Seb Bouin libère Nova, 9a, et trois autres projets tombent la même semaine

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Photo : Capricorn4049, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

Quatre projets viennent de tomber, et aucun ne ressemble aux autres. Un 9a ouvert dans les Alpes-Maritimes par un Français rentré de Norvège les mains vides, un 8B+ réglé au col du Gothard, une fissure sous un pont de Berlin qui perd un cran de cotation, et deux arêtes nord enchaînées dans la même journée avec 273 kilomètres de vélo au milieu.

Seb Bouin ouvre Nova, « l’un des 9a les plus stylés »

Il rentrait de Flatanger sans avoir rien conclu. En passant par Saint-Auban, dans les Alpes-Maritimes, pour voir des amis et toucher deux ou trois projets, Seb Bouin a libéré Nova, qu’il propose à 9a. C’est une voie qu’il avait équipée lui-même après avoir enchaîné Jamming Destruction, le 9a+/b du même secteur, en 2024. À l’époque, il n’était pas certain que cette partie de la paroi donne quoi que ce soit.

Ce qu’il a trouvé dans la section la plus raide, ce sont des trous naturels et un mouvement de compétition, un saut vers une réglette plate. La voie s’articule en trois blocs enchaînés : un premier autour de 8a, puis un 7c, puis un 7b, avant que ça se calme. Il l’avait déjà essayée les saisons précédentes, mais il finissait systématiquement par s’ouvrir un doigt dans l’un des trous. Cette année, il l’a faite au deuxième essai. « Totalement inattendu, mais c’était bon », écrit-il. Il ajoute que Nova deviendra un classique dans une falaise qui mérite l’attention des grimpeurs forts, et cite Adrien Boulon pour l’avoir rééquipée avec du matériel durable. Saint-Auban, c’est du calcaire à trous, le genre de rocher où le choix des chaussons de falaise se paie au premier essai.

Nina Arthaud règle Hazel Grace, 8B+, au Gothard

Deux jours de bloc au col du Gothard, en Suisse, à revisiter de vieux projets et à en ouvrir d’autres, et Nina Arthaud sort Hazel Grace, 8B+. Le bloc mélange deux styles d’escalade, et c’est la seconde partie qui lui a posé problème.

Sa description du travail est plus intéressante que le chiffre. Elle raconte avoir dû se familiariser avec des mouvements qu’elle pratique peu, puis les répéter encore et encore jusqu’à se sentir à l’aise et avoir assez confiance pour croire qu’elle les passerait depuis le sol. « Quelques jours denses en expérience. Tellement d’amour pour le processus, les galères comprises », résume-t-elle. C’est tout le travail du bloc dur en extérieur : rendre fiable un geste qu’on ne maîtrise pas, jusqu’à pouvoir le jouer d’une traite. Le reste se joue à la réception, donc sur la façon dont les crash pads sont posés.

Sous un pont de Berlin, la fissure la plus dure du monde perd un cran

Autobahn est une fissure horizontale de 60 mètres qui court sous un pont autoroutier berlinois, en béton, à la taille d’un friend numéro 5. Tom Randall l’a ouverte en 2024 et elle passe depuis pour l’offwidth la plus difficile du monde. Mary Eden et Sam MacIlwaine viennent de l’enchaîner tous les deux, et MacIlwaine en profite pour proposer de la décoter.

Son argument est chiffré. L’an dernier, il a mis 23 séances dans Century Crack, un 5.14b également ouvert par Randall et Pete Whittaker, et il n’en a jamais fait plus de la moitié. Sur Autobahn, il a réussi à la deuxième séance, avec environ 11 kilos accrochés au baudrier, en 25 minutes, soit plus vite qu’aucune ascension documentée de Century. Son explication : la fissure est uniforme et ininterrompue, sans lèvre, sans décalage, sans niche, donc sans les crux qui obligent à ralentir et à improviser. Il ne reste que de l’endurance, le même mouvement répété. Il propose 5.14a R, le R venant du dernier tronçon au-dessus du béton, trop bas pour tomber. Mary Eden, qui l’a fait la semaine dernière en 37 minutes, décrit une autre méthode et surtout une bande de « trolls de pont » berlinois qui les ont assurés à tour de rôle.

Deux arêtes nord dans la journée, 273 kilomètres de vélo entre les deux

Le 15 août à 12 h 23, l’Autrichien Martin Sieberer arrivait au sommet du Piz Badile. Il en était parti la veille, en solo, depuis le Fussstein, dans les Alpes de Zillertal. Entre les deux, il n’a utilisé aucun moteur.

L'Olperer et le Fussstein vus de l'ouest, dans les Alpes de Zillertal
L’Olperer et le Fussstein, 3 380 m, dans les Alpes de Zillertal : la première des deux arêtes nord. Photo : Haneburger, domaine public via Wikimedia Commons.

Le décompte : l’arête nord du Fussstein d’abord, 14 longueurs, 550 mètres, du V et du V+. Puis le vélo de gravel, 273 kilomètres et 2 900 mètres de dénivelé entre Vals, en Autriche, et Bondo, en Suisse, pédalés une nuit entière, treize heures, avec un seul arrêt à la station-service de Prutz, la seule ouverte 24 heures sur 24 sur le trajet. Puis l’arête nord du Badile, 800 mètres jusqu’au V+, ouverte en 1923 par Walter Risch et Alfred Zürcher. Total : 23 heures et 23 minutes, et 6 700 mètres de dénivelé cumulé.

Il appelle ça Ridge2ridge et il y pensait depuis deux saisons. « Depuis plusieurs saisons, je projetais de relier deux parois qui ont pour moi une signification particulière », explique-t-il dans le communiqué diffusé par son équipementier Karpos, avant d’ajouter que le Fussstein est sa montagne de cœur et qu’il voulait y ajouter sa trace sans en laisser une concrète dans la paroi. La phrase qui situe le mieux le personnage est la dernière : n’ayant pas d’expédition himalayenne au programme, il s’est rabattu sur ce défi-là.