Des Mafatais menacent de bloquer la Diagonale des Fous

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Le cirque de Mafate vu depuis le piton Maïdo. Photo d’archive. Photo : ArkiClem, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

L’Office national des forêts a rouvert l’ancienne hélisurface du Maïdo jusqu’au 31 décembre. À Roche Plate, dans le cirque de Mafate, le geste n’a rien désarmé : des habitants maintiennent leur menace de bloquer le Grand Raid, dont la Diagonale des Fous traverse leur îlet du vendredi 16 au samedi 17 octobre. Le délai couvre la course. Il ne règle rien de ce que les habitants reprochent au nouveau site, le seul autorisé à partir du 1er janvier.

Roche Plate maintient sa menace de blocage

L'îlet de Roche Plate au pied du Bronchard, dans le cirque de Mafate
Le Bronchard et, à ses pieds, l’îlet de Roche Plate, vus depuis le Maïdo. Photo d’archive. Photo : © Geolina, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

« Ça ne change rien à notre mobilisation. On garde toujours notre projet de bloquer le Grand Raid tant qu’une solution n’est pas trouvée », prévient Sully Louise, habitant de Roche Plate et futur gérant de gîte, cité lundi par la presse réunionnaise. Il ne refuse pas le nouveau site. « On n’est pas fermés à utiliser cette nouvelle DZ, on demande que ce nouvel emplacement soit sécurisé », explique-t-il. « Le parking se trouve de l’autre côté de la route alors pour décharger, on doit la traverser. »

La menace date du 22 septembre. Ce jour-là, des habitants de Roche Plate et de l’îlet des Orangers ont adressé une lettre ouverte à la presse et aux institutions : « Si la situation perdure et qu’aucune solution adaptée n’est trouvée rapidement, les habitants de Roche Plate envisagent de boycotter le passage du Grand Raid et de demander l’interruption de la course sur la partie traversant le village. » Le texte précise que la démarche « ne vise pas les participants du Grand Raid ». Les habitants en appellent à la médiation du préfet. Sollicitée par la presse locale, l’organisation du Grand Raid se refuse à tout commentaire.

Une hélisurface déplacée de 600 mètres

Un hélicoptère en livraison au-dessus des cases de Roche Plate
Un hélicoptère livre des matériaux de construction à Roche Plate, en 2005. Photo d’archive. Photo : David Monniaux, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Mafate compte environ 800 habitants, selon le Parc national de La Réunion, et ne se rejoint qu’à pied ou en hélicoptère. Les marchandises arrivent en camionnette sur des hélisurfaces, puis gagnent les îlets par les airs. Celle du Maïdo dessert surtout Roche Plate. Le transport se paie au kilo et au temps de vol : plus la zone de départ est proche de l’îlet, moins la rotation coûte. Les habitants utilisent ce site depuis les années 1980.

« Les hélicoptères doivent survoler la route forestière à chaque rotation, exposant ainsi de nombreux usagers à un risque de chute de charge », justifie l’ONF dans son communiqué du 23 septembre. Des études menées depuis 2021 avec le Parc national et la Direction de la sécurité de l’aviation civile ont fixé un nouveau site 600 mètres plus bas, avec un kiosque pour s’abriter et un parking pour plusieurs camionnettes en attente d’héliportage. Le lendemain de la lettre ouverte, l’office a repoussé l’échéance : les compagnies peuvent utiliser « l’ancienne ET la nouvelle hélisurface » jusqu’au 31 décembre 2026. Au 1er janvier 2027, seule la nouvelle restera autorisée, « ce changement est incontournable », tranche l’ONF.

Des Mafatais parlent d’« un choix dangereux et méprisant ». Pour eux, la nouvelle zone colle à la route et n’est pas aménagée pour recevoir les hélicoptères. Son parking et son kiosque servent surtout aux touristes venus pour le point de vue, et, à 2 000 mètres au lieu de 2 150, elle demande plus de puissance aux appareils pour franchir le rempart. L’ONF répond qu’elle sera accessible aux camions et qu’une voie est prévue à cet effet.

Roche Plate, la porte de sortie de Mafate pour les coureurs

Le rempart du Maïdo éclairé par le soleil levant
Le rempart du Maïdo au lever du jour, vu depuis Marla. Photo d’archive. Photo : Rémih, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

La Diagonale des Fous part de Ravine Blanche, à Saint-Pierre, le jeudi 15 octobre à 22 heures, pour 180 kilomètres et 10 200 mètres de dénivelé positif. La liste officielle compte 2 843 inscrits. Mi-septembre, Ruth Croft, Tom Evans et Beñat Marmissolle y figuraient, trois coureurs qui avaient manqué l’UTMB fin août. Le tracé 2026 entre dans Mafate par le sentier Scout au kilomètre 96, passe l’îlet à Bourse et Grand Place, puis remonte vers Roche Plate.

Le poste de Roche Plate, au kilomètre 116,4 et à 1 256 mètres d’altitude, ouvre le vendredi à 10 heures et ferme le samedi à 16 h 30. Derrière lui, les coureurs passent La Brèche puis attaquent le rempart à flanc de paroi : 3,5 kilomètres pour gagner le Ti Col Maïdo, à 2 029 mètres, que le descriptif officiel appelle la « porte de sortie du Cirque de Mafate ». La barrière horaire de Tête Dure tombe le samedi à 20 h 30. C’est sur cette remontée, entre La Brèche et Tête Dure, que les habitants ont menacé d’agir.

La Diagonale n’est pas seule sur ces sentiers. Le Trail de Bourbon, 106 kilomètres au départ de Cilaos le vendredi soir, franchit le même poste de Roche Plate entre 1 heure et 13 h 30 le samedi.

En 2024, Marla avait déjà menacé de bloquer la course

Un hélicoptère survole les crêtes au-dessus de Marla
Un hélicoptère de Mafate Hélicoptères au-dessus de Marla, en 2005. Photo d’archive. Photo : David Monniaux, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Le Grand Raid a déjà connu ce scénario. Le vendredi 18 octobre 2024, un collectif de Mafatais menaçait de bloquer la course à Marla pour protester contre l’arrêt des vols de ravitaillement pendant l’épreuve. « Pendant la course et même un petit peu avant le départ de la course, à chaque fois c’est la même chose. Donc on en a ras-le-bol », lâchait Jonathan Libelle, gîteur à Mafate. Le président du Grand Raid, Pierre Maunier, renvoyait vers le Parc national, qui démentait avoir pris le moindre arrêté d’interdiction de survol. Le jour même, la préfecture assurait qu’il n’y aurait pas de suspension du ravitaillement : les deux compagnies qui desservent le cirque étaient autorisées à voler dans les zones réglementées de la course. La Diagonale n’a pas été bloquée.

En 2024, le conflit portait sur le survol pendant la course, et la préfecture l’avait désamorcé en quelques heures. Cette fois, il porte sur l’hélisurface elle-même, un dossier qui oppose les habitants à l’ONF et dont l’office a fixé l’issue au 1er janvier 2027. La Diagonale part dans seize jours.