Peak 41 : le GMHM ouvre une voie de 1 400 m en face nord

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Au sommet du Peak 41 (6 654 m), au Népal. Photo : GMHM

Pour ses cinquante ans, le Groupe militaire de haute montagne s’est offert une ligne neuve. Du 11 au 14 octobre, trois de ses alpinistes ont ouvert « Bon matin », 1 400 mètres dans la face nord du Peak 41 (6 654 m), au Népal, une face encore vierge dans sa partie centrale. L’expédition avait pourtant démarré sous des chutes de neige hors saison, et la face s’est révélée plus raide que prévu. Elle est passée en style alpin, en quatre jours et trois bivouacs.

« Bon matin », 1 400 mètres neufs en face nord du Peak 41

Un alpiniste en veste rouge grimpe une goulotte de glace entre deux dalles de rocher, sous un ciel bleu
Dans la face nord du Peak 41, pendant l’ouverture de « Bon matin ». Photo : GMHM.

Le sergent Konrad Piontek et les caporaux Amaury Fouillade et Clovis Paulin s’engagent dans la face le 11 octobre. Ils sortent au sommet le 14 au matin, après trois nuits dans la paroi. Ils baptisent la voie « Bon matin » et la cotent ED+ 5+ M6 A1 90° : du rocher, du mixte soutenu, de l’escalade artificielle et des pentes de neige et de glace jusqu’à la verticale.

Le projet est né chez Clovis Paulin, que le GMHM présente comme le grimpeur à l’origine de l’expédition. Une fois au camp de base, c’est la raideur de la face nord et les conditions observées qui ont décidé la cordée.

Une face plus raide que prévu

Un alpiniste en rouge avance encordé sur une arête de neige à corniche, avec la chaîne de l'Himalaya derrière lui
Sur une arête de neige pendant l’ascension du Peak 41, la corde tendue entre les grimpeurs. Photo : GMHM.

Sur les 1 400 mètres, la cordée enchaîne des longueurs de neige raides et exposées, du terrain mixte délicat où l’on progresse aux piolets et aux crampons, puis une arête sommitale très chargée en neige. « On ne s’attendait pas à des longueurs aussi raides, notamment en neige », raconte Clovis Paulin dans le communiqué du GMHM.

Avec l’altitude et le froid, il faut décider sans arrêt et tenir l’effort pendant quatre jours. Au sommet, le corps lâche avant la tête. « Arrivé au sommet, c’était un vrai soulagement physique. Le relâchement mental est venu plus tard », confie Amaury Fouillade.

Partis sous la neige, en deux cordées

Vue plongeante sur un alpiniste en rouge qui grimpe une goulotte de glace étroite, encadrée de rocher et de stalactites
Une longueur de glace dans la face nord du Peak 41. Photo : GMHM.

Six membres du GMHM et un médecin militaire arrivent au Népal à la mi-septembre. Après la marche d’approche, des chutes de neige exceptionnelles pour la saison perturbent l’acclimatation. Le groupe installe son camp de base au pied de deux sommets, le Chamlang (7 319 m) et le Peak 41.

Il se répartit ensuite en deux cordées, selon le niveau et l’acclimatation de chacun. Dans celle du Peak 41, les trois hommes ne flanchent jamais en même temps. « Les points forts différents se complètent un peu, on ne s’est jamais retrouvés les trois en même temps dans un coup de moins bien », explique Konrad Piontek.

Cinquante ans d’expéditions

Basé à Chamonix, le GMHM dépend de la 27e brigade d’infanterie de montagne. Sa spécialité : les terrains les plus durs, en paroi comme en haute altitude, pour le compte de l’armée de Terre. « Bon matin » tombe l’année de son cinquantième anniversaire.

L’unité compte aussi dans l’économie d’un sport qui ne nourrit presque personne. Dans notre enquête sur ce que gagnent les grimpeurs professionnels, Léo Billon décrivait l’entrée au GMHM comme « une des rares façons en France de vivre de l’alpinisme ». L’alpinisme n’a pas de délégation ministérielle, donc pas de statut de sportif de haut niveau : le groupe reste l’une des seules portes institutionnelles du métier.