Des coureurs partent pour une nouvelle boucle au O-SEE Backyard Ultra de Zittau, en Allemagne, en juillet 2026. Photo d’archive. Photo : Olgierd Rudak, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Cent vingt-quatre heures et 831,5 kilomètres. Aux championnats du monde par équipes de backyard ultra, les Belges Merijn Geerts et Ivo Steyaert ont couru 124 boucles de 6,7 km dans les bois de Retie et porté le record du monde cinq boucles au-delà de celui de l’Australien Phil Gore. Pourtant, la Belgique n’a pris que la troisième place : le titre se joue au total des quinze coureurs de chaque nation. La France finit sixième, emmenée par Christophe Baud et ses 101 boucles en Normandie.
Merijn Geerts et Ivo Steyaert battent le record du monde
Partis le samedi 17 octobre à 14 heures avec treize autres Belges, Geerts, 52 ans, et Steyaert, 56 ans, ont passé la barre des 100 boucles mercredi, comme deux ans plus tôt. Jeudi à midi, ils se sont élancés pour la 119e, celle qui égalait le record de Phil Gore, et l’ont bouclée dans les temps. Puis ils ont continué, sous un temps d’automne maussade, jusqu’à la 124e.
Le duo n’en est pas à son premier record. En 2024, avec Frank Gielen, il avait déjà repoussé la marque mondiale à 110 boucles, soit 737 km. « Le backyard ultra est la seule course où c’est toi qui fixes la limite, parce que tu n’en peux plus, ou bien où elle est fixée par l’avant-dernier qui abandonne, parce qu’alors le dernier doit s’arrêter aussi », a expliqué Steyaert le lendemain. Le corps, lui, a payé : « Se relever et marcher, c’est difficile, mais une fois que je suis en mouvement, je continue. Le seul souci, ce sont mes pieds, qui ont gonflé. »
Pourquoi la Belgique n’est pas championne du monde
Le principe ne varie pas : une boucle de 6,7 km à boucler en moins d’une heure, un nouveau départ à chaque heure pile, et celui qui n’est pas rentré à temps doit s’arrêter. Aux Mondiaux par équipes, disputés tous les deux ans, 990 coureurs de 67 pays ont couru en même temps, chaque nation dans son propre « jardin ». Le classement additionne les boucles des quinze coureurs de chaque équipe.
À ce jeu, les États-Unis l’emportent avec 1 120 boucles, devant l’Australie (1 069) et la Belgique (1 058), qui était pourtant la dernière nation encore en course. Le Japon termine quatrième avec 1 038 boucles. Steyaert ne cache pas le prix de ces cinq nuits : « C’est une agression pour le corps, on ne peut pas le nier. Le plus gros dommage, c’est le manque de sommeil. » Avant de nuancer : « Fumer et boire, ce n’est pas sain non plus. Alors c’est l’addiction la plus saine. »
Christophe Baud, 101 boucles en Normandie
L’équipe de France courait à l’hippodrome de Bacqueville-en-Caux, sur une boucle de 6,706 km et 26 m de dénivelé, entre herbe, route et chemins. À partir de la 73e heure, il ne restait que deux Français, Christophe Baud et Julien Pierlot, qui ont couru côte à côte jusqu’à la 100e boucle. Jusqu’au bout, ils bouclaient leurs tours en moins de 50 minutes. Pierlot, Rémois dont le record personnel était de 71 boucles, s’est arrêté à 100 ; Baud a bouclé seul la 101e, mercredi 21 octobre vers 19 heures, soit 677 km et une boucle de mieux que son record d’avril, établi en Belgique. Trois semaines plus tôt, il avait terminé le Tor des Géants en un peu plus de 100 heures.
La centième boucle a failli ne pas partir. Cinq minutes avant le départ, une panne d’électricité a coupé toute la ville, le chronomètre officiel et le réseau mobile, raconte l’équipe de France sur son site. Les assistants ont retrouvé l’heure officielle sur un téléphone pour lancer les deux coureurs à la même seconde que les autres pays, avant d’installer un groupe électrogène sur un tracteur. Avec 889 boucles, la France finit sixième, à 50 boucles du Royaume-Uni. Sébastien Despas, blessé à la cuisse, et Maxime Le Meitour se sont arrêtés à 72 boucles, leurs records personnels, et Sonia Poutrel a établi le record de France féminin, avec 68 boucles.