Photo : Sallahuddin shah, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Mise à jour du lundi 3 août. Huit des dix alpinistes emportés ont été récupérés et identifiés, dont Nirmal Purja, dont son agence Elite Exped avait confirmé la mort samedi. Deux hommes sont toujours sur la montagne. Le texte ci-dessous a été mis à jour.
La semaine bascule d’un extrême à l’autre. Jeudi matin, une avalanche a emporté dix alpinistes sur la voie normale du Broad Peak, au Pakistan. Le Népalais Nirmal Purja, l’un des alpinistes les plus connus de la planète, fait partie des victimes : son agence a confirmé sa mort samedi. Pendant ce temps, en falaise, l’Italien Giovanni Placci signait trois jours hors normes à Entraygues, l’Espagnole Alba Gómez son premier 9a, et Adam Ondra continuait de vider le Val Daone de ses plus belles lignes.
Broad Peak : Nims Purja et neuf autres alpinistes tenus pour morts
L’avalanche s’est déclenchée jeudi 30 juillet vers 9 h 20, heure locale, sur la partie haute de la voie normale du Broad Peak (8 047 m), douzième sommet du monde. Elle a balayé un groupe de dix personnes qui montaient vers le camp 3, aux environs de 6 600 mètres. Aucune n’a été retrouvée vivante.
Samedi, Elite Exped a mis fin à deux jours d’attente. « C’est avec une profonde tristesse et un immense chagrin que nous confirmons aujourd’hui que Nirmal « Nimsdai » Purja a tragiquement perdu la vie à la suite de l’avalanche du Broad Peak », écrit l’agence qu’il avait cofondée. Il avait 43 ans et menait l’expédition. Elite Exped a également indiqué que d’autres membres de l’équipe n’avaient pas survécu. Parmi les dix alpinistes emportés figuraient quatre Sherpas népalais, le Pakistanais Sohail Sakhi, l’Américaine Mallory Geis et le Chinois Wang Zhong.
Les opérations de récupération ont beaucoup avancé depuis. Au 3 août, huit des dix corps ont été récupérés et identifiés : Nirmal Purja, Pur Bahadur Gurung, Nima Sherpa, Gyalu Sherpa, Kili Pemba Sherpa, le Chinois Wang Zhong, l’Omanaise Nadhira Al Harthy et l’Américaine Mallory Geis. Restent sur la montagne le Népalais Nawang Thindu Sherpa et le Pakistanais Sohail Sakhi. L’équipe au sol a atteint Purja vers 5 700 mètres, indique l’Alpine Club of Pakistan, et un corps repéré plus haut ne pourra sans doute pas être redescendu, le terrain et les conditions rendant l’opération trop dangereuse. Les rotations d’hélicoptère ont été limitées par la météo. Sur le K2 voisin, des cordées avaient renoncé à leur tentative de sommet dès l’annonce de l’accident.
Quatre équipes se trouvaient sur la montagne jeudi : EliteExped, celle de Sohail Sakhi, Imagine Nepal et Seven Summit Treks. « L’ensemble de l’équipe est sans communication depuis l’avalanche », indiquait alors l’Alpine Club of Pakistan, qui assurait que « tous les moyens possibles sont mobilisés pour obtenir un appui hélicoptère et l’ensemble des ressources de secours disponibles ». Deux hélicoptères ont décollé avec à leur bord les alpinistes Sirbaz Khan et Sherzad Karim, dans un vent fort qui a compliqué toutes les recherches. Un signal avait brièvement relancé l’espoir, Karakorum Expeditions rapportant un léger mouvement sur la balise InReach d’un de ses grimpeurs. Le tracker de Purja, lui, avait enregistré une chute de 800 mètres avant de se taire.
Le Broad Peak ne figurait même pas au programme de l’été du Népalais. Celui qui a bouclé les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres en un peu plus de six mois en 2019, exploit devenu grand public avec le documentaire Netflix 14 Peaks, visait cette fois un autre record : être le premier à gravir ces quatorze sommets une deuxième fois, sans oxygène. Son plan ne comportait que le Gasherbrum II. Le Broad Peak a été ajouté à la dernière minute, avant un Cho Oyu qui devait refermer le projet.
Entraygues, Rodellar : la falaise a passé un grand week-end
Trois jours à Entraygues, dans le Briançonnais, et Giovanni Placci en est reparti avec une addition qui donne le vertige. Le deuxième jour, l’Italien enchaîne d’abord La Moustache Qui Fâche, un 9a+ libéré par Enzo Oddo, qu’il trouve « plutôt facile pour la cotation ». Dans la foulée, il flashe San Ku Kai, un 8c+ équipé par Yann Ghesquiers : son flash le plus dur à ce jour. « J’ai commencé sans pression, je suis resté relâché, et j’ai profité de chaque mouvement de ce chef-d’œuvre », raconte-t-il.
Il ne cache pas la nuance qui va avec. Les premiers mètres de San Ku Kai, cotés 6c, sont communs avec une autre voie, et le repos qui suit permet de bien récupérer avant la vraie difficulté. Ce n’est donc pas un flash parfaitement pur, et Placci le dit lui-même : « Je comprends que chacun ait son avis là-dessus. » Adam Ondra, lui, a tranché en commentaire : « pour moi c’est un flash approuvé à 100 % ».
Le troisième jour, Placci ajoute Condé de Choc, un 9a arraché de justesse. « C’est devenu une vraie bataille, mais j’ai réussi à me battre jusqu’en haut ! » Le tout quelques jours après une 10e place à la Coupe du monde de Chamonix, l’un de ses meilleurs résultats en compétition. Il avait senti le transfert venir : « La grimpe là-bas est très typée compétition, donc je savais que ma forme du moment pourrait bien se transférer sur le rocher. »
De l’autre côté des Pyrénées, Alba Gómez a réussi une première d’un autre genre. La Valencienne de 25 ans, qui n’a commencé l’escalade qu’à 21 ans, vient d’enchaîner La Gioconda, 9a du secteur Museo à Rodellar, au bout de quinze séances. Elle devient la sixième Espagnole à entrer dans le neuvième degré, après Josune Bereziartu, Mar Álvarez, Ana Belén Argudo, Ainhize Belar et Marta Palou, et signe la troisième ascension féminine de la voie. En décembre dernier, une poulie rompue dans son deuxième 8c l’avait arrêtée net. « En clippant la chaîne, j’ai ressenti un mélange de soulagement, de bonheur et de fierté. Plus que la cotation, ça voulait dire refermer une étape très dure, qui avait commencé par une blessure », raconte-t-elle. Quinze séances sur la même voie, c’est aussi une paire de chaussons de falaise qui finit en lambeaux.
Adam Ondra ouvre un 8B+ au Val Daone
Le Val Daone, en Trentin, est en train de devenir le terrain de jeu personnel d’Adam Ondra. Une semaine après y avoir aligné cinq blocs sans tomber, dont quatre 8B, entre 10 h 30 et 14 h, le Tchèque y est retourné et en a sorti trois de plus dans la même journée.
Le morceau de choix s’appelle Sigillo, une première ascension qu’il propose en 8B+ : un toit en compression avec des coincements de genou, « malheureusement assez allongé et morpho », précise-t-il. Il a aussi ouvert Nevermind, 8A+, un highball qu’il qualifie de « très épicé » et de ligne « all-star ». De la hauteur, un atterrissage à soigner et une pile de crash pads qui ne rassure jamais tout à fait. Il a enfin réalisé la deuxième ascension de Wywh, 8B ouvert par le local Valdo Chilese, « un bloc vraiment unique, avec une séquence compliquée et un toe-hook final ».
C’est Chilese, justement, qui lui fait visiter les secteurs de la vallée. « Plutôt emballé par le potentiel que cet endroit peut offrir », écrit Ondra, qui évoque des projets encore ouverts et qu’il qualifie de futuristes. Autant dire qu’il y reviendra.