Sierre-Zinal : Kiriago à 50 secondes du record de Jornet, Florea gagne après une chute

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Photo : Philemon Kiriago Ombogo sur Sierre-Zinal en 2022. Johann Conus, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

Samedi 8 août, la 53e Sierre-Zinal s’est courue par plus de 30 degrés, sans Kilian Jornet ni Rémi Bonnet. Le record du parcours a tenu, pour cinquante secondes. Philemon Kiriago a gagné une troisième fois, Madalina Florea s’est relevée d’une chute pour s’imposer chez les femmes, et pendant ce temps Hugo Deck ajoutait une victoire nocturne en Autriche. Restent deux histoires qui n’ont rien à voir avec le chrono : un direct devenu payant, et une benne pleine de sacs.

Kiriago gagne pour la troisième fois, à cinquante secondes de Jornet

Trente et un kilomètres, 2 200 mètres de montée, 1 100 de descente, et un thermomètre annoncé à plus de 30 degrés au départ de Sierre. Philemon Kiriago a bouclé tout ça en 2 h 26 min 24 s. C’est sa troisième victoire sur la course des cinq 4 000 et son quatrième podium, avec le même trio kényan que l’an dernier : Patrick Kipngeno deuxième à 32 secondes en 2 h 26 min 56 s, Michael Selelo Saoli troisième en 2 h 29 min 36 s.

Le Britannique Jacob Adkin a pourtant mené la première montée. Il passe en tête au sommet des 7,5 premiers kilomètres, ceux qui concentrent 1 350 mètres de dénivelé, avec 18 secondes sur Kipngeno et 44 de plus sur Kiriago. Les deux Kényans le reprennent avant la mi-course à Tignousa, puis roulent ensemble jusqu’à l’Hôtel Weisshorn et bien au-delà. Adkin termine quatrième en 2 h 30 min 49 s, Timothy Kibett cinquième neuf secondes plus tard.

Si les deux hommes de tête ont couru côte à côte pendant deux heures, ce n’est pas une coïncidence : ils appartiennent à la même équipe, run2gether, encadrée par l’ancien coureur de montagne Geoffrey Gikuni. « Quand on court, on court en équipe, jusqu’à ce que l’un de nous soit à bout. C’est là qu’on fait le pas », a expliqué Kiriago à iRunFar après l’arrivée. Sur le chrono, il ne s’emballe pas : « Il nous a manqué cinquante secondes sur le record. Si on avait poussé un peu, on en était près. » Celui de Kilian Jornet, 2 h 25 min 34 s, date de 2024. L’Espagnol était forfait cette année, touché au genou.

Florea tombe dans la descente et gagne quand même

La course féminine, partie une demi-heure plus tôt, a changé de leader quatre fois. Morven Goodrum, victorieuse de la montée sèche aux championnats d’Europe cette année, passe en tête au sommet de la première ascension en 57 min 36 s. Elle est encore devant à l’Hôtel Weisshorn, au kilomètre 20, avec trente secondes d’avance sur Madalina Florea.

Puis vient la descente : sept kilomètres, 750 mètres de perte d’altitude, le terrain qui fait et défait les courses ici et qui use les chaussures de trail aussi vite que les cuisses. Florea y reprend Goodrum, la passe, et compte quarante secondes d’avance à Barneuza, au kilomètre 27. Elle chute au passage, se relève, et gagne en 2 h 55 min 44 s.

La coureuse roumaine Madalina Florea en course
Madalina Florea en 2019, sur route. Photo d’archive, pas prise à Sierre-Zinal. Photo : Frank Haug, CC BY 3.0 via Wikimedia Commons.

Caroline Kimutai, tenante du titre, était retombée à la cinquième place en cours de route. Elle remonte trois concurrentes dans les cinq derniers kilomètres et finit deuxième en 2 h 56 min 30 s, à 46 secondes. Goodrum complète le podium en 2 h 57 min 12 s. Trois femmes en moins d’une minute et demie, après près de trois heures d’effort. La Suissesse Oria Liaci finit quatrième, devant la Néerlandaise Nienke Brinkman, sortie du podium dans la dernière descente.

Pour Florea, c’est une première ici, après une septième puis une troisième place les années précédentes. La Roumaine était arrivée trois semaines à l’avance pour reconnaître le parcours. « Je connaissais vraiment chaque pierre, et je suis quand même tombée », a-t-elle raconté à l’arrivée. Elle domine le classement 2026 des Golden Trail World Series, où il reste trois manches.

Hugo Deck gagne encore, cette fois de nuit en Autriche

Pendant que le Valais regardait Sierre-Zinal, Hugo Deck bouclait 75 kilomètres et 4 100 mètres de dénivelé positif dans les Alpes autrichiennes. L’Endurance Trail du KAT100 by UTMB, en partie de nuit, gagné en 7 h 40 min 49 s. L’organisation l’a surnommé « King of Kitz » en annonçant sa victoire.

Le reste de sa saison va dans le même sens. Début mai, le Français gagne le K42 d’Innsbruck, 43,6 kilomètres et 2 500 mètres de dénivelé, en 3 h 45. Quelques semaines plus tard, il remporte les 100 kilomètres de la MaXi-Race autour du lac d’Annecy en 9 h 48, devant Théo Detienne et Yannick Noël. Fin juillet, il s’impose sur la Gabizos Sky Race, 30 kilomètres pour 2 650 mètres de montée, en 3 h 05.

Un format rapide, un cent bornes, une skyrace raide, puis une épreuve d’endurance nocturne : ce sont quatre exigences physiologiques différentes, et il n’en a raté aucune cette saison. Sept heures et demie de nuit sur 75 kilomètres ne demandent pas la même chose qu’une skyrace de trois heures, ni au corps ni aux chaussures d’ultra-trail. La suite est programmée pour octobre, sur la Diagonale des Fous, où la chaleur et les descentes cassantes de La Réunion ne ressemblent à rien de ce qu’il a couru depuis le printemps.

Autour de la course : un direct devenu payant, et 5 000 sacs dans une benne

Deux histoires ont occupé les réseaux ce week-end sans rapport avec le chrono. La première : en France, il fallait payer pour voir Sierre-Zinal en entier. Le direct vidéo intégral des Golden Trail World Series, le circuit créé par Salomon dont la course fait partie, est passé cette année dans l’écosystème de Warner Bros. Discovery, avec HBO Max en porte d’entrée et Eurosport en complément. Le réflexe d’ouvrir YouTube quelques minutes avant le départ ne fonctionne plus.

Spectateurs le long du parcours de Sierre-Zinal
Les spectateurs sur la dernière partie du parcours de Sierre-Zinal, ici en 2014. Photo d’archive. Photo : Anthospace, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

L’organisation ne s’en cache pas : elle annonce une diffusion dans plus de cent pays, sur cinq continents et dans une quarantaine de langues, et revendique pour le circuit en 2025 un cumul de 13,7 millions de téléspectateurs et 90 millions de vues vidéo. La professionnalisation se paie en accès. Le public français, qui suivait gratuitement, choisit désormais entre un abonnement, un direct pris en cours de route sur Eurosport, ou le suivi GPS, qui lui reste gratuit.

La seconde histoire est plus prosaïque. Une vidéo tournée sur place montre une benne de camion se lever et déverser au sol des dizaines de sacs de coureurs. Les commentaires ont fusé, dont l’inévitable « j’ai cru que c’était des sacs-poubelle ». Le responsable de la logistique explique dans l’interview qu’environ 5 000 sacs doivent être traités en quelques heures, triés par numéro de dossard et par bloc de départ, et qu’à sa connaissance aucun n’a jamais été perdu. Personne n’entre seul dans la tente de stockage.

L’ordre de grandeur tient debout : 1 496 hommes et 295 femmes ont pris le départ de la catégorie chronométrée, auxquels s’ajoutent 3 803 « touristes », la catégorie non compétitive de Sierre-Zinal. Près de 5 600 personnes, donc, et autant d’affaires à restituer le soir même. On peut trouver la manutention brutale. On peut aussi se demander quelle méthode délicate traiterait 5 000 sacs avant la nuit.