Photo : le tunnel de glace donnant accès à l’arête de l’Aiguille du Midi. Patrick Nouhailler, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
La haute montagne se referme, et pas pour de bonnes raisons. À Chamonix, la grotte de glace de l’Aiguille du Midi est trop fragilisée pour laisser les alpinistes s’équiper dessous : une opération de sécurisation a lieu ce mardi. À Zermatt, le ski d’été est à l’arrêt sur le glacier du Théodule. Dommage collatéral : l’équipe de France de vitesse a perdu son stage, Cyprien Sarrazin compris, lui qui vient tout juste de passer chez Rossignol de la tête aux pieds.
L’Aiguille du Midi sécurise sa grotte de glace ce mardi
C’est une petite grotte taillée à même la glace, à 3 842 mètres, au sommet de l’Aiguille du Midi. Elle ne paie pas de mine et pourtant tout passe par là : c’est le vestiaire et le point de départ des alpinistes qui rejoignent l’arête, la traversée de la Vallée Blanche ou le mont Blanc par la voie des Trois Monts. Sans elle, on ne sort tout simplement pas de la station sommitale du côté de la montagne.
Or la voûte est « actuellement très fragilisée » à cause de « l’épisode de sécheresse et des fortes chaleurs en altitude », explique la Compagnie du Mont-Blanc dans un communiqué. La Haute-Savoie est placée en vigilance orange canicule et l’isotherme zéro degré tourne autour de 4 300 mètres, selon Météo-Alpes. Autrement dit, il ne gèle plus nulle part sur le massif, pas même la nuit, pas même au sommet.
« En concertation étroite avec la commune de Chamonix, une opération de sécurisation de cette voûte est prévue le mardi 4 août », précise la Compagnie du Mont-Blanc, qui ajoute que « l’accès à l’arête classique de l’Aiguille du Midi sera interdit aux alpinistes durant toute la journée ». D’ici là, il est « très fortement déconseillé de s’équiper ou de stationner sous cette voûte, en raison des risques qu’elle présente ».
Le téléphérique, lui, continue de tourner normalement. Ce qui saute, c’est l’accès à la montagne. Et même une fois la grotte sécurisée, l’arête ne sera pas redevenue le couloir d’autoroute des jours de beau temps : la Chamoniarde, l’association de prévention et de secours en montagne, prévenait déjà qu’elle est « en glace et n’est plus adaptée aux débutants », et recommande d’être à l’aise en cramponnage avant de s’y engager.
Zermatt ferme son ski d’été, l’équipe de France perd son stage
Même cause, autre versant. Le 1er août, les remontées mécaniques de Zermatt ont suspendu le ski d’été destiné au public sur le glacier du Théodule. L’exploitant invoque la chaleur persistante, l’absence de refroidissement nocturne, les orages à répétition et la dégradation de l’enneigement : dans ces conditions, il ne peut plus garantir une pratique sûre, et l’entretien des installations devient lui aussi compliqué. Seules quelques équipes de Swiss-Ski gardent un accès limité aux pistes d’entraînement.
Zermatt était la dernière station d’Europe à tenter l’ouverture à l’année. Le contexte, lui, se lit en une statistique : plus de cinquante domaines glaciaires européens proposaient autrefois le ski d’été, il en reste aujourd’hui une douzaine. En Autriche, Hintertux ferme désormais plusieurs semaines chaque été depuis 2024.
Pour les Français, la fermeture tombe au pire moment. Après une longue séquence de préparation physique au centre d’Albertville, le groupe vitesse hommes devait rejoindre le glacier de Zermatt fin juillet et y skier jusqu’au 5 ou 6 août. « Il fait trop chaud et les conditions de sécurité pour utiliser les pistes et les téléskis ne sont pas réunies », résume Xavier Fournier-Bidoz, l’entraîneur principal du groupe.
Le rattrapage coûte cher. Les hommes attendront fin août ou début septembre pour retrouver la neige, et il faudra aller la chercher au Chili ou en Argentine. Les femmes conservent pour l’instant un stage mi-août à Saas-Fee, la station voisine ; si le glacier n’y est pas praticable non plus, elles prendront le même avion.
Sarrazin passe chez Rossignol de la tête aux pieds
Cyprien Sarrazin devait être du voyage à Zermatt. C’était une étape de plus vers un retour à la compétition visé pour la saison 2026-27, après la très grave chute de décembre 2024 sur la Stelvio de Bormio, qui lui avait valu une opération en urgence d’un hématome et près d’un an sans skier. Il a repris l’entraînement de course au printemps.
Dimanche, Rossignol a annoncé équiper désormais le skieur de 31 ans de la tête aux pieds, casque et masque compris. Il courait sur des skis de la marque française depuis 2018, mais confiait jusqu’ici sa protection à Uvex : c’est la première fois qu’il est habillé en Rossignol de bout en bout. La marque présente l’accord comme le début d’un nouveau partenariat et met en avant la confiance, dans une annonce publiée sur son compte.
On rappelle d’où il revient : lors de l’hiver 2023-24, Sarrazin avait gagné quatre descentes de Coupe du monde, dont les deux du Hahnenkamm à Kitzbühel, ce qui ne se fait pas tous les ans. Il vise désormais les Jeux de 2030, à domicile.
Elena Curtoni disputera une dernière saison
Autre annonce, italienne celle-là. Elena Curtoni, 35 ans, a fait savoir qu’elle skierait bien en 2026-27, mais que ce serait sa dernière saison. « Sarà la mia ultima stagione », a écrit la spécialiste de vitesse sur son compte Instagram.
Son été a été occupé par la rééducation : quelques semaines après le début de la préparation estivale, elle s’est déchiré deux ligaments de la cheville, et les complications ont allongé la convalescence. Ce n’est pas son premier détour par l’infirmerie. En 2023, une chute à Saint-Moritz lui avait fracturé le dos et coûté presque toute la saison 2023-24, au point qu’elle avait envisagé d’arrêter.
Elle était revenue, et bien. En 2025-26, elle a terminé sixième du classement de super-G et gagné à Val di Fassa, sa première victoire en Coupe du monde depuis plus de trois ans. Son compteur affiche 291 départs en Coupe du monde, quatre victoires (deux en descente, deux en super-G), treize podiums et soixante-cinq places dans les dix premières. Sa meilleure saison reste 2022, avec une deuxième place au classement du super-G et une cinquième place en descente aux Jeux de Pékin.