Guides de haute montagne : 3 % de femmes, la FFCAM réagit

Escalade · Actu

Photo : FFCAM, communiqué de presse

Les femmes forment 42 % des licenciés de la Fédération française des clubs alpins et de montagne. Elles encadrent 22 % des sorties en club. Et elles représentent environ 3 % des guides de haute montagne diplômés.

Entre la pratiquante et la professionnelle, la part des femmes est divisée par deux, puis par sept.

La pratique s’est féminisée, les métiers non.

42 % des licenciés, 3 % des guides

Grimpeuse en tête dans une voie de calcaire en falaise
Photo : FFCAM, communiqué de presse.

L’escalade professionnelle ne fait pas mieux : 17,9 % de femmes chez les encadrants, d’après l’enquête menée en 2023 par le ministère des Sports et le Pôle ressources national sports de nature sur le diplôme d’État.

Là où elles sont les plus nombreuses, c’est en salle, chez les entraîneurs de bloc, de vitesse et de difficulté, à 24 %.

Là où elles disparaissent, c’est dans le groupe le plus âgé et le plus expérimenté, masculin à 91 %, celui qui compte le plus de guides de haute montagne. P

Le métier de guide s’est ouvert tard. Martine Rolland décroche le diplôme en 1983, première Française. En 2017, la FFME en comptait 33 dans tout le pays, dont six diplômées cette année-là. Une trentaine en trente-quatre ans.

Ce qui bloque n’est pas le niveau

Cécile Rintjema est monitrice d’escalade. En janvier 2025, elle a interrogé près de 300 femmes, déjà monitrices ou candidates, pour comprendre pourquoi si peu franchissaient le pas.

« Je me suis aperçue que de nombreuses femmes, ayant pourtant le niveau d’escalade requis, n’osaient pas passer le monitorat d’escalade par peur de l’échec ou ne s’estimant pas assez performantes », explique-t-elle dans le communiqué.

« Le manque de confiance en soi, le sentiment de ne pas se sentir légitime, même chez des filles ayant largement le niveau. Le niveau requis est 6b-6c pour les filles, et j’ai des témoignages de grimpeuses ayant une marge énorme, mais qui se trouvent limites et se font une montagne (sans mauvais jeu de mot) du test d’entrée. »

Fort de ce constat, la fédération lance de nouvelles initiatives avec des groupes où elles se retrouvent entre elles avant d’affronter le concours.

Deux formations réservées aux femmes

Grimpeuse en bloc au-dessus des tapis de réception, en salle
Photo : FFCAM, communiqué de presse.

La première est née en 2023 avec l’École nationale de ski et d’alpinisme. Elle prépare en un an à l’examen probatoire du diplôme d’État de guide de haute montagne, ou aux sélections du Groupe excellence alpinisme national. Cinq modules l’étalent sur l’année, de la corde courte à Chamonix en juin au ski de montagne et à la glace l’hiver, avec de l’artif et du terrain d’aventure à Presles fin septembre. L’ENSA et la FFCAM paient la pédagogie ; les stagiaires paient l’hébergement, les remontées et les trajets.

Cette quatrième promotion vient de changer de dimension. Neuf places les années précédentes, quinze cette fois, parce que 65 dossiers sont arrivés et que la fédération, l’école et Petzl ont décidé de « doubler les moyens ». Les quinze se sont retrouvées à Chamonix du 19 au 21 juin, encadrées par Élodie Lecomte pour l’ENSA et Stéphane Benoist pour la FFCAM.

Au probatoire 2026, trois anciennes stagiaires se sont présentées et l’une d’elles, issue de la promotion 2024-2025, est reçue. Elle entre en formation de guide.

La seconde formation vise le monitorat d’escalade en milieu naturel. Lancée en septembre 2025 par le Syndicat national des professionnels escalade et canyon avec la FFCAM et les CREPS de Montpellier et d’Aix-en-Provence, elle étale vingt jours sur un an et se termine en novembre 2026. C’est celle que Cécile Rintjema a fait naître.

Comment y entrer ?

Pour le monitorat, le calendrier est déjà serré : les candidatures fermaient le 7 septembre et le week-end de sélection se tient les 19 et 20 septembre au Thaurac, à Saint-Bauzille-de-Putois. Le cursus passe à cinq modules, avec du coaching mental ajouté aux fondamentaux, à l’entraînement et aux deux modules de grande voie. Reste à charge : 200 €, hors hébergement et déplacements. Il faut grimper 6b à vue en grande voie équipée, 5c en terrain d’aventure avec pose de coinceurs, 6b sur structure artificielle et 5c en bloc.

Pour l’alpinisme, le ticket d’entrée monte : 6b à vue en grande voie, le niveau AD en tête, 4+ en cascade de glace et une pratique confirmée du ski de randonnée. La promotion 2026-2027 est en cours.

Reste le goulet, qui lui ne bouge pas. En 2023, 104 candidats se sont présentés au probatoire d’été de l’ENSA, 48 sont passés, et l’école a délivré 29 diplômes de guide dans l’année, contre 47 l’année d’avant.

La FFCAM ne présente pas la non-mixité comme une fin mais communique à juste titre sur « un outil d’aide à l’intégration des femmes dans la pratique du sport et notamment du sport à haut niveau ». Le procédé a fait ses preuves d’un côté : les groupes Espoirs, mixtes, comptent aujourd’hui 50 % de femmes. Pas encore de l’autre. Luc Thibal, directeur technique national, situe les cadres bénévoles « entre 15 à 20 % selon les brevets fédéraux » et attend « un impact à moyen terme ». Élodie Lecomte, elle, parle d’un « effet boule de neige » et du besoin de « modèles féminins ».

Ces modèles existent au sommet : Tiphaine Dupérier, guide de haute montagne, vient de recevoir une mention spéciale aux Piolets d’Or pour le Nanga Parbat.