Photo : Thorneh at English Wikipedia, Public domain via Wikimedia Commons
Il y a des chronos qui ne bougent pas pendant des années, et puis une semaine où tout se met à tomber. L’Allemande Katharina Hartmuth vient d’effacer un record vieux de six ans sur le plus mythique des parcours anglais. Pendant ce temps, un week-end de courses américaines a vu les records de parcours partir en série, l’Italie a couru son classique de Premana, et Cortina a inventé une course qui relie ses sites olympiques. Tour d’horizon.
42 sommets, 106 kilomètres, 14 h 11 : Hartmuth s’offre le Bob Graham
Le 24 juillet, Katharina Hartmuth a bouclé le Bob Graham Round en 14 heures 11 minutes et 58 secondes. Pour situer, ce tour du Lake District, c’est 106 kilomètres, 42 sommets et environ 8 230 mètres de dénivelé positif sur un terrain que les Anglais qualifient poliment de technique, et qu’on décrirait plutôt comme un enchaînement de tourbières, de pierriers et de pentes raides. Elle reprend 22 minutes au record féminin de la Britannique Beth Pascall, qui tenait depuis 2020.
Le Bob Graham a ses règles, et elles sont vieilles comme le fell running. On part et on revient au Moot Hall de Keswick, mais entre les sommets, aucun itinéraire n’est imposé : chacun trace sa ligne. Le parcours se découpe en cinq sections, et il faut être accompagné d’un pacer qui atteste le passage à chaque sommet. Autant dire que c’est autant une affaire de navigation et de copains que de jambes.
Le plus fou, c’est le timing. Hartmuth avait déjà tenté le coup en mai, avant d’abandonner pour cause de météo pourrie et de santé fragile. « J’étais vraiment triste en mai quand ça n’a pas marché », raconte-t-elle à iRunFar. Cette fois, elle est arrivée des San Juan Mountains, aux États-Unis, deux jours seulement avant de s’élancer, parce que la fenêtre météo se refermait le week-end. « Je me suis dit que ça pouvait tourner à la catastrophe », explique-t-elle, entre le décalage horaire, la redescente d’altitude et le voyage. Sur le site Fastest Known Time, elle a résumé sa journée d’une formule très britannique : une journée nuageuse, sèche et pas trop chaude.
Le passage compliqué est arrivé sur la troisième section, entre Dunmail Raise et Wasdale, celle qui grimpe au Scafell Pike, point culminant de l’Angleterre à 978 mètres. Rochers mouillés, pacers noyés dans les nuages, estomac capricieux, et surtout Broad Stand, ce petit pas d’escalade retors qu’elle n’avait jamais répété à l’entraînement. Une fois ce morceau avalé, elle est repartie de l’avant. Détail qui en dit long sur la culture de ce parcours : Beth Pascall, l’ancienne détentrice du record, était elle-même venue faire le lièvre sur une partie de la tentative. Sur ce type de terrain, une bonne chaussure de trail accrocheuse change franchement la donne.
Aux États-Unis, un week-end où les records de parcours sont tombés en série
Direction le Colorado, où la Never Summer a offert le genre de week-end qui laisse les organisateurs sans voix. Sur le 60 kilomètres et ses 2 470 mètres de dénivelé, Eva Keohane s’impose en 6 h 42 et devient la première femme à passer sous les 7 heures sur ce parcours. Derrière, l’Australienne Lucy Bartholomew est deuxième en 7 h 01, elle aussi sous l’ancien record. Chez les hommes, même scénario : Eli Hemming mène de bout en bout et boucle en 5 h 27, nouveau record, avec Calbert Guest deuxième en 5 h 55, également meilleur que l’ancienne marque.
Sur le 100 kilomètres du même week-end, Liv Taber gagne en 13 h 18 et termine quatrième au classement scratch, tandis qu’Evan Christopherson s’impose en 11 h 51 chez les hommes. Le tout avec un podium féminin intégralement composé de coureuses de Fort Collins, la ville d’à côté.
Plus à l’ouest, la Speedgoat by UTMB a tenu ses promesses de sévérité à Snowbird, dans l’Utah. Lauren Gregory gagne le 50 kilomètres en 5 h 56 et devient seulement la deuxième femme à passer sous les 6 heures ici, à une petite minute du record de Jennifer Lichter établi l’an dernier. Elle finit sixième au scratch, ce qui donne une idée du niveau. Chez les hommes, Mason Coppi l’emporte en 5 h 15, encore loin des 4 h 57 de David Sinclair en 2024. Cette course reste l’un des rares 50 kilomètres où tout le monde termine avec le sentiment d’avoir couru un ultra.
À Premana, le Giir di Mont récompense encore les Italiens
En Lombardie, le Giir di Mont fêtait sa 32e édition sur 32 kilomètres de montagne pure. La course a beau distribuer 2 500 euros au vainqueur et de l’argent jusqu’à la dixième place, elle n’a pas attiré cette année le plateau qu’elle a connu par le passé. Ce qui n’enlève rien à la densité du final.
Chez les hommes, le Kényan Kevin Kibet s’impose en 2 h 57, avec exactement une minute d’avance sur l’Italien Federico Nicolini, et Damiano Pederetti complète le podium en 2 h 59. Trois hommes en deux minutes après trois heures de course en montagne, c’est le genre de scénario qui rappelle pourquoi ces classiques transalpines valent le détour. Côté féminin, le podium est 100 % italien : Aurora Bosia gagne en 3 h 58 devant Francesca Crippa (4 h 21) et Giorgia Fascendini (4 h 23).
Cortina fait revivre ses Jeux, en courant
La curiosité de la semaine vient des Dolomites. Cinq mois après l’extinction de la flamme olympique, Cortina d’Ampezzo a lancé la première édition du Cortina 56-26, une course pensée comme un hommage à son histoire olympique. Deux formats, 56 et 26 kilomètres, avec 2 800 mètres de dénivelé positif pour le grand, et surtout un tracé qui relie neuf sites olympiques.
Trois viennent des Jeux de 2026 : le stade olympique de glace, la piste de bob Eugenio Monti et la piste de descente Olympia delle Tofane. Les six autres sont des vestiges de 1956, dont l’aire d’arrivée située sous le tremplin historique, aujourd’hui en réfection. Près de 300 coureurs ont pris le départ de cette première. L’idée est maligne : plutôt que de laisser des installations vides après la fête, on les recycle en terrain de jeu estival. Sur ce genre de profil, des bâtons de trail font gagner beaucoup d’énergie dans les montées.
La suite du calendrier arrive vite. Sierre-Zinal, la course des cinq 4 000, se court le samedi 8 août pour sa 53e édition. Puis ce sera l’UTMB Mont-Blanc, du 24 au 30 août, avec les finales de l’OCC, de la CCC et de l’UTMB. Autrement dit, la vraie bagarre européenne de l’été commence maintenant.