Photo : ThomasInTheSky, CC BY 4.0 via Wikimedia Commons
Mise à jour du lundi 3 août. Le bilan du Broad Peak a encore évolué : huit des dix alpinistes ont désormais été récupérés et identifiés, et deux sont toujours sur la montagne.
Trois jours après son week-end déjà fou à Entraygues, Giovanni Placci a remis une pièce dans la machine : un 9a flashé à La Saume, au-dessus de Ceillac, une performance que très peu de grimpeurs ont réussie dans toute l’histoire de l’escalade. Au Karakoram, le bilan de l’avalanche du Broad Peak s’est alourdi à six morts confirmés et la mission de récupération continue. Et en Valais, un hameau perché du Val de Bagnes est devenu le rendez-vous du bloc dur.
Placci flashe « The Famous Gem » à La Saume
Vendredi, on racontait ses trois jours à Entraygues : un 9a+, un 8c+ flashé et un 9a pour finir. Pendant qu’on écrivait, l’Italien était déjà reparti ailleurs. Direction La Saume, un secteur d’altitude près de Ceillac, dans le Queyras, qu’il découvrait pour la première fois. « Cet endroit m’a tout de suite semblé spécial. En pleine montagne, avec de bonnes conditions estivales, des lignes incroyables et une vue à couper le souffle. C’est l’une des plus belles falaises où j’aie jamais grimpé », raconte-t-il.
L’objectif était posé avant même d’arriver : flasher The Famous Gem, un 9a libéré par Seb Bouin il y a deux ans, répété depuis par Marco Zanone, Jules Marchaland, Jorge Diaz-Rullo en quatre essais, et cet été encore par Gianluca Vighetti. « À vrai dire, je ne m’étais jamais vraiment concentré sur des flash difficiles, mais mon flash de San Ku Kai 8c+ m’a énormément mis en confiance », explique Placci. « Je sentais que c’était peut-être un peu trop pour moi, mais je me suis dit que si je voulais progresser dans ce style, il fallait m’investir et apprendre du processus. »
La voie cochait les bonnes cases : déversante, prises lisibles, pas trop longue, un style qui lui va bien. Restait un crux morpho, et c’est là que sa méthode a encore payé. Son frère Ernesto est parti en éclaireur et a trouvé la séquence. « Avoir quelqu’un de la même taille, avec les mêmes points forts et les mêmes points faibles, qui te donne la méthode, ça relève presque de la triche », plaisante l’Italien, mot pour mot ce qu’il disait déjà d’Entraygues. Sur le mouvement décisif, il raconte s’être engagé « à 100 %, presque sans regarder la prise, et quand je l’ai tenue, je n’y croyais pas ».
Pour situer la performance : le flash de 9a reste rarissime. Adam Ondra garde la référence absolue avec Supercrackinette, 9a+ flashée à Saint-Léger en 2018, et compte deux 9a flashés par ailleurs. Alex Megos en a trois. Placci, lui, devient le premier Italien à réussir une voie du neuvième degré du premier coup, là où la référence transalpine était jusqu’ici Laura Rogora et ses deux 8c+ flashés. Ondra a réagi publiquement : « Ce gars flashe des 9a entre deux compétitions, j’ai hâte d’être cet hiver ! »
Broad Peak : six morts confirmés, quatre alpinistes encore sur la montagne
Le bilan de l’avalanche de jeudi s’est précisé. Six des dix alpinistes emportés sont désormais confirmés morts : Nirmal Purja, Pur Bahadur Gurung, Nima Sherpa, Gyalu Sherpa, l’Omanaise Nadhira Al Harthy et l’Américaine Mallory Geis. Quatre restent introuvables : Kili Pemba Sherpa, Nawang Thindu Sherpa, le Pakistanais Sohail Sakhi et le Chinois Wang Zhong.
Neuf des dix ont été retrouvés ou au moins localisés, mais une partie seulement des corps a pu être redescendue au camp de base. Le terrain et le risque d’avalanche rendent chaque rotation dangereuse. Une équipe de dix personnes est repartie du camp de base à 4 heures du matin, menée par les alpinistes pakistanais Sirbaz Khan et Sherzad, avec Mingma David Sherpa, l’associé de Purja, parmi eux.
Le déroulé de l’accident et le projet que poursuivait Purja, gravir les quatorze 8 000 une deuxième fois sans oxygène, sont détaillés dans notre article de jeudi, mis à jour depuis.
Fionnay, le hameau valaisan devenu aimant à bloc
Changement complet de registre. Grimper publie ce dimanche un reportage sur Fionnay, un hameau du Val de Bagnes perché à 1 497 mètres, en Valais, qui concentre depuis quelques années une densité de très haut niveau assez inhabituelle pour un endroit de cette taille. « Il se passe quelque chose à Fionnay », résume le photographe Arthur Delicque, cité par le magazine.
Le lieu n’est pas une découverte : c’était déjà un fief de Dave Graham. Mais les visites se sont multipliées. Yannick Flohé y a flashé Foundation’s Edge, un 8C. Adam Ondra aussi. Et il se murmure qu’un projet encore ouvert, estimé en 9A+, attire du monde dans la vallée.
Cette concentration dit quelque chose du bloc d’aujourd’hui : les spots qui montent ne sont plus les plus faciles d’accès, mais ceux où il reste des lignes à faire au plus haut niveau. Pour aller voir, en revanche, il ne faut pas grand-chose de plus qu’un crash pad, une paire de chaussons de bloc et de la route.