Cinq salles Climb Up en redressement, et dix heures avant que l’alerte parte au Broad Peak

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Photo : une salle de bloc. amrufm, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Cinq salles Climb Up et la holding du groupe sont placées en redressement judiciaire, et le nouveau directeur général, arrivé il y a six semaines, s’en explique. Au Karakoram, le bilan de l’avalanche du Broad Peak monte à dix morts, avec un détail qui fait mal : personne n’a pu donner l’alerte pendant dix heures. Aux États-Unis, un grimpeur qui détenait un record de vitesse sur El Capitan est mort à trente ans. Et dans les Dolomites, Eva Hammelmüller a bouclé son deuxième 9a+ de l’année.

Cinq salles Climb Up et la holding en redressement judiciaire

Le plus gros réseau français de salles d’escalade encaisse. Cinq établissements sont placés en redressement judiciaire, à Cergy, Aubervilliers, Caen, Orléans et Mulhouse Wittenheim, ainsi que la holding du groupe. Jean-Luc Croset, arrivé à la direction générale fin juin, soit quelques semaines seulement avant l’ouverture de la procédure, a accepté de s’en expliquer publiquement.

Le personnage détonne. Il vient du commerce, pas de la grimpe : Go Sport à Grenoble pour commencer, puis des directions régionales, Minelli, et un dernier poste dans le prêt-à-porter féminin dijonnais. Il assume être totalement novice en escalade et dit avoir prévu ses premières séances la semaine suivante.

Sur les causes, il ne parle pas d’accident isolé. Il décrit un réseau déjà en perte de vitesse, avec une fréquentation en baisse et un panier moyen en berne, puis un début d’été qui a tout accéléré : forte chaleur, tensions internationales, désertion des salles. Un mois de juin très difficile a mis à mal la trésorerie, sur des salles dont il juge les coûts de structure particulièrement élevés. « Le redressement judiciaire était la meilleure façon de protéger à la fois les salles désignées et leurs équipes », explique-t-il, en soutenant que le groupe reste rentable dans son ensemble.

Il rappelle aussi que c’est la troisième fois en quinze ans qu’il dirige une entreprise dans ce contexte, et que les deux précédentes s’en sont sorties. L’entretien ne fait pas l’impasse sur ce qui fâche : Aubervilliers, le mouvement social de 2025, le rapport qualité-prix jugé en baisse par une partie des grimpeurs, et l’avenir des abonnements. Pour une entreprise de vingt-cinq ans née de la volonté d’un champion du monde d’escalade, la séquence est rude, et elle dit quelque chose de la santé de tout un secteur.

Broad Peak : dix morts, et dix heures avant que l’alerte parte

Le bilan de l’avalanche du 30 juillet s’est alourdi. Dix personnes sont désormais confirmées mortes. Sept corps ont été retrouvés, dont celui de Nirmal Purja et ceux de Kilu Pemba Sherpa, Nima Sherpa et Gyalu Sherpa. Trois manquent toujours : le guide pakistanais Sohail Sakhi, la cliente américaine Sarah Mallory Geis et Nawang Thindu Sherpa.

Le Broad Peak et le K2 vus depuis le glacier du Baltoro
Le Broad Peak (à gauche) et le K2, au Karakoram. L’avalanche du 30 juillet s’est produite vers 6 600 mètres, entre les camps 2 et 3. Photo : Sallahuddin shah, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Le déroulé se précise. L’avalanche est partie vers 9 h 30, heure du Pakistan, entre les camps 2 et 3, autour de 6 600 mètres, sur la voie normale. Il ne s’agirait pas d’une plaque mais d’une corniche ou d’un sérac tombé d’une arête, dont la masse s’est écoulée des deux côtés de la crête et a emporté les cordées sur plusieurs centaines de mètres.

Le détail le plus difficile à lire concerne les secours. Personne n’a pu prévenir qui que ce soit pendant dix heures, parce que les guides avaient éteint leurs radios pour économiser la batterie. Ce sont les traceurs GPS, consultés depuis Katmandou en fin de journée, qui ont fini par révéler ce qui s’était passé. Nous suivons cette histoire depuis le 3 août, et c’est la première fois qu’un élément aussi évitable apparaît dans le récit.

Les recherches sont suspendues. Un retour est envisagé fin septembre, dans l’espoir que la fonte livre les trois corps manquants.

Jake Whisenant meurt à trente ans dans la Sierra Nevada

Le grimpeur américain Jake Whisenant est mort le 3 août dans une chute, dans la Sierra Nevada. Il avait trente ans et vivait à Mammoth Lakes, en Californie. Le bureau du coroner du comté de Tulare a confirmé la date. Les circonstances exactes font encore l’objet d’une enquête et aucun détail supplémentaire n’a été rendu public. Son décès a été confirmé par son amie Bailee Moore.

La paroi d'El Capitan dans la vallée de Yosemite, vue depuis la forêt
El Capitan, dans la vallée de Yosemite. Jake Whisenant y avait établi un record de vitesse sur Lurking Fear, et grimpé le Nose deux fois dans la même journée en mai. Photo : Roy Luck, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons.

Son nom était attaché à El Capitan. Le 27 octobre 2024, avec Brant Hysell, il avait bouclé Lurking Fear en 2 heures, 55 minutes et 32 secondes, effaçant un record que détenaient Yuji Hirayama et Nick Fowler depuis 2003. En mai dernier, avec Noah Fox, il avait grimpé le Nose deux fois dans la même journée, pour 14 heures et 38 minutes cumulées.

Hammelmüller signe son deuxième 9a+ de l’année

On finit sur du rocher. L’Autrichienne Eva Hammelmüller a enchaîné « Affinità elettive », un 9a+ de soixante mètres à la Capanna Bill, dans les Dolomites, du côté du Passo Fedaia. C’est son deuxième 9a+ de l’année, quatre mois après « Bombardino », et il lui a fallu une semaine de siège.

Le Passo Fedaia et son lac dans les Dolomites
Le Passo Fedaia, dans les Dolomites. C’est au-dessus, à la Capanna Bill, qu’Eva Hammelmüller a enchaîné son deuxième 9a+ de l’année. Photo : Ximonic (Simo Räsänen), CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

La ligne mérite qu’on s’y arrête. Libérée par Andrea Milani il y a un peu plus d’un an, elle rend hommage aux frères Mario et Luca Prinoth en reliant deux de leurs voies en une seule connexion. Le Tchèque Pepa Šindel, qui l’a répétée le mois dernier, la résume ainsi : « La voie démarre par une longueur façon Frankenjura sur des trous, en 8b/8b+, avant de basculer dans une longueur de résistance-puissance en 8c+, qui continue de grimper jusqu’à la dernière longueur en 9a, à 55 mètres du sol. » Autrement dit, le passage le plus dur arrive quand il ne reste plus rien dans les bras.

Hammelmüller, elle, insiste sur autre chose : « Affinità elettive suit une imposante strie bleue qui file vers le haut, visible depuis le parking. La voie est d’une beauté remarquable, et c’est ça, bien plus que le reste, qui m’a donné envie de la grimper. »