Tiphaine Dupérier et Boris Langenstein skient le Meru

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Le versant ouest du Meru, dans le Garhwal indien, en mai 2023. Photo d’archive. Photo : Ronaksingh, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

Dans l’avion, ils s’accordaient trois chances sur dix. Tiphaine Dupérier et Boris Langenstein partaient pour l’Inde avec une série d’expéditions d’automne ratées derrière eux et une neige qui ne leur avait rien laissé passer. Le Meru, la montagne rendue célèbre par le Shark’s Fin, leur a ouvert sa face sud-ouest : ils l’ont skiée, une première d’après la guide savoyarde. Deux jours plus tard, au Népal, trois Américains signaient à leur tour une première descente, sur le Dorje Lhakpa.

Tiphaine Dupérier et Boris Langenstein skient le Meru

« La neige n’a pas fait de cadeaux ces derniers temps. Dans l’avion, on estimait à 3 chances sur 10 de skier la face Sud Ouest du Meru », écrit Tiphaine Dupérier, mercredi, en racontant l’expédition. Aucune de leurs tentatives d’automne n’avait abouti jusque-là. Celle-ci a basculé vite : six jours de reconnaissance, puis trois jours pour aller au sommet depuis le camp de base et en redescendre. Le duo a trouvé un passage dans la chute de séracs, puis une neige parfaite dans la partie haute.

« Le Meru a été généreux. Et magnifique », résume-t-elle, avant de convoquer les singes de Rishikesh, la ville du Gange par laquelle passe la route de Gangotri : « Comme les petits singes sur les fils de Rishikesh on a skié. »

D’après Tiphaine Dupérier, la descente date du 18 octobre. La seule ascension connue de cette face est celle d’une équipe indienne, en 2023, et aucune descente à ski n’y avait été signalée.

Le Meru, la montagne du Shark’s Fin

Une montagne de granit et de neige aux sommets découpés domine des pentes d'éboulis sous un ciel bleu
Le massif du Meru, dans le Garhwal indien, en juillet 2017. Photo d’archive. Photo : lluis Cabarrocas Ribas from Girona, Catalunya (Spain), CC BY 2.0 via Wikimedia Commons.

Le Meru se dresse au-dessus du glacier de Gangotri, d’où sort la Bhagirathi, la branche mère du Gange. Il aligne trois sommets : le Meru Sud, le plus haut à 6 660 m, le Meru Nord à 6 450 m et, entre les deux, le Meru Central à 6 310 m.

Sa réputation tient à un seul pilier, l’éperon est du Meru Central, surnommé le Shark’s Fin pour sa forme d’aileron. Les alpinistes s’y sont cassé les dents plus de vingt fois avant que les Américains Conrad Anker, Jimmy Chin et Renan Ozturk n’en sortent le 2 octobre 2011, au bout de douze jours sur environ 1 400 mètres de paroi. Anker y revenait pour la troisième fois. Leur histoire est devenue un documentaire, « Meru », sorti en 2015.

La face skiée par Dupérier et Langenstein regarde de l’autre côté, vers le sud-ouest, à l’opposé du pilier. La montagne d’une des lignes les plus convoitées de l’Himalaya s’est fait skier par son autre versant.

Du Nanga Parbat au Meru, le duo qui revient

Une immense face de neige et de rocher domine une vallée verte où coule un torrent
La face Rupal du Nanga Parbat, vue depuis son camp de base, en avril 2018. Photo d’archive. Photo : Maariz Ansari, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Le 4 septembre, nous racontions la mention spéciale des Piolets d’Or attribuée à Tiphaine Dupérier pour le Nanga Parbat. En juin 2025, avec Boris Langenstein et l’Allemand David Goettler, elle y avait signé la première ascension en style alpin de la voie Schell, versant Rupal. Dupérier et Langenstein, son compagnon de longue date, étaient ensuite redescendus à skis depuis le sommet, à 8 125 m, une première sur cette voie. Les Piolets d’Or se sont tenus en Oisans du 21 au 25 octobre, quelques jours après la descente du Meru.

Ce sommet les avait renvoyés deux fois. En 2019, par la voie normale, la météo les fait reculer, elle juste sous les 8 000 m, lui à 8 040 m. Lors d’une seconde tentative, Langenstein atteint le sommet et skie depuis 8 080 m, quand Dupérier s’arrête vers 7 800 m. En 2024, sur la voie Schell, avec Goettler, le trio fait demi-tour à 7 524 m. La troisième fois a été la bonne.

Leur carnet commun s’ouvre en 2017 au Zanskar, en Inde déjà, puis passe par la première descente à ski du Spantik (7 027 m) au Pakistan en 2019, à deux, et celle de l’éperon des Français du Gasherbrum II (8 035 m) en 2021, à quatre. Le Meru est plus bas que ces deux sommets. Il leur offre une face où personne n’avait laissé de trace de ski.

Au Népal, le Dorje Lhakpa skié deux jours plus tard

Une montagne pyramidale enneigée domine une succession de collines bleutées
Le Dorje Lhakpa vu depuis Suryachaur, dans le district de Nuwakot, au Népal, en décembre 2019. Photo d’archive. Photo : Shadow Ayush, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Le 20 octobre, plus à l’est, le snowboardeur américain Nick Russell et les skieurs Adam Fabrikant et Billy Haas ont réussi la première descente de la face sud du Dorje Lhakpa (6 966 m), dans le Jugal Himal, au nord-est de Katmandou. « Malgré une année difficile dans les grandes montagnes, nous avons eu la chance d’avoir une météo favorable, qui nous a permis de passer en sécurité sur ce diamant dans le ciel », écrit Nick Russell, qui y pensait depuis des années.

Il salue au passage deux Français, Marco Siffredi et Bertrand Delapierre, auteurs en 1999 de la première et unique descente de l’arête ouest. Siffredi, snowboardeur chamoniard, a disparu sur l’Everest en 2002, un an après l’avoir descendu en snowboard depuis le sommet. La face sud avait été gravie pour la première fois en 2021 par l’équipe de l’alpiniste basque Iker Madoz, qui a transmis ses informations à Russell avant le départ.