Photo : Jean-Pol GRANDMONT, CC BY 3.0 via Wikimedia Commons
Jean-Marc Peillex répète depuis des années que l’UTMB a grossi trop vite. Quatre jours avant le départ, il a mis un mot dessus : une OPA sur le Mont-Blanc. Le maire de Saint-Gervais tient un levier réel : la course passe chez lui au kilomètre 23. Ses chiffres, en revanche, ne résistent pas tous à une vérification.
« Une OPA sur le massif »
Dans un entretien publié le 24 août, quatre jours avant que la course ne s’élance de Chamonix, le maire de Saint-Gervais-les-Bains démonte l’organisation point par point. « Le seuil est dépassé depuis de très nombreuses années », dit-il. Il décrit une épreuve sportive de 700 coureurs devenue « un mastodonte de 10 000 coureurs, en quête de notoriété personnelle et d’image ». Puis il nomme ce qu’il reproche : « Son objectif n’a jamais été d’organiser des courses au pays du Mont-Blanc, mais de réaliser une OPA sur le massif, qu’elle a soustrait aux communes pour en faire un business mondial. »
Sa demande tient en une phrase : « Il faut revenir au sport et dégonfler le mammouth business. » Pas d’argent en échange, précise-t-il : « Ils se sont appropriés la poule aux œufs d’or. On n’achète ni les élus, ni la nature. » Et il désigne le bénéficiaire, Chamonix, à qui reviendrait l’essentiel des retombées pendant que Saint-Gervais, qui abrite le sommet du mont Blanc sur son territoire, n’en tirerait rien.
La course passe chez lui au kilomètre 23
Le tracé publié par l’organisateur lui donne raison sur ce point. Après Les Houches au kilomètre 9, la course quitte la vallée de Chamonix et n’y revient qu’à Vallorcine, au kilomètre 158. Entre les deux, elle passe par Saint-Gervais au kilomètre 23, puis par Les Contamines-Montjoie au kilomètre 33. Les deux communes appartiennent à la communauté de communes Pays du Mont-Blanc, que Peillex préside.
Le bourg de Saint-Gervais est à 809 mètres, le point bas du premier tiers, et les coureurs y arrivent le vendredi soir après avoir franchi le col de Voza. Il leur reste alors 151 kilomètres et 8 700 mètres de montée, deux nuits pour la plupart : les chaussures d’ultra-trail qu’ils ont aux pieds à cet instant devront tenir jusqu’au dimanche 15 h 15, quarante-cinq heures et demie après le départ. Quatorze kilomètres plus loin, après Les Contamines, la course entre dans la réserve naturelle où la frontale rouge est devenue obligatoire cette année.
Peillex évalue à 2 500 le nombre de coureurs qui traversent le village, sur trois heures. La liste des sas de départ publiée par l’organisateur va jusqu’au dossard 2999 : son ordre de grandeur est le bon. Il ajoute que l’UTMB traverse le bourg « à ma demande », pour que sa commune ne soit pas seulement mise à contribution.
Ses chiffres, et ceux de l’INSEE
Le reste tient moins bien. Il oppose « moins de 9 000 habitants permanents » de la vallée de Chamonix aux foules de la semaine. Le chiffre correspond à la seule commune de Chamonix-Mont-Blanc, 8 705 habitants au dernier recensement. Ajoutez Les Houches et ses 3 515 habitants, Vallorcine et ses 453, et la vallée dépasse les 12 600 avant même de compter Servoz.
Ses trois grands nombres, il les emprunte lui-même. « Selon nos confrères », dit-il, avant d’aligner les 10 000 coureurs, les 100 000 accompagnants et les 20 000 bénévoles. Celui qui reproche à l’organisation d’avoir gonflé la course prend donc ses propres ordres de grandeur dans la presse, faute de décompte public.
Qui peut réellement dire non
Peillex renvoie la décision ailleurs : « C’est aux autorités, la commune de Chamonix et la préfecture, de trancher. Leur absence de décision est responsable de cette fuite en avant. » Dans la même conversation, il rappelle que son territoire est « incontournable, puisque sans Saint-Gervais il n’y a plus de courses ». Il désigne les responsables tout en gardant la main. Une intercommunalité, elle, ne signe aucune autorisation de manifestation sportive : cela relève du maire pour sa commune et du préfet pour l’ensemble du tracé.
Ce pouvoir de police, Peillex s’en est déjà servi cet été. C’est un arrêté municipal qui a fermé le refuge du Goûter le 11 août, c’est lui qui a refusé l’hélitreuillage gratuit à trente-deux alpinistes le lendemain, et c’est un autre arrêté qui a rouvert le refuge le 26 août. La course, elle, s’est courue : Ben Dhiman et Blandine L’Hirondel l’ont gagnée dimanche, et les coureurs sont passés par Saint-Gervais comme les années précédentes.