Photo : Anthospace, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Lundi à huit heures du matin, la PTL s’élance de Chamonix pour 300 kilomètres et 25 000 mètres de dénivelé positif. C’est le coup d’envoi de la semaine de l’UTMB, qui court jusqu’au dimanche 30 août. Trois choses distinguent cette édition des précédentes : quatre fauteuils tout-terrain vont boucler le tour du Mont-Blanc, trois coureurs rarámuri prennent le départ pour la première fois, et tous les inscrits ont dû prouver comment ils sont venus.
Huit courses, de lundi 8 heures à vendredi 17 h 45
Le programme officiel étale les départs sur cinq jours. Lundi 24 : la PTL à 8 heures depuis Chamonix, la MCC à 10 heures depuis Martigny-Combe, et la TDS à 23 h 50 depuis Courmayeur, 145 kilomètres et 9 500 mètres de montée à avaler en 44 heures et 55 minutes maximum. Mardi 25, les jeunes de la YCC partent à 11 heures et l’ETC à 14 heures de Courmayeur, deux formats de 15 kilomètres pour 1 200 mètres de dénivelé.
Les trois finales du circuit arrivent ensuite. L’OCC ouvre le bal jeudi 27 à 8 h 15 depuis Orsières, 60 kilomètres et 3 500 mètres. La CCC suit vendredi 28 à 9 heures de Courmayeur, 101 kilomètres et 6 050 mètres. Et l’UTMB ferme la marche le même jour à 17 h 45 sur la place du Triangle de l’Amitié : 174 kilomètres, 9 900 mètres de dénivelé positif, 46 heures et 45 minutes de barrière finale. Plus de 10 000 coureurs sont attendus sur l’ensemble de la semaine.
Entre un 15 kilomètres italien et un tour complet du massif, le matériel n’a plus grand-chose en commun. Sur les formats longs, deux postes se paient cash : des chaussures d’ultra déjà entamées par la saison, et des bâtons qu’on sort trop tard, une fois que les cuisses ont lâché.
HOPE : quatre fauteuils tout-terrain sur le tour du Mont-Blanc
Vendredi 28 à 11 heures, quatre athlètes en fauteuil partiront de cette même place du Triangle de l’Amitié, près de sept heures avant les coureurs de l’UTMB. Delia Guggenheim, 23 ans, Suissesse, ancienne ultra-traileuse et triathlète Ironman devenue paraplégique en 2025 après un accident de la route. Aubin Barillon, 32 ans, paraplégique depuis ses 13 ans, joueur de basket en fauteuil. Caroline Fruchaud, 33 ans, paraplégique après un accident de ski en 2018. Federico Rossi, 32 ans, Italien, paraplégique depuis ses 14 ans, qui a gravi le col du Stelvio à la seule force des bras.
Le projet s’appelle HOPE et il est porté conjointement par le groupe UTMB et le Marathon des Sables. Il se court en dehors de la compétition officielle, sur 170 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé, avec des déviations aux seuls endroits qu’un fauteuil tout-terrain ne peut pas franchir. Chaque athlète évolue au sein d’une équipe de six à huit personnes qui se relaient pour tirer et pousser, avec au minimum un médecin ou une infirmière par équipe. Le coureur en fauteuil n’est pas un passager : il contribue à l’effort en montée via son système de propulsion et tient l’équilibre en descente. L’arrivée est prévue dimanche 30 au plus tard à 16 h 30.
Rien de tout cela n’a été improvisé. En juin, une équipe est allée passer trois jours sur le col de la Seigne, le Grand Col Ferret et le col du Bonhomme pour vérifier qu’un fauteuil pouvait y passer, tester des itinéraires et concevoir les adaptations nécessaires. « HOPE est bien plus qu’un nom. Elle incarne une double ambition : rendre les montagnes de plus en plus accessibles et changer les perceptions de la déficience à travers la puissance de l’équipe », résume Cyril Gauthier, directeur du Marathon des Sables. Sur les courses officielles, quinze athlètes du Team Adaptive by UTMB seront engagés cette année, sur les mêmes parcours et avec les mêmes barrières horaires que tout le monde.
Trois Rarámuri au départ, une première à Chamonix
Mauro Martín Quimare, Jennifer Yáñez Cruz et Reyes Giltro Satevo Sarabeachi courront l’UTMB et la CCC. C’est la première fois que des coureurs de la communauté autochtone rarámuri prennent le départ d’une course officielle du HOKA UTMB Mont-Blanc. Ils n’ont pas eu à passer par le tirage au sort : les trois ont terminé dans les trois premiers de leur catégorie à Chihuahua by UTMB en octobre 2025, ce qui ouvre un accès direct à la finale.
Ils viennent des Barrancas del Cobre, dans la Sierra Tarahumara, au nord du Mexique : Batopilas pour Quimare, Guachochi pour les deux autres. Le mot rarámuri se traduit par « ceux aux pieds légers », et la course y sert depuis des générations de moyen de déplacement entre des communautés séparées par des canyons. « À Chihuahua, le trail est pratiqué naturellement et de manière ancestrale, car les communautés autochtones ont besoin de se déplacer à pied pour communiquer entre elles », explique Julio Chávez, directeur général du fonds de promotion touristique de l’État de Chihuahua. La deuxième édition de Chihuahua by UTMB se tiendra du 1er au 3 octobre ; la première avait réuni près de 2 000 coureurs de 38 nationalités.
Cette année, il a fallu prouver comment on est venu
C’est le vrai changement de 2026, et il ne se voit sur aucun classement. Les trajets des participants pèsent près de 86 % de l’empreinte carbone totale de l’événement. L’organisation s’est engagée à réduire ses émissions de 20 % d’ici 2030 par rapport à 2024, et a sorti deux mesures pour y arriver.
La première est un bonus de 30 % sur les chances d’être tiré au sort, accordé à qui s’engage à venir sans voiture par un itinéraire moins carboné. Il s’applique à l’UTMB, à la CCC, à l’OCC et à l’ETC, qui entre au passage dans le système de tirage. Pas à la MCC, réservée aux locaux, aux bénévoles et aux partenaires, et les habitants de la vallée l’obtiennent automatiquement. La seconde est une contribution carbone devenue obligatoire pour tous les coureurs, calculée sur les émissions de leur aller-retour depuis chez eux.
Le contrôle est la partie que peu de gens avaient anticipée. Tout le monde devait déposer un justificatif de domicile avant le 12 juillet, et ceux qui avaient pris le bonus y ajoutaient leurs billets de train, de bus ou d’avion. Un justificatif non validé, c’est l’inscription annulée sans remboursement, avec restitution des running stones seulement. L’organisation précise qu’un outil d’intelligence artificielle assiste le tri des documents mais qu’aucune validation ni invalidation ne vient de lui. En parallèle, le dispositif de navettes tourne depuis 2004 et pèse plus de 500 000 euros par an depuis 2023 : 120 bus, 15 lignes, 28 stations desservies. Les coureurs qui débarqueront lundi à Chamonix sont la première promotion à passer par ce régime.