Mountain Wilderness retire 19 tonnes de ferraille des montagnes

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Les bénévoles du chantier du 4 juillet au col de Barteaux (Hautes-Alpes), avec les sacs de barbelés retirés. Photo : Sabine Mosdale / Mountain Wilderness

Quatre-vingt-six ans après les combats de juin 1940, les cols de la frontière italienne gardent encore leurs barbelés. En 2026, 137 bénévoles de Mountain Wilderness ont retiré 19 tonnes de ferraille et d’autres débris des montagnes françaises, à 2 400 mètres d’altitude en moyenne. Certains sites tombent en une demi-journée. D’autres en sont à leur sixième chantier, et il en reste.

Mountain Wilderness retire 19 tonnes de ferraille en cinq chantiers

Un grand tas de fils de fer barbelés posé dans une pente d'herbe sèche d'alpage
Un tas de barbelés rassemblé dans un alpage de la vallée de la Clarée, fin août. Photo : Vincent Martin / Photomavi pour Mountain Wilderness.

L’association de protection de la montagne a mené cinq chantiers entre juillet et septembre : trois dans les Hautes-Alpes, un en Savoie et un dans les Pyrénées-Orientales. Elle les appelle des « installations obsolètes » : barbelés militaires, câbles d’exploitation forestière, appareils de mesure abandonnés, tout ce que l’homme a laissé en place une fois l’usage terminé.

Le poids ne dit pas tout. À Planès, dans les Pyrénées, l’association compte les câbles retirés en kilomètres, pas en tonnes.

Les barbelés de 1940, toujours en travers des cols

Un bénévole en lunettes de soleil tient un paquet de fils de fer barbelés rouillés, dans un alpage
Un bénévole et un paquet de barbelés de 1940, dans la vallée de la Clarée. Photo : Vincent Martin / Photomavi pour Mountain Wilderness.

Ces fils appartiennent à une ligne fortifiée installée avant 1940 le long des cols alpins qui séparent la France de l’Italie. Elle s’est retrouvée en première ligne quand l’Italie fasciste a déclaré la guerre à la France, en juin 1940.

Le 4 juillet, une quinzaine de bénévoles partis du col du Granon, coupe-boulons, piolets et claies de portage en main, ont dégagé environ 800 kilos de barbelés et de cornières au col de Barteaux, à 2 382 mètres. « D’habitude, les chantiers du Briançonnais prévus pour une journée durent plutôt trois ans. Aujourd’hui, qu’il soit fini en une demi-journée, c’est vraiment une bonne surprise », raconte Élisa. L’association y voit un gain pour la faune, pour les moutons et pour les skieurs de randonnée.

Fin août, cinquante bénévoles ont remonté la vallée de la Clarée jusqu’à la bergerie qui fait face au Grand Pierron. La bergère les attendait : ces barbelés blessaient régulièrement ses chiens et ses brebis. À mesure que les équipes avançaient, d’autres fils apparaissaient sous la végétation ou dans le sol. En deux jours, elles en ont sorti 5,25 tonnes, fagotées en onze cocons. « C’est très satisfaisant d’enlever les barbelés », résume Louise.

C’était le dix-septième chantier de l’association dans le Briançonnais. Le total y atteint 115 tonnes de barbelés et de ferraille retirées et recyclées, en 31 journées de travail, avec 801 bénévoles.

Au Mont-Cenis, sixième passage et toujours des barbelés

Un bénévole tasse des barbelés dans une grande bâche bleue, entouré d'autres bénévoles, dans un alpage
Des bénévoles remplissent un « cocon » de barbelés avant l’héliportage, au Mont-Cenis, en septembre. Photo : Breffni Bolze / Mountain Wilderness.

En septembre, 58 bénévoles se sont installés au refuge du Petit Mont-Cenis, en Haute-Maurienne, au plus près du lac Blanc, du mont Froid et du col de Sollières. Des gardes du parc national de la Vanoise étaient de la partie, et le benjamin, Gabriel, avait 13 ans. Une équipe est partie au lac Blanc, à deux heures et demie de marche du refuge ; les autres sont montés au col de Sollières, 600 mètres plus haut, pour déterrer, découper et fagoter les barbelés. Les cocons sont partis par hélicoptère.

Bilan : 11 tonnes retirées cette année, 50 tonnes sur les six chantiers menés au Mont-Cenis. « Malgré l’énergie déployée il reste encore, sans surprise, des barbelés dans le secteur », écrit l’association, qui y retournera l’an prochain.

Une scierie dans les Pyrénées, un pluviomètre face au Glacier Blanc

Deux bénévoles travaillent dans une forêt de pins près d'une grande roue de poulie métallique rouillée posée au sol
Une poulie de l’ancien câble transporteur de la scierie de Planès, dans la forêt. Photo : Mountain Wilderness.

À Planès, dans les Pyrénées-Orientales, la ferraille venait d’une scierie. Dans les années 1950, la famille Riu y faisait descendre le bois par un câble transporteur depuis la vallée au-dessus. Le maire actuel, Pierre Riu, est le petit-fils de l’exploitant. Le 4 juillet, six bénévoles ont retiré sous la chaleur environ les deux tiers du parcours, soit plusieurs kilomètres de filins métalliques.

Le 13 juillet, sept bénévoles sont montés au-dessus de l’ancien refuge Tuckett, dans le parc national des Écrins, face au front du Glacier Blanc. Ils y ont démonté un vieux pluviomètre, probablement un appareil du réseau qu’EDF a déployé entre 1945 et 1977 pour mesurer les précipitations en haute montagne et estimer le potentiel hydroélectrique des bassins.

Pour les prochains chantiers, l’association compte aussi sur ceux qui marchent, skient ou grimpent. Elle tient un inventaire participatif, installationsobsoletes.org, où signaler une installation abandonnée repérée en sortie. Avec dix organisations de quatre autres pays alpins, elle s’attaque aussi désormais aux remontées mécaniques abandonnées, dans le cadre du projet européen ReSkiLience.