libérer une voie, c’est la grimper en entier sans jamais se tirer sur un point pour passer un mouvement. Louna Ladevant, 25 ans, l’a fait sur toute la longueur, sa longueur clé en 8c/+ comprise.

Tristan Ladevant assurait et repoudrait de magnésie certaines longueurs pour préparer le passage de son frère.

La moitié de la voie se protège au coinceur

La voie change de nature en cours de route, et c’est ce qui la rend coriace. Les premières longueurs sont équipées de spits réguliers : on y grimpe comme en falaise sportive, 7b+, 8a, le 8c/+ qui donne sa cotation à l’ensemble, puis un 8b+. Une chute n’y coûte « qu’un petit baptême de l’air ».

Ensuite les points disparaissent. La seconde partie se grimpe en terrain d’aventure, il faut poser ses propres coinceurs au fur et à mesure, dans du 8a, encore du 8a, deux 7c, un 7b et un 6c pour finir.

Et c’est cette partie-là que Louna Ladevant a découverte en la grimpant. Les fenêtres de beau temps ont été trop courtes pour aller la travailler et il l’a donc enchaînée cette dernière partie complètement à vue.

Trois répétitions en cinquante et un jours

Sommets des Dolomites dans la brume, autour du massif de la Marmolada
Les Dolomites, autour de la Marmolada. Photo : Arthur Delicque, communiqué de presse.

Max Faletti et Bernardo Rivadossi ouvrent la ligne début août 2024. Trois semaines plus tard, Rivadossi revient avec Luca Bana et la libère. Un an passe, Edu Marin et Marcello Bombardi signent la deuxième. Puis tout s’emballe : Adam Ondra le 24 juin 2026, Enzo Oddo le 16 juillet, Louna Ladevant le 13 août.

Trois répétitions en cinquante et un jours, sur une voie que presque personne ne citait au printemps. Quand Ondra passe quelque part, le reste du milieu vient voir. « Bravo aux ouvreurs pour avoir imaginé cette ligne remarquable par la qualité du rocher, la difficulté, l’engagement et la diversité de l’escalade qu’elle propose. Une véritable King Line », salue le grimpeur dans le communiqué.

Ce que les Ladevant sont venus chercher

Ego Land n’est pas un coup d’essai. En 2023, Louna Ladevant avait libéré Wogü, six longueurs de 8c dans le Rätikon suisse, une paroi qui s’est fait une réputation sur des voies dures et mal protégées. Le fil est le même : des grandes voies où la cotation ne dit pas la moitié de ce qui s’y passe.

Le tandem fait partie de l’équation. Enchaîner une ligne pareille en une journée suppose un second capable de tenir le rythme et de relancer un grimpeur qui bataille depuis le matin. Les deux frères grimpent ensemble depuis des années. Chapeau les frérots !