Photo : Aups, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
Une alerte matériel tombée en plein mois d’août sur des dégaines vendues par milliers, un chrono qui bouscule la voie la plus dure de France, une ligne neuve sur la montagne de « La Mort suspendue », et un mont Blanc toujours bouclé. La semaine a été chargée.
Cinq dégaines Simond rappelées : le doigt fil peut casser
La fiche est tombée le 7 août sur RappelConso, le portail de l’État, et elle concerne du matériel très répandu chez les grimpeurs français. Simond rappelle cinq références de dégaines vendues chez Decathlon : la Dégaine Alpinism 11 cm (référence 4051175), l’Alpinism 17 cm (4051176), le pack de cinq Dégaines Alpinism (4171656), la Vertika 11 cm (5499689) et la Vertika 17 cm (5500194).
Le défaut porte sur le rivetage du doigt fil. Mal serti, le doigt peut se rompre, et le mousqueton casser en cas de chute. Tous les lots sont concernés, sur une période de vente qui va du 1er janvier 2022 au 23 juillet 2026 : quatre ans et demi de rayons, France entière. La marque a ouvert un site de contrôle, simondrecallquickdraw.fandi.fr, où l’on vérifie sa dégaine avant de la remettre au baudrier. Si elle est touchée, on arrête de l’utiliser, on la rapporte en magasin et elle est remboursée à sa valeur d’achat. La campagne court jusqu’au 5 février 2027, et Decathlon a mis un numéro vert à disposition, le 0 800 710 770.
Un doigt fil, c’est la pièce qu’on ne regarde jamais. Elle s’ouvre, elle claque, on passe à la dégaine suivante. Le genre de défaut qui reste invisible jusqu’au jour où on lui demande de tenir. Si vous avez acheté des dégaines chez Decathlon depuis 2022, le quart d’heure de vérification vaut le coup avant la reprise de septembre.
Laura Rogora plie Bibliographie en six jours
À Céüse, l’Italienne Laura Rogora a enchaîné « Bibliographie », 9b+, la ligne la plus dure de la falaise. C’est la deuxième ascension féminine de la voie, dix semaines après celle de Janja Garnbret le 6 juin, et Rogora devient la troisième femme à grimper au niveau 9b+, après Brooke Raboutou en 2025.
Le chiffre qui fait tousser, c’est le nombre de jours. Six. « Ce qui devait être une exploration de deux jours s’est transformé en mission, et le rêve est devenu réalité en six jours seulement dans la voie », écrit-elle. Elle raconte être arrivée sans savoir à quoi s’attendre, n’ayant jamais essayé une voie de ce niveau, et s’être sentie bien tout de suite dans les sections.
Pour mesurer l’écart, il faut revenir à l’histoire de la ligne. Équipée en 2009 par Ethan Pringle, elle a résisté onze ans. Alexander Megos l’a libérée le 5 août 2020 après une soixantaine de jours d’essais étalés sur plusieurs saisons, et proposait alors 9c. Stefano Ghisolfi l’a répétée en août 2021 et a ramené la cotation à 9b+, ce que Megos a accepté. Trente-cinq mètres de calcaire, un consensus qui a mis un an à se former, et une Italienne de 25 ans qui règle l’affaire en une semaine de vacances. Les deux femmes qui se partagent la voie cette année sont aussi des compétitrices, et le mur les rappelle bientôt : la difficulté reprend les 4 et 5 septembre à Koper, en Slovénie, dernière étape internationale avant les Jeux asiatiques.
Une ligne neuve sur le pilier est du Siula Grande
Du 9 au 12 juillet, trois Italiens ont ouvert une voie sur le pilier est du Siula Grande, 6 344 mètres, dans la Cordillère Huayhuash au Pérou. Mattia Sandionigi, 25 ans, Pietro Saggiante, 22 ans, et Sandro Maranetto, 26 ans, ont signé plus de 700 mètres d’escalade mêlant rocher, glace et terrain mixte, avec du 6c+ obligatoire et de la glace cotée AI5, en style alpin et du bas.
Ils n’ont pas continué jusqu’au sommet. « Nous avons décidé d’arrêter, en abandonnant l’idée de poursuivre jusqu’en haut du Siula Grande, à cause de la grande quantité de neige fraîche », expliquent-ils. Un sérac écroulé sur le glacier d’accès pendant l’ascension a fini de les convaincre. Ils ont terminé la ligne en haut du pilier, puis sont redescendus en rappel dans la nuit. Le nom de la voie, « Via Gamma », salue les cinquante ans du Gruppo Alpinistico Gamma de Lecco, qui a financé l’expédition, et le sous-titre est un clin d’œil aux truites pêchées dans les lacs du pied.
Le Siula Grande, c’est la montagne de « La Mort suspendue », celle où Joe Simpson s’est cassé la jambe en 1985 et où Simon Yates a coupé la corde. Quarante ans plus tard, la montagne avait encore de quoi occuper trois grimpeurs de vingt-deux à vingt-six ans pendant quatre jours, avec deux cordes et des piolets plantés dans la glace andine.
Sur le mont Blanc, la voie normale reste fermée
Six jours après l’arrêté, rien n’a bougé. Les refuges de Tête Rousse et du Goûter sont fermés au public depuis le mardi 11 août à 14 heures, en vertu de l’arrêté municipal ARR2026_014 SECU pris par la mairie de Saint-Gervais, et le motif reste le même : risque très élevé de chutes de pierres dans le couloir du Goûter. La fermeture court jusqu’à une autorisation administrative de réouverture, sans date annoncée.
Les deux refuges devaient tourner jusqu’au 3 octobre pour Tête Rousse et jusqu’au 4 pour le Goûter. Chaque semaine perdue ampute donc directement ce qui reste de la saison, et on parle de l’itinéraire par lequel passe l’immense majorité des ascensions du mont Blanc. Une précision utile pour qui cherche l’information : plusieurs articles annonçant une réouverture des deux refuges le samedi 20 août remontent régulièrement dans les moteurs de recherche, mais ils datent de l’été 2022, quand la même mesure avait été prise pour les mêmes raisons. Rien de tel n’a été annoncé cette année.